LII: JOURNÉE
Jésus-Christ, Médiateur : Dieu : Roi : Pontife. Matth., xxu, 41, 44.
Quoique ce qui étoit dà à Jésus-Christ fût compris dans le précepte de l'amour de Dieu, puisqu'il est un méme Dieu avec son Pére et le Saint-Esprit, néanmoins il nous falloit encore expli- (d Joan., XX, 11. — ? Rom., NI, 15; Galat., 1v, 6.
quer ce qui étoit dà à Jésus-Christ en tant que Christ, médiateur et lien de l'amour de Dieu envers nous et de nous envers Dieu; et c'est ce qu'il fait encore avant que de mourir, de la manière la plus authentique qu'on püt souhaiter, puisque c'est en nous expliquant la plus célébre prophétie du régne du Christ, publiée par la bouche de David qui en devoit étre le pere.
Puisqu'une des qualités par laquelle le Christ devoit étre le plus connu, étoit celle de fils de David, il étoit beau que ce füt David qui nous apprit à le connoitre.
Qu'il est beau que le Christ ait été vu de ses pères : d'Abraham, « qui a vu son jour et qui s'en est réjoui' : » de David, qui ravi de ses grandeurs, quoiqu'il dût être son fils, « l'avoit appelé son Seigneur ?. »
Comme en Abraham étoient données les promesses de la multiplication des fidéles de Jésus-Christ, en David étoient données celles de son empire éternel. Puisque Dieu lui avoit promis en David « un trône qui dureroit plus que le soleil et que la lune ?, » il étoit beau que David, à qui ce trône étoit promis en figure de Jésus-Christ, füt le premier à reconnoitre son empire en l'appelant son Seigneur : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur* : » comme s'il eüt dit: En apparence c'est à moi à qui Dieu promet un empire qui n'aura point de fin : mais en vérité, c'est à vous, ó mon Fils, qui étes aussi mon Seigneur, qu'il est donné ; et je viens en esprit le premier de tous vos sujets, vous rendre hommage dans votre tróne, à la droite de votre Pére, comme à mon souverain Seigneur. C'est pourquoi il ne dit pas en général : Le Seigneur a dit au Seigneur; mais : « à mon Seigneur. »
« S'il est le fils de David, comment l'appelle-t-il son Seigneur?» Il vouloit par là leur faire lever les yeux à une plus haute naissance de Jésus-Christ, selon laquelle il n'est pas fils de David, mais Fils unique de Dieu; et ils n'avoient qu'à continuer le Psaume, pour trouver cette naissance éternelle, puisque Dieu méme parle ainsi dans la suite : « Je vous ai engendré de mon sein devant l'aurore : dans les splendeurs des saints *. »
1 Joan., Vir, 56. — ? Psal, cix, 4. — ? Psal LXXXVIII, 38. — ^ Psal X 5 Matth., xxi, 44, — 6 psa], cix; a: : > 99. sal. cix, 1.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LIIe JOURNÉE. 195
« Devant l'aurore : » devant que cette lumière qui se couche et qui se lève tous les jours, eût commencé à paroitre, il y avoit une lumière éternelle qui fait la félicité des saints : c’est dans cette lumière éternelle que je vous ai engendré.
Je vous adore, Ó Jésus, mon Seigneur, dans cette immense et éternelle lumière : Je vous adore comme «la lumière qui illumine tout homme venant au monde! : » Dieu de Dieu : lumière de lumière : vrai Dieu de vrai Dieu.
Quelle joie de voir Jésus-Christ nous expliquant lui-méme les prophéties qui le regardent, et nous apprenant par là comme il faut entendre toutes les autres!
Tout ce que nous devons à Jésus-Christ nous est montré dans ce Psaume. Nous le voyons premièrement comme Dieu; et nous disons :« C'est ici notre Dieu, et il n’y en a point d'autre ?.» Car s'il est engendré, il est Fils : s'il est Fils, il est de méme nature que son Père : s'il est de méme nature, il est Dieu et un seul Dieu avec son Père : car rien n'est plus de la nature de Dieu que son unité.
Il est roi: je le vois en esprit assis dans un trône : où est ce tróne? A la droite de Dieu : le pouvoit-on placer en plus haut lieu ? Tout relève de ce trône : tout ce qui relève de Dieu et de l'empire du ciel, y est soumis : voilà son empire.
