XLIX: JOURNÉE
Suite des mémes réflexions. Lumiére et délectation : attraits de l'amour de Dieu. Ibid.
Relis, mon ame, ce doux commandement d'aimer : c'est commencer à aimer , que d'aimer à le relire et à peser toutes les paroles qu'il contient. O Dieu, j'ai connu et j'ai senti que pour vous aimer il faut être tiré et attiré: mais comment m'attirez-vous? est-ce seulement en me mauifestant vos beautés, c'est-à-dire en me montrant tout le bien, comme vous disiez à Moïse : «Je te montrerai tout le bien ?, » en me montrant moi-même à toi? Hâtez-vous done, Ô Seigneur; montrez-moi en vous toute vérité, toute perfection et tout bien, afin que je coure à vous, ravi par l'odeur de vos parfums, par la douceur de vos attraits.
- 1 Joan., VI, 443 xi, 32. — ? Cantic., 1, 3. — * Exod., xxxii, 19.
Mais, Ó Seigneur, est-ce assez que vous éclairiez mon intelligence? ne suis-je qu'un ignorant qu'il faut instruire? Ma volonté n'est-elle pas aussi malade par un secret et invincible attachement au bien sensible, que mon entendement malade par une ignorance profonde de vos vérités? Entrez donc au dedans de moi, ô Seigneur : saisissez-vous du secret et profond ressort d’où partent mes résolutions et mes volontés : remuez, excitez, animez tout; et du dedans de mon cœur, de cette intime partie de moi-même, si je puis parler de cette sorte, qui ébranle tout le reste, inspirezmoi cette chaste et puissante délectation, qui fait l'amour ou qui l'est : répandez la charité dans le fond de mon cœur comme un baume et comme une huile céleste. Que de là elle aille, elle pénetre, et qu'elle remplisse tout au dedans et au dehors : alors je vous aimerai, et je serai vraiment fort pour vous aimer de toute ma force.
Recommencons la lecture du divin précepte; ou plutót lisons-le intérieurement dans ces tables intérieures, dans ces tables de notre cœur , où vous avez commencé à en écrire toutes les paroles. Vous dites : « Aimez : » Je veux aimer. Vous dites : «De tout votre cœur. » C'est de tout mon cœur. Vous dites: « De toute votre pensée. » Venez, toutes mes pensées, tous mes sentimens, tous mes mouvemens, tous mes désirs : venez, réunissez-vous pour aimer Dieu. Vous dites : « De toutes vos forces, » c'est-à-dire de toutes ces forces que vous excitez et que vous m'inspirez vousméme. O Seigneur, je vous suis, je cours de toute ma force pour m'unir à vous.
Mais, ó Seigneur, vous fuyez : plus j'approche, plus je vous vois loin : vous étes prés, et vous étes loin : vous étes en moi plus que moi-méme : vous n'y étes pas seulement comme vous étes dans toutes les choses animées et inanimées : vous étes en moi comme la lumière et la vérité qui m'éclaire et comme le chaste attrait où mon cœur se prend. O Dieu, vous êtes donc bien proche: mais, Ô Seigneur, vos lumières vous rendent inaccessible : Ô vérité, vous croissez à mesure que je vous approche, et sans cesse vous vous retirez à ma foible intelligence. Il faut que je m'aille perdre dans cette nue où vous vous cachez, dans ce point obscur
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, Le JOURNÉE. 185
que je vois de loin, d’où vous vous faites sentir. Dieu si connu et si inconnu, je veux vous aimer au delà de mes connoissances, comme un étre incompréhensible, que l'on ne connoit qu'en s'élevant au-dessus de toutes ses connoissances, sans jamais pouvoir s'élever assez ni comprendre, ni connoitre assez combien vous étes incompréhensible. O Seigneur, je m'unis à vous, à vos lumières, à votre amour : vous êtes seul digne de vous connoître et de vous aimer: je m'unis autant que je puis à vos lumières et à vos attraits incompréhensibles, et dans ce silence intime de mon ame, je consens à toutes les louanges que vous vous donnez. O Seigneur, « le silence est votre louange ! » David le chantoit ainsi dans un de ses psaumes : « Le silence est votre louange (d) : » il faut se taire, il faut se perdre, il faut s'abimer et reconnoitre qu'on ne peut rien dire de digne de vous, ni vous aimer comme il faut. C'est ainsi qu'il faut aimer le Seigneur son Dieu, non-seulement de toutes ses forces, mais encore, s'il se pouvoit, de toutes les forces de Dieu.
