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XLIVe JOURNÉE.
A ccomplissement du précepte de l'amour, en tout temps, en tout lieu. lbid.
« Tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur , de toute ton ame, de toute ta force. » Et parce que tu l'aimeras de cette sorte, les paroles que jete commande aujourd'hui, «les préceptes que je te donne seront dans ton cœur : » car on veut toujours accomplir la volonté de celui qu'on aime : « Et tu les raconteras à tes enfans. Et tu y mettras ta pensée, assis dans ta maison et marchant dans les chemins, te couchant et te levant ? : » car de quoi s'oecupe-t-on durant tout le cours de sa vie, que de la volonté de celui qu'on aime et du soin de lui plaire? Pése done toutes ces paroles, Ó vrai Israël : songe à plaire à Dieu et à lui obéir allant et venant, dans ton repos et dans ton travail, en t'endormant et en t'éveillant. Tu peux bien changer tes autres emplois, mais celui d'aimer Dieu et de lui plaire est le soin perpétuel
Psal. cit, 1, — ? Psal, xvit, 9, — 8 Deuter., NI, 5 et suiv.
de ta vie. Et comme on ne lui peut plaire qu'en obéissant à sa loi et en accomplissant sa volonté, il faut étre continuellement occupé de ce désir. « Aie done les commandemens de Dieu toujours présens nuit et jour : tu les tiendras attachés à ta main comme un mémorial éternel; et ils seront, et ils se mouvront continuellement devant tes yeux, et tu les écriras sur le seuil de ta porte, et à l'entrée de ta maison’, » selon ce que dit le Sage : « Mon fils, garde mes commandemens et caches-les en toi-méme comme ton trésor : Mon fils, observe-les et tu vivras: garde ma loi comme la prunelle de ton œil : lie-la à tes doigts; qu'elle te guide dans tous tes ouvrages, et écris-la sur les tables de ton cœur ? : tiens mes commandemens continuellement liés à ton cœur : mets-les autour de ton col comme un collier : quand tu marcheras, qu'ils marchent avec toi : qu'ils te gardent quand tu dormiras; et aussitôt que tu seras éveillé, entretiens-toi avec eux, parce que le commandement est un flambeau et la loi est une lumiere, et la répréhension qu'elle nous fait de nos fautes est la voie de la vie ?. »
Voilà donc ce que produit l'amour de Dieu : un inviolable attachement à sa loi, une application à la garder, un soin de se la tenir toujours présente, de la lier à ses mains, et de ne cesser jamais de la lire, de l'avoir toujours devant les yeux : qu'elle n'y soit pas comme une chose morte, mais comme un objet qui se présente et se remue continuellement devant nos yeux, pour exciter notre attention. Ecrivons-en les sentences à l'entrée de notre maison, afin qu'autant de fois que nous y entrons, le souvenir s'en réveille : les Juifs le pratiquoient ainsi à la lettre, et ils écrivoient en effet des sentences choisies de la loi, non-seulement pour les mettre à l'entrée de leurs maisons, mais encore pour les rouler autour de leur téte, en sorte qu'en se mouvant continuellement devant leurs yeux , ils n'en perdissent jamais la mémoire. Mais toi, Ó Juif spirituel, accomplis tout cela en esprit: aie les préceptes de Dieu toujours présens à ton esprit, pour les méditer et les accomplir dans tous tes ouvrages. Et tout cela, parce que tu aimeras le Seigneur ton Dieu, parce qu'on ne peut l’aimer sans lui obéir, ni lui obéir sans l'aimer. Ce que le Sauveur explique en
1 Deuter., V1, 1-9. — ? Prov., VU, 1-3. — ? Prov., VI, 21-23.
disant : « Si vous m'aimez, gardez mes commandemens ; » et réciproquement : « Celui qui garde mes commandemens, c'est celui qui m'aime ‘. » Il ne suffit pas de garder l'extérieur de la loi : lame de la loi, c’est de la garder par amour : l'effet de l'amour est de garder la loi : « N'aimons pas en paroles, ni de la langue, mais en œuvre et en vérité?.» De belles spéculations, de beaux discours , ce n'est pas là ce qui s'appelle aimer ; il faut venir à la pratique : des pratiques extérieures, ce n'est pas là ce qui s'appelle observer la loi : l'ame de la loi, c'est d'aimer et de faire tout par amour; le reste n'est que l'écorce et l'extérieur de la bonne vie.