Mais cet empire est sacré; c'est un sacerdoce et un sacerdoce établi avec serment; ce qui n'avoit jamais été. Dieu voulant par une déclaration plus particulière de sa volonté, nous marquer la singularité de ce sacerdoce : « Dieu jure et il ne s'en repentira jamais : » il n'y aura point de changement à cette promesse : le sacerdoce de Jésus-Christ est éternel : « Vous étes pontife à jamais selon l'ordre de Melchisédech?. » Vous n'avez ni commencement ni fin : ce n'est point un sacerdoce qui vienne de vos ancétres, ni qui doive passer à vos descendans. Votre sacerdoce ne passe point en d'autres mains : il y aura sous vous des sacrificateurs et des prétres; mais qui seront vos vicaires, et non point vos successeurs. Vous célébrez pour nous un office et une féte éternellement, à la droite de votre Père : vous lui montrez sans cesse les cicatrices des plaies qui l'apaisent et nous sauvent : vous lui offrez
1 Joan., 1, 9. — ? Baruch. 111, 36. — ? Psal. cix, 4; Hebr., v, 65 vir, 17.
nos prières : vous intercédez pour nos fautes : vous nous bénis- Sez : vous nous consacrez : du plus haut des cieux vous baptisez vos enfans : vous changez des dons terrestres en votre corps et en votre sang : vous remettez les péchés: vous envoyez votre Saint-Esprit : vous consacrez vos ministres : vous faites tout ce qu'ils font en votre nom : quand nous naissons, vous nous lavez d'une eau céleste : quand nous mourons, vous nous soutenez par une onction confortative : nos maux deviennent des remèdes, et notre mort un passage à la véritable vie. O Dieu ! 6 Roi! ó Pontife! je m'unis à vous en toutes ces augustes qualités; je me soumets à votre divinité, à votre empire, à votre sacerdoce, que j'honorerai humblement et avec foi dans la personne de ceux par qui il vous plait de l'exercer sur la terre.
. «Tous vos ennemis, » Ô mon Roi, « doivent être l'escabeau de vos pieds! : » ils seront réduits : ils seront vaincus : ils seront forcés à baiser vos pas et la poussière où vous aurez marché : qu'attendons-nous? Mettons-nous volontairement sous les pieds de ce roi vainqueur, de peur qu'on ne nous y mette par force; de peur . qu'il ne dise du haut de son trône : « Pour ceux qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, qu'on les fasse mourir à mes yeux? : » devant ma vérité : devant ma justice éternelle. Car ce sera leur juste supplice que la justice et la vérité les condamneront à jamais, et ce sera la mort éternelle.
« Asseyez-vous » en attendant « dans votre trône, » Ô roi de gloire, « jusqu'à ce que le temps vienne de mettre tous vos ennemis à vos pieds? ; » c'est-à-dire demeurez dans le ciel, jusqu'à ce que vous en veniez encore une fois, pour juger les vivans et les morts. C'est précisément ce que nous disons tous les jours dans le Symbole : «Il est assis à la droite de Dieu, d’où il viendra juger les vivans et les morts. » Alors done il en sortira pour les venir juger. Mais il retournera bientôt prendre sa place avec tous les prédestinés qui ne feront qu'un avec lui; et il donnera à Dieu ce royaume entier et tout le peuple sauvé, c'est-à-dire le chef et les membres : « Et Dieu sera tout en tous *. »
1 Psal. cix, 1; I Cor., xv, 25: Hebr., 1, 43: X, 13 2L 1; : ebr. . — ? Luc., xix, 21. — 3 Psal. cix, 15 1 Cor, xv,95. — 41 Gors XV, 28: — KD x
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LIIe JOURNÉE. To
En attendant, il ne laissera pas d'exercer son empire sur la terre : il brisera la tête des rois : un Néron, un Domitien attaqueront son Eglise; mais il brisera leur tête superbe. Un Dioclétien, un Maximien, un Galére, un Maximin tourmenteront les fidèles : mais il les dégradera, il les perdra, il les frappera d'une plaie irrémédiable, comme il fit un Antiochus. Un Julien l'Apostat. lui déclarera la guerre; mais il périra d'une main inconnue, peut-être par celle d'un ange, certainement par un coup ordonné de Dieu. Tremblez donc, Ó rois, ennemis de son Eglise! Mais « vous, petit troupeau, ne craignez rien! : » votre Roi mettra à ses pieds tous vos ennemis, fussent-ils les plus puissans de tous les rois. ;
« Il boira du torrent dans la voie : » il boira le calice de sa passion, « mais ensuite il élèvera la tête?» Buvons avec lui les, afflietions, les mortifications, les humiliations, la pénitence, la pauvreté, les maladies; buvons de ce torrent avec courage : que ce torrent ne nous entraine pas, ne nous abatte pas, ne nous; abime pas, comme le reste des hommes. Alors nous lèverons la téte : les tétes orgueilleuses seront brisées; nous le venons de voir : mais les tétes humiliées par un abaissement volontaire seront exaltées avec Jésus-Christ.