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L° JOURNÉE
Suite des mémes réflexions. L'amour doit toujours croître. Ibid.
Quand j'aimerai de toute ma force, ce ne sera plus cette vie : la charité sera consommée : la cupidité sera éteinte : la sensualité et l'amour-propre seront arrachés. Mais tant que nous sommes en cette vie, ce poids qui nous entraine au mal subsiste toujours. « La loi de Dieu nous délecte dans l'homme intérieur : mais il y a la loi des membres; et je ne fais pas le bien que je veux , mais le mal que je ne veux pas. Malheureux homme que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort *, » afin que j'aime Dieu de toutes mes forces, et que la loi de l'esprit ne trouve plus en moi de résistance?
En attendant, ó mon Dieu, la charité doit croître toujours et la
1 Rom., vir, 19, 22-24.
(a) Dans le Psaume rxiv, où il est porté, selon la Vulgate, Te decet hymnus : « La louange vous appartient; » l'original porte : Tibi silentium laus : « Le silence
est votre louange. »
cupidité toujours décroitre. La force augmente en aimant : l'exercice de l'amour épure le cœur , en lui apprenant à aimer de plus en plus. Dieu est en nous quand nous aimons; et c'est lui qui du dedans de nos cœurs, y répand et y inspire l'amour. On mérite parlamour de posséder Dieu davantage; et en le possédant davantage, d'aimer davantage. Je n'aime done pas de toute la force que je puis exercer en cette vie, si je n'aime mieux demain qu'aujourd'hui, et si le jour d’après je n'augmente mon amour, jusqu'à ce que j'arrive à la vie où le précepte de la charité s'accomplira parfaitement. On ne peut s'y préparer qu'en cette vie : mais on ne peut l'accomplir parfaitement que dans l'autre. Ce qu'il y a à faire en cette vie, c'est d'aimer toujours de plus en plus, et en aimant, d'acquérir de nouvelles forces pour aimer. Excitons-nous nuit et jour à cette pratique : « Faites cela et vous vivrez, » dit le Sauveur !.
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LE JOURNÉE
Pratique de la charité dans lOraison Dominicale.
« Notre Père ? : » Si nous sommes des enfans et non des esclaves, servons par inclination, et non par crainte : par volonté, et non par menace. Enfans d'adoption, aimons celui qui nous a choisis pour nous unir à son Fils unique.
«Qui êtes dans les cieux : » qui vous y manifestez à vos élus; qui nous avez donné le ciel pour notre héritage, notre patrimoine, notre ville, notre patrie, notre maison. Habitons-y donc en esprit: tournons là toutes nos pensées : Sursum corda : «le cœur en haut. » Purifions notre cœur, afin de voir Dieu. Unissons-nous par la foi à ceux qui le voient déjà face à face, aux anges et aux ames saintes. Cherchons partout notre Père , car il est partout ; mais cherchonsle prineipalement dans le ciel, parce qu'il y est dans sa gloire : aimons sa gloire : aimons son saint nom : aimons son regne et sa volonté. C'est ce que la suite nous explique.
DUB So DI Matth., vr, 95; Luc., xr, 2.