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XLV* JOURNÉE
La loi inculque l'amour de Dieu avec une nouvelle force. Deuter., x, 12 et suiv.
Continuons à considérer le commandement de l'amour de Dieu, comme il est écrit dans la loi?. « Et maintenant, Israël, qu'est-ce que te demande le Seigneur ton Dieu, si ce n'est que tu le craignes et que tu marches dans ses voles , et que tu l'aimes, et que tu le serves de tout ton cœur et de toute ton ame, et que tu gardes les commandemens du Seigneur, et ses cérémonies que je te commande aujourd'hui, afin que tout bien t'arrive et que tu sois heureux? Regarde; le ciel et les cieux des cieux, ce que le ciel a de plus haut et de plus impénétrable est au Seigneur ton Dieu, et la terre et tout ce qui y est contenu : et toutefois le Seigneur s’est attaché à tes pères, et les a aimés; et il a choisi leur postérité aprés eux, c'est-à-dire vous , parmi toutes les nations, comme vous le voyez aujourd'hui. Circoncisez donc votre cœur, et n'endurcissez point contre Dieu votre col inflexible et indomptable, pour secouer le joug de sa loi, parce que le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux, et le Seigneur des seigneurs; le Dieu grand, puissant et terrible, qui n'a point d'égard aux personnes ni ne recoit les présens. Il fait justice au pupille et à la veuve : il aime
* Joan., XIV, 45, 21, — ? I Joan., rtt, 18. — 9 Deuter., x, 12 et seq.
l'étranger et lui donne son vivre et son habillement partout où il va. Vous donc aimez aussi les étrangers, parce que vous avez été étrangers dans la terre d'Egypte. Vous craindrez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul : vous lui serez attaché, et vous jurerez en son nom, comme au seul nom qui est pour vous éternellement vénérable et saint : il est votre gloire et votre Dieu, qui a fait les choses terribles et merveilleuses que vous avez vues. Vos pères sont entrés en Egypte au nombre de septante, et le Seigneur vous a multipliés comme les étoiles. »
Dieu explique par ces paroles non-seulement l'obligation , mais encore les motifs de l'aimer. Pesez ces paroles : « Et toutefois le Seigneur s'est attaché et collé à vos pères , et il les a aimés. » Rendez-lui donc amour pour amour et attachez-vous à lui. Pesez ce mot.
Pesez ensuite, dans les versets 18 et suivans, les perfections de Dieu et ses bontés, que vous devez non-seulement aimer, mais encore imiter. Pesez encore la grace de son élection : « Il vous a choisis parmi toutes les nations, comme vous voyez. » Qu’aviezvous mérité de lui? Pesez enfin : « Vous n'étes entrés que septante dans la terre d'Egypte. » Il n'entra dans le cénacle environ que six vingts hommes ‘. Voyez comme Dieu les a multipliés, et comme l'Eglise s'est étendue par toute la terre pour vous recueillir dans son sein , pendant que tant d'autres nations périssent dans leur ignorance. « Mais le Seigneur votre Dieu ne vous a pas choisis pour votre mérite , ou parce que vous étiez le peuple le plus nombreux de toute la terre ?; » car vous étiez en si petit nombre, lorsqu'il vous a envoyé son Saint-Esprit; et vous étes encore environnés de nations immenses qui ne connoissent point son nom : « mais il vous a choisis, parce qu'il vous a aimés et qu'il vouloit accomplir le serment qu'il avoit fait à vos pères’, » Abraham , Isaae et Jacob , en leur promettant que toutes les nations de la terre seroient bénies en eux et en leur semence, en leurs fils , dans le Christ qui sortiroit d'eux : « et afin que vous appreniez que le Seigneur votre Dieu est le Dieu fort et fidéle dans ses promesses, qui garde son alliance et sa miséricorde à
1 Act. 1, 15. — ? Deuter., vit, 1. — 9 Ibid., 8.
ceux qui l'aiment et qui observent ses commandemens , jusqu’à mille générations *. »
Dieu est parfait : Dieu vous a choisis : il vous a choisis par pur amour, par pure bonté : il vous a comblés de biens. Pouvez-vous n'aimer pas celui qui vous aime avec cette immense tendresse ? Venez au Sauveur, et à la grace de la nouvelle alliance. O0 homme, Ô peuple racheté, il ne faut plus être qu'amour.
