‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 5 sur 149 · VI LES MÉDITATIONS · texte numérisé non relu

VI LES MÉDITATIONS

bons chevaux ‘. Faudra-t-il dire que ses connoissances étoient médiocres? Ce Jacques-Bénigne Bossuet d'une nouvelle sorte ignoroit les choses les plus élémentaires ; les signes de la correction typographique furent toujours pour lui lettre close *; et dans la crainte de compromettre sa dignité, il repoussoit les conseils et le secours d'autrui ?. Aussi l'abbé de Beaufort, l'abbé Fleury, tout le monde disoit qu'on ne pouvoit attendre de lui rien de bon pour les œuvres posthumes *. Et comment auroit-il pu les publier? Il avoit rarement sous la main les manuscrits qui lui avoient été confiés; les Méditations et les Elévations se trouvoient tantôt chez M"* de Maintenon ou le duc de Bourgogne, tantôt sur le secrétaire du D* Pirot ou de l'évéque de Mirepoix 5; «faisant sa cour par toute sorte de breloques, » dit toujours notre historiographe 5, » il distribuoit partout les lettres, les sermons, les écrits qu'il devoit publier, et c'est ainsi qu'il en a perdu plusieurs.

Cependant il pria l'abbé Ledieu de corriger les Elévations et les Méditations; de corriger ces chefs-d'ceuvre, dis-je, car ils blessoient en plusieurs-choses la rigidité de ses principes et la délicatesse de son goût; on vouloit dans son. conseil en faire disparoitre les fautes de langage et les inexactitudes de doctrine; « le style passionné » de l'auteur, « sa tendresse spirituelle, sa maniere de dire dans les choses de piété » faisoit naitre des inquiétudes d'esprit et des scrupules de conscience; on étoit fort embarrassé de plusieurs expressions que le grand évéque avoit souvent écrites et prononcées plus souvent encore; par exemple on ne savoit que faire de cette phrase : Dans l' Eucharistie, Jésus-Christ s’unit à l'homme esprit à esprit, cœur à cœur, corps à corps, «par où des libertins pouvoient entendre à la lettre ipsa copula ". » Avaní que ces doutes fussent résolus, pour endormir l'impatience du publie, il adopta des mesures qui annoncoient une publication prochaine : il fit successivement, avec les libraires Dezallier et Cot, deux traités d'impression qu'il laissa tomber; il prit aussi, l'un après l'autre, deux priviléges qu'il laissa périmer 5.

Enfin les ouvrages si longtemps attendus, si vivement désirés parurent, quand? Les Elévations en 1727 et les Méditations en 1731, par conséquent 23 et 27 ans aprés la mort de lauteur. Comme l'éditeur avait été revétu pendant la régence de la dignité épiscopale qu'il avoit courue vainement sous Louis XIV, dans l'instruction pastorale qui annonçoit sa publication, il dit que « son oncle lui avoit commandé de faire imprimer les Elévations et les Méditations, comme des monumens

* Journal de l'abbé Ledieu, 6 juin 1705.— ? Ibid., 19 mars 1108.— 5 Ibid., 16 novembre 1706. — * [bid,, 23 juin 1705, et ailleurs. — 5 7bid., 5 janvier 1705; 10 avril, méme année; 13 novembre , méme année. — 6 /bid., 11 mars 1108. — ? Zbid., 11 novembre 1705. — 8 1bid., 1er juillet 1705; 31 jauvier 1708. Dans le premier de ces traités, l'abbé Bossuet se réservoit

comme honoraires deux cents exemplaires sur mille; dans le second, il s'en assuroit trois cents, dont soixante reliés en maroquin,

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