« Votre nom soit sanctifié : » quel nom, si ce n'est le nom de Père que nous venons de lui donner? Sanctifions ce nom : ne portons pas indignement le nom de fils : ne dégénérons pas d'un tel Pére et d'une telle naissance. Quel nom encore? le nom de bon, en mettant en lui notre confiance : le nom de juste, en observant ses justices, c'est-à-dire ses commandemens : le nom de puissant , en ne craignant rien sous ses ailes : le nom de saint, en le glorifiant comme le Saint d'Israél, en lui disant continuellement : « Saint, Saint, Saint; le ciel et la terre sont remplis de votre gloire !; » en nous sanctifiant nous-mêmes pour l'amour de lui et pour l'imiter, conformément à cette parole : « Soyez saint comme je suis saint * : » enfin le nom de Dieu, de Créateur et de Seigneur, en lui obéissant par un chaste et un inviolable amour, en traitant avec révérence les choses saintes, en honorant par notre vie le nom de chrétien et en vivant de maniére sous ses yeux au dedans et au dehors, qu'il soit glorifié en nous.
« Si on parle, que ce soit des discours de Dieu ; si on exerce quelque ministère dans l'Eglise, qu'on le fasse comme par la vertu que Dieu donne, afin qu'il soit glorifié en toutes choses par Jésus- Christ Notre-Seigneur, lui à qui appartient la gloire et l'empire aux siècles des siècles. Amen ?. »
Sanctifier le nom de Dieu en cette sorte, c’est l'aimer parfaitement, et tout faire pour lui et sa propre perfection.
« Que votre règne arrive : » ce règne dont il est écrit : « Tout genou fléchira devant moi, et toute langue confessera le nom de Dieu *, lorsque la plénitude des nations sera entrée et que tout Israël sera sauvé *. » O Seigneur, que ce règne arrive , et que vous soyez glorifié par toute la terre.
« Que votre règne arrive: » ce règne que nous attendons , lorsque vous viendrez juger les vivans et les morts, et que vous manifesterez votre puissance. Jour terrible et plein de menaces : mais néanmoins désirable à vos saints, à qui le Sauveur a dit : « Quand ces choses commenceront à se faire, regardez et levez la tête, parce que votre rédemption approche *. » Quelle conscience
1 Jsa., VI, 35 Apoc., 1v, 8. — ? Levit., X1, #4; I Petr., 1, 16. — ? I Petr., 1v, 11. — ^ [sa., XLV, 24;Rom., XIV, 11. — 5 Rom., xt, 25, 26. — EU EXCEL 28e
faut-il avoir, combien pure, combien innocente, pour désirer ce jour ! « Lavez-vous, purifiez-vous *, » soyez nets. C'est d'une telle netteté que sortent la confiance et l'amour.
« Que votre règne arrive : » il arrive ce règne parfait pour chacun de nous , notre ame réunie à son principe, attend en son temps le corps qui lui avoit été donné, afin que l'homme entier soit soumis au règne de Dieu et s'en ressente. —
« Je désire d’être séparé de mon corps, pour être avec Jésus- Christ ?. »
« Je ne désire pas d'étre dépouillé, mais d'étre revétu pardessus, afin que ce qu'il y a de mortel en moi soit.englouti par la vie ?. »
« Je désire de m'éloigner du corps et d'étre présent au Seigneur *. »
Alors le Seigneur régnera : il n'y aura plus de mauvais désirs à combattre : non-seulement le péché ne régnera plus, mais il ne sera plus. Commencons à le détruire : « Qu'il ne règne plus du moins dans nos corps mortels 5 : » alors nous désirerons le régne parfait de Dieu en nous.
Le dernier fruit d'une bonne conscience et de l'union de l'ame avec Dieu, est de ne pouvoir plus souffrir ce corps qui nous en sépare, et de désirer le sommeil desjustes. Un secret dégoüt de la vie, la séquestration de l'ame par la contemplation et le désir des choses célestes , l'actuelle séparation devient alors notre plus cher objet. O Dieu, « que ce règne arrive ! » Quand serai-je dans votre royaume? Mon ame désire, mon ame languit, mon ame tombe dans la défaillanee, en soupirant aprés vos éternels tabernacles , aprés cette cité permanente. Tout passe, tout s'en va : quand verrai-je celui qui ne passe pas? Quand serai-je fixé en lui, en sorte que je ne puisse plus le perdre ? O que je puisse bientót arriver à ce royaume! En attendant, régnez en moi, régnez sur tous mes désirs, régnez-y seul. « On ne peut servir deux maîtres ©, » ni avoir deux rois, deux objets dominans dans son cœur. Les servir, c'est les aimer; c'est le Fils de Dieu, la vérité méme, qui l'ex-
! [sa., 1, 46. — ? Philipp., 1, 923. — 3 11 Cor., V, 4. — * Ibid., 6. — 5 Rom., VI, 12. — 6 Matth., vr, 94.