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XLVE JOURNÉE.
Conclusion. Nécessaire d'aimer Dieu, et de garder ses préceptes. Deuter., xr, 1, 7, 18-20.
Voyez ce que Dieu conclut de toutes ces choses : « Aime donc le Seigneur ton Dieu, Ó chrétien, » Ô vrai Israël, «et garde ses commandemens, ses cérémonies, ses jugemens, ses préceptes ?. » Songez à toutes les choses qu'il a faites pour vous dans le désert, et combien ont été plus grandes celles qu'il a faites pour les chrétiens. « Vos yeux ont vu les ceuvres de Dieu, » les grandes ceuvres qu'il a faites, les merveilles de Jésus-Christ et le grand ouvrage de la rédemption : « Mettez done mes paroles dans votre cœur et dans votre esprit , et attachez-les à vos mains : » n'en quittez jamais la lecture : « Mettez-les entre vos yeux et ne les perdez jamais de vue : enseignez à vos enfans à les méditer et soyez-en occupés en marchant , en vous reposant, en vous couchant et en vous levant : écrivez-les sur les poteaux et aux portes de votre maison?:» que tous vos sens en soient remplis et occupés, et que par là ils entrent dans le fond de votre cœur. Voilà les motifs, voilà la nature, voilà les effets et les fruits de l'amour de Dieu. En considérant sa perfection , sa bonté, ses immenses et continuels bienfaits, il faut tellement s'occuper de lui , que nuit et jour rien ne nous revienne tant dans la pensée que ^s soin de le contenter et de lui plaire.
! Deuter., vir, 9. — ? Deuter., xt, 1. — 9 Deuter., x1, 5, 7, 18-20.
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XLVII JOURNÉE
Second commandement semblable au premier : l'amour du prochain. Matth., xxu, 39.
Revenez à la lecture de l'Evangile, et appuyez sur cette parole : « Et voici le second qui lui est semblable : Vous aimerez votre prochain comme vous-même t. »
Quelle dignité de l'homme! L'obligation d'aimer son frére est semblable à celle d'aimer Dieu. |
Ces deux préceptes vont presque d'égal à la tête de tous les commandemens , ou plutôt les renferment tous; mais le premier est le modèle de l’autre.
Comme l'homme est fait à la ressemblance de Dieu, ainsi le commandement d'aimer l'homme est fait à la ressemblance du commandement d'aimer Dieu : « Le second qui lui est semblable. »
Il faut aimer l’homme, où Dieu a imprimé sa ressemblance, parce qu’on aime Dieu.
Parce qu'on aime Dieu, il faut aimer l'homme qui est son temple et où il habite.
Parce qu'on aime Dieu, il faut aimer l'homme qu'il a adopté pour fils, et à qui il se veut communiquer tout entier.
Avec quelle pureté, avec quelle sainteté, avec quelle perfection, avec quel désintéressement faut-il aimer l'homme, puisque l'amour qu'on a pour lui est semblable à celui qu'on a pour Dieu!
Loin de cet amour la chair et le sang, loin de cet amour l'esprit d'intérét et toute corruption !
Il faut aimer tous les hommes, parce que tous sont chers à Dieu, ils sont ses amis et ses enfans.
« Comme vous-même : » en leur souhaitant le méme bien , la même félicité, le méme Dieu qu'à soi-même. Nulle envie, nulle inimitié ne doit troubler cette union, ni la joie qu'on doit avoir de tous les progrès de son frère.
1 Matth. xxit, 39.
Lorsque la possession ou la recherche de quelque bien particulier nous divise, comme celui d'une charge, d'une dignité, d'une terre, il se faut bien garder d'en aimer moins notre frère : ce qu'il faut moins aimer , c'est le bien qui nous fait perdre notre frère, qui doit nous être cher comme nous-mêmes à nous-mêmes.