« Et personne n'osa l'nterroger?. » Aveugles; parce que la: lumière venoit trop claire à leurs yeux, ils n'osoient plus l’interroger. Il falloit l'interroger, non par un esprit superbe et contentieux, mais pour être instruit. Venez donc; interrogez : profitez du temps : il ne sera plus guère avec vous. « La lumière n'est plus avec vous que pour peu de temps : Marchez, » interrogez, « pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous environnent : celui qui est dans les ténèbres ne
sait où il va *. »
Mais nous, pour qui Jésus-Christ ne s'en va pas, ne cessons de l'interroger, et de consulter sa vérité éternelle, pour le connoitre et pour nous connoitre : « Approchons-nous de lui et soyons illuminés 5 : » fussions-nous dans les ombres de la mort ::
1 Luc., Xii, 32. — ? Psal. cix, 1. — ? Matth, xxu, 45. — * Joan., xit, 35. ET 5 Psal. xxxii, 6. :
écoutons l'Apótre, qui nous dit : « O vous qui dormez parmi les morts ! sortez de votre tombeau et Jésus-Christ vous éclairera '. » Amen, amen.
BV LRU LA VUA VUNA VVUVVVU VV LE VV LULU LE VUM. VUVVVS VVUVUVC VUL UUUVVVVUL UULVU VU WU v LU VVVS
LIIF JOURNÉE.
Chaire de Moise : Chaire de Jésus-Christ et des apôtres. Matth. , xxu, 1-3.
Aprés avoir confondu les pharisiens et les docteurs de la loi par ses réponses, il commence à découvrir au peuple leur hypocrisie pour deux raisons : la première, afin que le peuple füt prémuni contre leurs artifices, puisque ce devoit étre là le plus grand obstacle à leur foi; la seconde, pour l'instruction des maitres et des docteurs de l'Eglise, afin qu'ils évitassent soigneusement cette hypocrisie pharisaique qui avoit fait une si grande opposition à l'Evangile et avoit mis à la fin le Fils de Dieu sur la croix. Le Sauveur ne devoit pas sortir de ce monde, sans y laisser une instruction si essentielle.
Alors done, aprés avoir confondu tous les docteurs de la loi et les pharisiens, Jésus s'adressa aux troupes que ces hypocrites séduisoient, afin de les détromper; et à ses disciples, de peur qu'ils n'en suivissent un jour les mauvais exemples, et leur parla en cette sorte : « Les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moise?; » et le reste où il fait trois choses : 4° il établit leur autorité; 2* il en déclare l'abus; 3* il en prédit le chàtiment.
- Arrêtons-nous ici et préparons-nous seulement à bien profiter du discours de Notre-Seigneur, en sorte que nous soyons véritablement purgés du pharisaisme ; conformément à cette parole du Sauveur : « Donnez-vous de garde du levain des pharisiens, qui ést l'hypoerisie?. » Hélas ! hélas ! qu'il n'est que trop passé de ce levain jusqu'à nous! Nous l'allons voir.
- Jésus-Christ parle aux troupes et à ses disciples, au peuple et aux docteurs. Que chacun soit attentif, et prenne ce qui lui conyient dans cette instruction.
! Ephes. v, M, — ? Matth., xxii, 2, 3. — * Matth., xvi, 65 Luc., xui, 4.
