LIV: JOURNÉE
L'autorité de la synagogue reconnue et recommandée par Jésus - Christ dans le temps même qu’elle conjure contre lui. Ibid.
Il y a ici quelque chose d'étonnant : car Jésus-Christ savoit bien que la synagogue l'alloit condamner dans trois jours, lorsque le conseil assemblé chez le souverain Pontife, décideroit : « Il est coupable de mort, parce qu'il s'étoit dit le Christ et le Fils de Dieu '. » Et la confession de la vérité lui fut imputée à blasphème. Et cependant il établit son autorité avec les paroles les plus fortes qu'on pouvoit imaginer : tant il est en tout et partout juste et véritable.
Mais ne sembleroit-il pas qu'il parleroit ici contre lui-même, et quil induiroit le peuple à erreur? « Faites ce qu'ils vous disent : » rejetez donc le Christ : car ils vous le diront bientôt.
Bien plus : « Ils avoient déjà conspiré entre eux , que si quelqu'un confessoit qu'il füt le Christ, il füt excommunié et chassé de la synagogue ?. » Le sanguinaire conseil avoit déjà été tenu, et il y avoit été décidé « qu'il falloit que Jésus mourût. » Et il semble que la synagogue étoit déjà réprouvée : comment donc en parler encore d'une manière si authentique, et lui donner l'autorité de la vraie Eglise? O0 Seigneur, pourquoi parlez-vous en cette sorte? Que ne déclarez-vous plutót à toute la synagogue qu'elle étoit réprouvée? Frappons, cherchons, demandons.
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LV* JOURNÉE
L'autorité de la synagogue cesse à la destruction du temple et du peuple ^ de Dieu. Immobilité de l'Eglise chrétienne. )
En cherchant donc soigneusement dans l'Ecriture, je trouve que la synagogue ne devoit être absolument réprouvée , qu'après
1 Matth., xxv1, 65, 66, — ? Joan., 1x, 22. or.
qu'elle auroit actuellement fait mourir Jésus-Christ. Bien plus : Dieu la vouloit encore attendre, jusqu'à ce qu'elle eüt méprisé le grand signe qu'il lui devoit envoyer pour reconnoitre le Christ , qui étoit celui de sa résurrection : « Cette race infidéle cherche un signe, et il ne lui en sera point donné d'autre que le signe de Jonas le prophète !, » et le reste.
Ce n'étoit pas assez que le Christ füt ressuscité : il falloit que sa résurrection füt publiée, et que la pénitence eüt été préchée en son nom, en commencant par Jérusalem , ce qui ne se commenca qu'à la Pentecóte.
Ce n'étoit pas encore assez : car les apôtres ne se séparent pas encore de la communion du reste du peuple; et quoiqu'ils fissent déjà un corps à part avec leurs disciples, ils alloient au temple comme les autres, et ils étoient recus à y rendre le méme culte. Car encore qu'ils s'assemblassent dans la galerie de Salomon et que personne n'osàt se joindre à eux, néanmoins le peuple les glorifioit *, et on ne les avoit pas publiquement excom muniés.
On peut done voir maintenant que ce qui est dit en saint Jean, «qu'ils avoient conspiré entre eux, de chasser de la synagogue ceux qui reconnoitroient Jésus pour Christ ? : » étoit plutót une conspiration secrète qu'un décret public. Il en. étoit de méme du dessein de le faire mourir. Et en effet, tant s'en faut que les apôtres fussent excommuniés et exclus du temple, Jésus-Christ lui-méme y préchoit, y ordonnoit, y étoit recu, consulté , écouté detout le monde. Et tout ce qu'on fit aprés contre les apótres par voie de fait, ne faisoit pas qu'ils fussent privés du culte publie, ni qu'eux-mémes s'en séparassent, comme on vient de voir. C'étoit un temps d'attente où plusieurs gens de bien, qui pouvoient n'avoir pas vu les miracles de Jésus-Christ, demeuroient comme en suspens. « On venoit cependant de toutes les villes à Jérusalem, pour y apporter les malades aux apótres : on les exposoit à l'ombre de saint Pierre *; » et la synagogue, quoique déjà sur le penchant de sa ruine, n'avoit pas encore pris absolument son parti.