« Vous aimerez votre prochain comme vous-même. » Il ne dit pas : Vous aimerez Dieu comme vous-même; car il le faut aimer plus que soi-même, et ne s’aimer soi-même que pour Dieu.
Il ne dit pas aussi : Vous aimerez votre prochain de tout votre cœur, de toute votre pensée, de toute yotre force : cela est réservé à Dieu. C'est un transport de l'ame qui sort d'elle- méme tout entière pour s'unir à Dieu : qui est heureuse de ce que Dieu est, et de ce qu'il est heureux : qui ne s'aime que pour Dieu, comme elle n'aime son prochain que pour Dieu. C'est s'aimer véritablement que d'aimer Dieu de cette sorte.
« Aimez comme vous-méme : » c'est un amour de société et d'égalité : c'est ainsi qu'on aime son prochain : l'amour de Dieu est un amour de sujétion et de dépendance : mais de dépendance douce, puisque c'est dépendre du bien et s'unir à lui.
Il faut s'aimer soi-méme pour Dieu , et non pas Dieu pour soi : s'il falloit, pour plaire à Dieu, s'anéantir, et qu'on süt que ce sacrifice lui füt agréable, il faudroit le lui offrir sans hésiter.
L'amour est un consentement et une union à ce qui est juste et à ce qui est le meilleur. Il est meilleur que Dieu soit que nous.
Prenons-y garde : l'amour-propre est le vrai fonds que laisse en nous le péché de notre origine : nous rapportons tout à nous et Dieu méme, au lieu de nous rapporter à Dieu et de nous aimer pour Dieu.
Qui n'aime pas Dieu n'aime que soi. Pour aimer son prochain comme soi-méme, il faut étre auparavant sorti de soi-méme et aimer Dieu plus que soi-méme. L'amour une fois uni à cette Source, se répand avec égalité sur le prochain. Nous l'aimons en société comme notre frére, et non pas par domination comme notre inférieur.
L'amitié estla perfection de la charité. C'est une liaison particulière pour s'aider à jouir de Dieu. Toute autre amitié est vaine.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XLVIIIe JOURNÉE. 181
Autre est l'amitié de besoin , autre l'amitié de société : celle-là vient de l'intérét, celle-ci de la charité.
Les hommes doivent s'aimer les uns les autres comme les parties d'un méme tout , et comme feroient les membres de notre corps, si chacun avoit sa vie particulière. Ils s’aimeroient l'un l'autre en société, comme soi-même : les deux yeux et les deux mains auroient toutefois une liaison particulière, à cause de la ressemblance. C'est le symbole de l'amitié chrétienne.
« Oui, mon frère : que je jouisse de vous en Notre-Seigneur : faites reposer mes entrailles en Notre-Seigneur ! : » c'est l'amitié chrétienne. Toute la lettre à Philémon en est pleine.
Conclusion et abrégé. L'ordre est parfait, si on aime Dieu plus que soi-méme : soi-méme pour Dieu :le prochain non pour soiméme, mais comme soi-méme pour l'amour de Dieu. O que cela est droit ! que cela est pur! Toute vertu est là dedans.
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ATVVVVVMVARLALNVNTANTMV!
XLVIIE JOURNÉE.
Réflexions sur notre amour pour Dieu et pour le prochain. Ibid.
Faisons réflexion sur nous-mêmes : Est-ce aimer Dieu de tout son cœur que de partager son cœur entre lui et la créature? Peut-on - aimer deux choses souverainement ? ou peut-on aimer de tout son cœur, si on n'aime qu'à demi? Ne faut-il pas aimer parfaitement et du tout le tout parfait? Peut-on avoir « deux maitres et servir Dieu et l'argent ?, » ou quelque autre créature que ce soit, contre la parole expresse du Fils de Dieu?
Si j'aime Dieu de toute ma pensée, et de toute mon intelligence, d’où vient que j'y pense si peu? Peut-on ne pas penser à ce qu'on aime? ce qu'on aime ne revient-il pas continuellement et naturellement à l'esprit? Faut-il se tourmenter pour s'en souvenir? mais du moins peut-il échapper, quand on se met exprès en sa présence, et pour avoir avec lui une douce communication? 0 mon Dieu! comment donc suis-je si distrait dans la prière?