SERMONS DE: NOTRE-SEIGNEUR , LI* JOURNÉE. 189 plique ainsi : « On ne peut servir deux maîtres : » car, ajoute-t-il, « ou l'homme haira l'un et aimera l'autre : » ainsi servir, c'est aimer : servir sans partage, aimer sans partage : « ou il supportera l'un et méprisera l'autre. » Il n'y a point de milieu , aimer ou hair, supporter ou mépriser. Régnez donc seul.
« Que votre volonté soit faite : » c’est l'amour pur : car qu'est-ce qu'aimer, si ce n'est avoir en tout et partout la méme volonté, jusqu'à l'entiére extirpation du moindre désir contraire, et un total assujettissement de son cœur? « Que votre volonté soit faite :» qu'elle soit faite partout et par tous : que j'aime, que tout le monde aime : car l'effet de cet amour est de vouloir que tous les autres y soient entrainés. « Que votre volonté soit faite : » que toute justice, que toute raison, que toute vérité soit accomplie : car c’est là votre volonté : qu'elle soit faite dans la terre comme dans le ciel: par les hommes comme elle l'est par les anges, ces bienheureux esprits qui vous aiment parce qu'ils vous voient : quelle soit donc faite par amour, par un amour pur, par un amour constant et invariable. Elle ne se fera jamais de cette sorte que dans le ciel : ni nous n'aurons autre part que dans le ciel l'accomplissement parfait de ce précepte : « Tu aimeras; » ni nous n'aurons jamais autre part l'accomplissement parfait de cette demande : « Votre volonté soit faite. »
Vous arrivez donc par cette demande à la perfection et au dernier effet de l'amour divin. Absorbé dans ce saint et pur amour, vous commencez à penser à la vie mortelle non pas comme à un objet désirable, mais comme à une charge nécessaire. « Donneznous notre pain : » donnez-nous de quoi sustenter cette vie dont vous nous avez chargés, pour accomplir le temps de notre servitude et de notre pénitence, afin que ce temps étant accompli, nous venions à la liberté parfaite : donnez-nous donc ce pain que nous devons manger dans notre sueur : c'est notre servitude, c'est notre supplice. Chacun doit travailler à sa manière pour gagner son pain : « Que celui qui ne travaille pas, ne mange pas !, » disoit saint Paul. Travaillons donc pour avoir ce pain : Dieu ne nous le donne pas moins, parce que lui seul bénit notre travail. Donnez-
1 [I Thessal., 11, 10.
le-nous done : « Donnez-le-nous à chaque jour: » sentons à ce mot notre perpétuelle et irrémédiable indigence. Donnez-le-nous : nous ne le voulons que de vous et parles voies que vous prescrivez. « Donnez-nous le pain: » sous ce nom nous entendons toutes les choses que vous nous avez rendues nécessaires. Donneznous les nécessités : ne nous donnez pas les délices : nous demandons ce à quoi vous nous avez assujettis, parce que c'est vous qui nous avez imposé cette servitude. Donnez-le-nous aujourd'hui ce pain nécessaire chaque jour : il ne sera pas moins nécessaire demain qu'aujourd'hui; mais je dois étre content, pourvu que je laie aujourd'hui. Si vous me donnez davantage, à la bonne heure : mais je suis content d'aujourd'hui : « À chaque jour sufit son mal: ne vous laissez pas troubler ni inquiéter pour le lendemain !.»