C'est une chose admirable comme Dieu la supportoit en pa-
= ra XII, 39, 40. — ? Act., v, 12, 13, etc. — 3 Joan., 1x, 22. — * Act., v, , 16.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , LVe JOURNÉE. 203
tience, et combien de formalités et de dénonciations, pour ainsi dire, il pratiqua, avant que de répudier entièrement cette Epouse infidèle. Il semble que, lorsqu'elle en vint à répandre le sang de saint Etienne , elle eût rompu tout à fait avec Dieu, et Dieu avec elle. Mais non : carl'infidélité de la ville de Jérusalem n'empéchoit pas que les Juifs de la dispersion n'écoutassent encore les apótres. Ils entroient dans les synagogues où on leur offroit la parole, comme on faisoit à des fréres et à de vrais Juifs. On écoutoit paisiblement ce qu'ils disoient de Jésus, et on les invitoit à en parler encore une autre fois dans l'assemblée suivante. Et le samedi étant venu, toute la ville accourut pour entendre la parole de Dieu de leur bouche. Alors les Juifs s'émurent, et contraignirent les apótres à leur déclarer qu'ils alloient porter aux gentils la parole qu'ils refusoient de recevoir; ce qui étoit une espèce de rupture, puisque les apótres s'en allérent, secouant contre eux la pous- Sire de leurs pieds. Voilà ce qui arriva à Antioche de Pisidie !.
Mais la rupture n'étoit pas encore universelle : car ils continuoient à entrez dans les autres synagogues à leur ordinaire , et on leur y offroit encore la parole *. Ils alloient aussi comme les autres à la prière commune dans l'oratoire destiné à cet usage”. Saint Paul parla paisiblement dans la synagogue à Thessalonique, durant trois samedis consécutifs * ; il étoit oui à Corinthe tous les samedis, préchant toujours le Seigneur Jésus dans ses discours ; et ne s'en retiroit que lorsqu'il voyoit leurs blasphémes manifestes, leur dénoncant toujours qu'ils alloient aux gentils, qui étoit comme le signal de la rupture : saint Paul demeurant pourtant toujours auprès de la synagogue, sans doute pour la fréquenter à son ordinaire , autant qu'on l’y recevroit 5.
Ce qui se passa à Ephèse sent un peu plus la rupture : car saint Paul y ayant préché trois mois durant dans la synagogue avec une pleine liberté, le blasphème de quelques-uns qui entrainèrent les autres, fit qu'il sépara ses disciples et continua ses discours dans l'école d'un certain nommé Tyran”. Mais ce n'étoit rien moins encore qu'une rupture absolue avec la synagogue, puisqu'après
1 Act, XIII, 5 et suiv. — ? Ibid., 15. — 9 Act., XVI, 13, 16. — * Act., xvi, 2. — 5 Act., XVIII, 4. — 9 Ibid., 1. — 7 Act., xix, 8, 9.
tout cela le méme saint Paul étant arrivé à Jérusalem par le conseil de saint Jacques et de tous les prétres, se joignit à quatre fidèles qui avoient fait un vœu, et se sanctifiant avec eux, entra dans le temple , où ils offrirent leurs oblations et accomplirent leur vœu, en témoignage de leur communion avec le service du temple, et le peuple qui le fréquentoit !, qui par conséquent n'étoit pas encore manifestement réprouvé. Et pour pousser tout d'un coup la chose jusqu'à la fin des Actes, les Juifs que saint Paul trouva à Rome lui déclarèrent que les « frères de Judée » contens alors de l'avoir chassé du pays, «ne leur avoient rien écrit, ni rien fait dire contre lui. » Ce qui fit qu'ils l’écoutèrent encore un jour entier, depuis le matin jusqu'au soir ?.