1 Philem., 20. — ? Matth., v1, 24.
D'où vient que j'y ai si peu de goût? que mon cœur m'échappe, et que j'ai tant de peine à le retrouver, afin de dire avec David : « 0 mon Dieu , votre serviteur a trouvé son cœur pour vous faire cette prière? » O mon Dieu, si je ne puis penser à vous, comment est-ce que je vous aime de toute ma pensée?
Mais comment est-ce que je vous aime de toute ma force et de toute ma puissance , pendant que je me trouve si foible ét si languissant, si lâche, si découragé dans ce que je fais pour vous? Pourquoi ai-je si peu de soin de vous plaire? A votre seul nom tous mes sens devroient se réveiller, et toutes les forces de l'ame et du corps se réunir pour faire yotre ouvrage : etsi je ne le fais pas,comment est-ce que je vous aime de toute ma force?
O Seigneur, si je vous aimois de toute ma force, par la force de cet amour j'aimerois mon prochain comme moi-méme. Mais je suis si insensible à ses maux, pendant que je suis si sensible au moindre des miens. Je suis si froid à le plaindre, silentà le secourir, si foible à le consoler : en un mot si indifférent dans ses biens et dans ses maux. Où est cette ardeur et cette tendresse d'un saint Paul? « Pleurer avec ceux qui pleurent, se réjouir avec ceux qui se rejouissent ‘, être foible avec les foibles?, souffrir comme dans le feu et être brülé lorsque quelqu'un est scandalisé 5. » O0 mon Dieu, si rien de cela n'est dans mon cœur, ni je n'aime mon prochain comme moi-méme, ni je ne vous aime de toute ma force et de tout mon cœur.
Encore si en connoissant mes foiblesses et mes distractions, mes langueurs , mon indifférence, mon insensibilité et mes froideurs, je pouvois verser à vos pieds un torrent de larmes : je commencerois à aimer, en déplorant la privation et la perte de l'amour. Mais, ó Dieu, tout est foible en moi, et méme la douleur de n'aimer pas.
Est-ce done que je ne veux pas aimer? ou est-ce que je ne le puis pas et que je n'en ai pas la force? En effet n'aime pas qui veut, et on n'aime pas ce qu'on veut, et il faut être attiré. Mais, Ô Dieu, si je ne pouvois pas aimer, vous ne me diriez pas: « Aime :» si je n'avois point de force pour aimer, vous ne me diriez pas :
1 Rom., xit, 45, — 2] Cor., 1x, 22. — 5 |I Cor., xr, 29.
« Aime de toute ta force. » Mais, 6 Dieu, si je le pouvois et si jen avois la force, ne le ferois-je pas maintenant, qu'étant devant vous, ou je le veux, ou je tâche de le vouloir sincèrement? Est-ce que je veux, et ne veux pas tout à la fois? Est-ce qu'aimer est autre chose qu'un bon vouloir? O mon Dieu, expliquezmoi ma maladie, et le besoin que j'ai de vous pour me servir de mes forces, pour vouloir ce que je veux, ou pour commencer à le vouloir.
Il est vrai comme je l'ai dit: n'aime pas qui veut et on n'aime pas ce qu'on veut ni autant qu'on veut : il faut être attiré; et surtout on n'aime pas Dieu que Dieu n'attire. « Personne ne vient à moi que mon Pere ne le tire: quand je serai élevé de terre, je tirerai tout à moi '. » Et de là vient que l'Epouse disoit : « Tirezmoi et nous courrons ? : » et pour dire : « Tirez-moi, » de tout son cœur et comme il faut, il faut déjà commencer d'être tiré. O Seigneur, tirez-moi donc, commencez et faites-moi suivre : commencez et je trouverai mon cœur et mes forces pour tout employer à vous aimer.
ALAVA LULUUVVVTUUUL VIC VUULVVVUUUVUUULVUUtUU UU UUUU LV VUL CUVVVUVVVVWU UV UUUV UN VV tV.