La premiere chose qui est à observer dans le sermon de Notre- Seigneur , c'est qu'ayant à découvrir les abus et les corruptions qui étoient en vogue dans la synagogue et dans ses docteurs, il commence par établir l'autorité de leur ministère , de la manière du monde la plus forte. Car autrement, en reprenant les abus, on en introduiroit un plus grand que tous les autres, qui seroit de se retirer de la société et de mépriser le ministère qui est de Dieu à cause des vices de ceux qui l'exercent. Le docteur du genre humain ne vouloit pas sortir du monde sans établir ce fondement, qui est le remède à tous les schismes futurs, et on ne peut pas l'établir avec plus de force.
« Les docteurs et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moise ! : » assis pour enseigner, ils en ont l'autorité : « sur la chaire de Moïse : » il n'y avoit rien de plus grand pour l’ancien peuple, que d'étre assis sur la chaire du législateur; de celui que Dieu avoit établi alors pour étre le médiateur entre lui et son peuple , comme l'appelle saint Paul ?. C'est sur cette chaire que, sont assis les docteurs de la loi et les pharisiens : ils représentent ces soixante-dix sénateurs qui partagèrent l'esprit de Moïse, pour juger le peuple.
Après avoir établi leur autorité sur celle de Moïse, il conclut : «Gardez donc : et faites tout ce qu'ils vous diront ?. » Il attribue clairement à la synagogue une vérité infaillible; en sorte qu'il falloit tenir pour certain tout ce qui avoit passé en dogme constant de la synagogue : car il ne donne à personne le droit de juger au-dessus d'elle et le partage du peuple est l'obéissance : « Gardez et faites. »
Songeons donc à l'autorité que doivent avoir les docteurs de l'Eglise chrétienne, puisqu'ils sont assis, non pas sur la chaire de Moise, mais « sur celle de Jésus-Christ el des apótres *; » et qu'ils y sont établis avec une promesse bien plus authentique que les docteurs de la synagogue, puisque la synagogue devoit passer et n'avoit que des promesses temporelles : au lieu qu'il a été dit à l'Eglise : «Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles *. »
1 Matth., xxi, 2. — ? Galat., 11, 19. — 8 Matth., xxut, 3. — * Ephes., 11, 20. — 5 Matth., xxvi, 20.
« Gardez donc et faites ce qu'ils vous diront : » mais parce que l'assistance qui leur est promise pour bien enseigner en corps, n'empéche pas-la corruption qui peut être dans les mœurs des particuliers et même de la plupart : il ajoute : « Mais ne faites pas selon leurs œuvres : car ils disent et ne font pas ‘. » Prenez donc bien garde à vos docteurs : ils n'oseront vous décider que ce qui a passé en dogme certain de la synagogue; et s'ils ne le font, ils seront redressés par l'autorité de la chaire, par toute l'unité de la synagogue. Mais la discipline pourra être si corrompue , qu'on ne réprimera pas les mauvaises mœurs, l'avarice, l'hypocrisie, les conduites particulières de ceux qui chercheront leur intérêt sous couleur de religion. Ainsi en faisant ce qu'ils disent, ne faites pas ce qu'ils font : « Et prenez garde, comme disoit saint Augustin, qu'en cueillant la bonne doctrine comme une fleur parmi les épines, vous ne vous laissiez écorcher la main par le mauvais exemple ?. »
Voilà l'abrégé de l'instruction du Sauveur. Il s'expliquera davantage dans la suite. Arrétons-nous ici, et considérons la merveilleuse conduite de Dieu, qui gouvernera tellement le corps des docteurs, qu'ils soutiendront les saintes maximes plus qu'ils ne les pratiqueront, et qu'ils ne passeront pas léur corruption en dogme , le dogme ayant par lui-méme une racine si forte qu'il se soutient comme de soi.
Jésus-Christ nous prémunit donc contre les scandales qui ne seront jamais plus grands, que lorsqu'on les verra dans les docteurs et dans les pasteurs : et il veut que nous apprenions à honorer le ministère méme dans des mains indignes, parce que l'indignité des ministres est*de leur fait particulier, et le ministère est de Dieu.
1 Matth., xxi, 3. — ? Serm. xLVI, in Ezech., n. 22; et Serm. cxxxvi, De verb. Evang. Joan., n. 13.
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