« Donnez - nous le pain » de vie : donnez - nous l'Eucharistie : donnez à notre ame sa nourriture : nourrissez-la de la vérité et de votre volonté sainte: car notre « nourriture, » comme celle de notre Sauveur, « est de l’accomplir ?. » Nourrissez-nous donc de ce pain qui n'est pas moins nécessaire à l'ame que l'autre l'est au corps : que nous n'avons pas moins besoin de recevoir journellement de votre main. Donnez-le-nous aujourd'hui : donnez-lenous dans ce jour qui ne finit point : que je commence aujourd'hui ce jour bienheureux! que je commence à vivre pour l'éternité !
Il falloit joindre à ces exercices de l'amour, celui de l'amour pénitent, et le voici: « Pardonnez-nous : » que je puisse, comme la pécheresse, entendre de la bouche du Sauveur cette douce et consolante parole : « Plusieurs péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé: celui à qui on remet plus aime plus : celui à qui on remet moins aime moins ?: » c'est la Vérité éternelle qui la ainsi prononcé. Pardonnez-moi done, et faites que je vous aime autant que j'ai besoin de votre pardon.
Songeons aux larmes de cette sainte pénitente : songeons à ces baisers qu'elle ne cessoit de donner aux pieds de Jésus. Le Publicain n'osoit lever les yeux au ciel : celle-ci n'ose pas méme tenir
IMG NT, NS Le Joan., 1v, 34. — 3 Luc., vit, 43, 4T.
la téte levée. Prosternée de tout son corps aux pieds du Sauveur, elle ne met point de fin à ses regrets, parce qu'elle n'en mettoit point à son amour. Disons dans le méme esprit et avec les mémes sanglots : « Pardonnez-nous. »
« Comme nous pardonnons. » Afin que rien ne manque, voici encore la charité fraternelle. Rien n'empéche notre union avec nos fréres, si les offenses mêmes ne l'empéchent pas. Nous les pardonnons, ó Seigneur, comme nous voulons obtenir notre pardon, avec la méme sincérité. Nous ne réservons rien, comme nous ne voulons pas que vous réserviez rien à notre égard. Nous lui rendrons notre amour, comme nous voulons que vous nous rendiez le vótre.
» Et ne nous induisez pas en tentation. » On nous a donné le remède aux péchés passés, en voici un pour l'avenir : O Seigneur, ne nous livrez pas entre les mains du tentateur : Óó Seigneur, vous pourriez avee justice lui permettre tout sur nous par une juste punition de nos péchés : ne lefaites pas, nous vous en prions, à cause de votre bonté.
Il ne suffit pas de dire : Que nous ne succombions pas à la tentation. Prions « que nous n'y soyons jamais induits : » car notre foiblesse est si grande, que si nous étions tentés, nous succomberions; ou du moins si nous n'étions pas tout à fait vaincus, nous recevrions quelque blessure. C'est pourquoi le méme Sauveur qui a dit: « Veillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation ! , » nous fait demander ici, non pas seulement que nous n'y succombions point, mais que nous n'y soyons point induits, que nous n'y entrions point.
Que nous sommes aveugles, hélas! si pendant que nous demandons à Dieu qu'il ne nous induise pas en tentation, nous nous y jetons nous-mémes : si nous nous jetons dans ces occasions oü notre chute a toujours été trop certaine! Fuyons, fuyons; et nous pourrons faire sincèrement cette demande.
