‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 41 sur 149 · XIII: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XIII: JOURNÉE

Trouble de Jésus. Combat et victoire, notre modéle. Ibid,

« Maintenant mon ame est troublée. Et que dirai-je ?? Voilà le trouble : l'esprit flotte comme incertain de lui-même : « Et que dirai-je? » Voilà, mon Sauveur, mes incertitudes et mes agitations, que vous portez. « Mon Père, sauvez-moi de cette heure. » Dirai-je cela à mon Père? lui demanderai-je absolument de me délivrer de cette heure, de cette ignominie, de ces peines si affreuses à la nature? « Mais je suis venu pour cette heure. » Voilà l'homme foible qui s'excite, qui s'encourage lui-même : «Je suis venu pour cette heure: Je suis venu » allumer « un feu » par ma passion :« que désiré-je, sinon qu'il prenne bien vite? J'ai un

1 11 Cor., x11, 9. — ? Joan., xit, 21, 23.

baptéme où il me faut être plongé : ah! combien suis-je pressé en moi-même jusqu'à ce que je l’accomplisse*!» Voilà ce que dit Jésus dans sa force. Mais Jésus dans sa foiblesse dit : « Que feraije? »à quoi me résoudrai-je? Demanderai-je à Dieu ma délivrance particulière, ou celle du genre humain? Ecouterai-je la nature infirme par elle-méme, ou la gloire de mon Pére dans le salut des hommes perdus? «Mon Père, » votre gloire l'emporte : « glorifiez votre nom : » votre nom de Père, glorifiez-le en glorifiant votre Fils: « Non ma volonté, mais la vôtre? :» non mon repos, mais votre gloire et la rédemption du peuple par qui vous voulez étre glorifié. Voilà le combat, voilà la victoire. Jésus a affermi son ame invincible : ou plutót parce qu'elle étoit absolument invincible et n'avoit à combattre que pour nous, il nous a appris et à combattre et à vaincre : et voilà encore dans la victoire de l'ame de Jésus, l'image de nos combats et le caractere d'humiliation qui devoit accompagner le Sauveur.

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XIV* JOURNÉE

Voix du ciel rend témoignage à la gloire de Jésus dans son triomphe. Joan., xir, 28, 30.

Afin que rien ne manque à la gloire du Sauveur dans son entrée, le ciel se joïnt avec la terre pour l'honorer; et à cette parole du Sauveur : « Mon Pére, glorifiez votre nom, » une voix aussi éclatante que le tonnerre vint du ciel: « Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore ?. »

Trois voix sont venues du ciel et de la part du Père céleste, pour honorer le Fils de Dieu : le jour de son baptéme, devant qu'il commencát son ministère, le Père le fit connoitre et lui donna, pour ainsi parler, sa mission par cette voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis ma complaisance * : » ou comme le rapporte saint Luc : « Vous êtes mon Fils bien-aimé, j ài mis ma complaisance en vous *. »

3 Luc., xit, 49, 50. — 2 Luc., XXII, 42. — 3 Joan., Xii, 28. — ^ Matth. IH EDU TAGS A2, à

La méme voix fut ouie encore à la transfiguration et pendant que Moise et Elie entroient dans une nuée lumineuse qui les environna, cette voix sortit de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bienaimé, dans lequel j'ai mis ma complaisance : écoutez-le!. » Cette parole, « écoutez-le, » fut ajoutée à ce qui avoit été oui dans le baptéme.

La troisiéme voix est celle que nous lisons aujourd'hui dans saint Jean : «Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore ? : » j'ai glorifié mon nom de Père, en honorant mon Fils unique : le l'ai glorifié dans l'éternité : je le glorifierai dans le temps : je l'ai glorifié lorsque j'ai fait éclater tant de merveilles dans sa naissance, dans son baptéme, dans le cours de son ministére; maintenant méme en inspirant tant d'admiration pour lui aux Juifs et aux gentils, qui commencent déjà à le vouloir voir : et je le glorifierai encore lorsque je lui donnerai aprés sa résurrection la gloire dont il a joui dans mon sein avant que le monde füt ; et que l'exaltant comme Dieu au-dessus des cieux, je remplirai toute la terre de son nom.

La seconde de ces trois voix, à la transfiguration, n'a été ouie que de trois disciples choisis; mais nous devoit étre rapportée par eux après sa résurrection, comme l'a fait en effet l'apótre saint Pierre *.

Pour les deux autres, elles sont venues dans des occasions trèsimportantes : la première pour préparer les esprits à la prédication du Sauveur dès le commencement de son ministère : la seconde à la veille de sa mort pour soutenir la foi contre l'ignominie de la croix.

L'Evangile ne marque pas ce qu'opérerent ces voix ; et pour en juger par l'événement, leur grand effet ne s'est fait paroitre qu'aprés la résurrection. Pour celle de ce jour, saint Jean remarque qu'elle causa de la dissension parmi ceux qui l'ouirent, la troupe disant : « C'est le tonnerre ; les autres disoient : Un ange lui a parlé *. » Il semble qu'ils ne voulurent point croire que Dieu se füt déclaré par cette voix. « C'est un tonnerre, » c'est un bruit

1 Matth., xv11, 5. — ? Joan., Xi1, 28. — ? II. Petr., 1, 16-18, — * Joan., XII; 28, 29.

confus qui ne signifie rien : et pour ceux qui disoient le mieux : « C'est un ange, disoient-ils, qui lui a parlé : » soit qu'ils ne voulussent pas remonter plus haut par un esprit d'incrédulité , soit qu'ils crussent de bonne foi que Dieu lui avoit parlé par un ange, comme il avoit fait aux patriarches et à tout le peuple sous Moise. Quoi qu'il en soit, Jésus leur dit : « Cette voix n'est pas pour moi, mais pour vous !. » Etilleur en expliqua le mystère. Appliquonsnous à l'entendre et en attendant, puisque Jésus-Christ nous déclare que cette voix est pour nous, prenons-la done pour nous et glorifions Jésus en nous-mêmes. Il est lui-même la voix ou plutôt le Verbe qui nous parle. N'écoutons point sa voix comme un tonnerre, comme un bruit confus : entendons qu'on nous a parlé trés-distinctement de sa gloire et de la nótre, et que la vérité nous a été trés-clairement annoncée. Ne disons point qu'un ange a parlé pour nous au Sauveur, puisque Dieu, « qui' parloit autrefois par les anges, parle maintenant par son Fils?. » Ecoutez-le, nous. dit-on : réglez vos actions et toute votre conduite par sa doctrine. Rendons grace au Pére céleste de ce qu'il a glorifié son saint Fils Jésus, puisque sa gloire rejaillit sur nous et qu'il a dit lui-même : «Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée ?. » Mais entendons toujours en quelle conjoncture on lui promet cette gloire : c'est lorsqu'il va mourir : passons donc à la société de sa gloire par celle de ses souffrances et de ses opprobres.

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