« Délivrez-nous du mal : » C'est notre parfaite délivrance que nous demandons : délivrez-nous du péché, de ses causes, de ses effets, de ses peines. Ainsi libres de tout le mal, nous serons des
1 Matth., XXVI, 44.
enfans parfaits, et nous pourrons dire véritablement et parfaitement : « Notre Père. » En attendant cette parfaite délivrance, qui n'est autre chose que le salut éternel, délivrez-nous du péché : qu'il ne régne point en nous : délivrez-nous des mauvais désirs : que nous ne cessions de les combattre et deles vaincre : délivreznous des peines du péché, dela mort, des maladies, des autres peines : délivrez-nous de la crainte et dela servitude oü elles nous jettent : délivrez-nous de leur malignité, et faites qu'elles nous tournent à reméde : délivrez-nous des maux de cette vie, ou donnez-nous la grace qu'ils nous servent à l'autre, où nous serons parfaitement libres. Hátez-vous de nous délivrer : nous soupirons après cette bienheureuse délivrance. L'amour divin est notre liberté : c’est lui qui nous délivre de l'amour du monde : régnez donc, à amour divin, je vous livre mon cœur : « Délivreznous de tout mal. »
Ainsi dans toutes ces demandes on ne demande et on n'exerce que l'amour divin. Mais remarquons bien qu'on ne l'exerce que comme une chose qu'on demande à Dieu. Car que lui demandonsnous, lorsque nous disons : « Que votre nom soit sanctifié, que votre régne arrive, que votre volonté soit faite, délivrez-nous du mal : » que lui demandons-nous, sinon dans un amour chaste, le saint et parfait usage de notre volonté? Et cela méme doit encore redoubler notre amour, puisque notre amour étant un don de Dieu, il nous oblige toujours à une nouvelle reconnoissance : ce qui enfin le doit multiplier jusqu'à l'infini.
Certainement c'est un don de Dieu que d'aimer Dieu : « Celui qui nous a aimés lorsque nous ne songions pas à l'aimer, nous a donné la gràce de l'aimer, » dit saint Augustin. Aimons-le donc de tout notre cœur, sans fin et sans cesse.
On se tourmente à demander, quand est-ce qu'il faut exercer l'acte d'amour? La réponse est claire : il faut l'exercer autant qu'on peut, autrement on n'aime pas de tout son cœur : quand l'amour est sincère et dans le cœur, il s'exerce assez par lui-même, et il ne lui faut point d’autre loi que lui-même pour son exercice. Il faut l'exercer toutes les fois qu'on dit le Pater, puisque si on l'entend et qu'on le dise en esprit, on ne le peut dire sans aimer.
hien ne manque dans cette divine Oraison : l'amour de Dieu et celui du prochain, où réside l'aecomplissement de la loi, y sont accomplis dans leur perfection. '
On demandera : Pourquoi Jésus-Christ ne nous y fait pas parler de lui-méme, ni prier en son nom, comme il l'ordonne si souvent ailleurs? Mais pouvoit-on plus prier par lui et en son nom, que de dire la prière qu'il nous dicte par sa parole, et qu'il nous inspire par son esprit ?
Pouvons-nous seulement nommer notre Pére sans songer au Fils unique, à qui nous sommes unis par cette nouvelle qualité?
« Je m'en vais, dit-il, à mon Père et à votre Père‘. » Il n'est pas fils comme nous; c'est pourquoi il use de cette distinction : « à mon Père et à votre Père. » C’est le premier qui a droit de dire : Mon Père ,-parce qu'il est le fils par nature : c'est en lui et par lui que nous l'avons , parce que nous sommes faits en lui enfans d'adoption. C'étoit donc aussi à lui à nous apprendre, comme il fait dans cette admirable Oraison, à appeler Dieu notre Père : c'est en envoyant en nous l'esprit de son Fils que Dieu méme nous fait dire : Abba : Père ?. C'est donc en toutes façons, et au dedans et au dehors, qu'il nous forme à parler à Dieu comme ses enfans. Aimons le Pére en Jésus-Christ son Fils unique, par leur esprit qui est en nous: aimons aussi tous ceux qui sont appelés à la méme grace, et qui peuvent dire comme nous dans le méme esprit : «Notre Père. » Ainsi toute la Trinité sera adorée et aimée ; la fraternité chrétienne sera exercée: et en disant de bon cœur dans le Saint-Esprit ce seul mot, « Notre Père, » nous accomplirons toute justice.
Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va Va TA VA TR VOTES AS VA US YA US TOUS AZ AAGRANAVARVA
AAARANRA AAA