Pendant ce temps-là les gentils venoient en foule à l'Eglise, qui se formoit tous les jours de plus en plus : la persécution s'éleva de tous cótés à l'instigation des Juifs qui alloient partout pour animer les gentils, jusqu'à ce qu'ils excitèrent Néron à cette pre- * miére et grande persécution, où les deux apôtres saint Pierre et saint Paul moururent. Ce fut là comme le terme fatal marqué à la synagogue : car elle avoit pris alors universellement parti contre les fidèles : les apôtres en allant au supplice, leur dénoncèrent le châtiment qui leur alloit arriver : Dieu sembloit les avoir attendus jusque-là en patience , et leur avoir donné tout ce temps-là pour, faire pénitence du déicide commis en la personne du Fils de Dieu :. mais enfin n'ayant écouté ni lui ni ceux qu'il leur envoyoit pour les obliger à se repentir, il lança le dernier coup , où l'on sait que la cité sainte fut mise en feu avec son temple, avec toutes les marques de la dernière extermination que Daniel avoit prédite.. Ce fut alors que le peuple juif cessa absolument d’être peuple ,, conformément à ce qu'avoit dit le méme prophète : « Et il ne sera. plus le peuple de Dieu ?. »
On voit donc l'état de l'Eglise dans cet intervalle. L'Eglise chrétienne commencoit par la prédication de la vérité, que Jésus- Christ et ses apôtres établirent par tant de miracles x surtout par, celui de la résurrection de Jésus-Christ, qui étoit qu'il le Foi reconnoitre pour le vrai Christ. Alors cependantla synagogue n'é-
E Act. XXI, 23 et suiv, — ? Acf., xxvi, 21, 23. — 8 Dan., Ix, 26.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LV* JOURNÉE. 205 toit pas encore entièrement répudiée, ni n’avoit pas tout à fait perdu le titre d'Eglise, puisque les apôtres communiquoient encore avec elle, à son temple et à son service. C'étoit comme un temps d'attente, durant lequel se faisoit la publication de l'Evangile. Il y en avoit alors, qui peut-être n'ayant pas vu par euxmêmes les miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres, et ne sachant encore que penser, voyant aussi qu'il se remuoit dans le monde quelque chose d'extraordinaire, demeuroient comme en suspens, attendant du temps le dernier éclaircissement et disant comme Gamaliel : « Si ce conseil n'est pas de Dieu, il se dissipera de luiméme : s'il est de Dieu, vous ne pourrez pas le dissiper !. » Ceux qui demeuroient dans cette attente, dociles à recevoir la vérité quand elle seroit entièrement notifiée, pouvoient encore être sauvés, comme leurs prédécesseurs, en la foi du Christ à venir, parce qu'encore qu'il füt arrivé, la promulgation de sa venue n'avoit pas encore été faite jusqu'au point que Dieu avoit marqué, et aprés laquelle il ne vouloit plus tolérer ceux qui n'ajouteroient pas une foi entière à l'Evangile. En attendant, l'Eglise judaique demeuroit encore en état : le Fils de Dieu lui donnoit toujours la méme autorité qu'elle avoit, pour soutenir et instruire les enfans de Dieu, ne lui dérogeant la créance que dans le point que Dieu avoit révélé par tant de miracles. Car la croyance qu'il donnoit par ces miracles à l'Eglise chrétienne, ne dérogeoit qu'à cet égard à la foi de l'Eglise judaique : l'Eglise chrétienne naissoit encore, et se formoit dans le sein de l'Eglise judaique, et n'étoit pas encore entièrement enfantée ni séparée de ce sein maternel : c'étoit comme deux parties de la méme Eglise, dont l'une plus éclairée répandoit peu à peu la lumiére sur l'autre : ceux qui résistoient ouvertement et opiniátrément à la lumière, périssoient dans leur infidélité : ceux qui demeuroient comme en suspens en attendant le plein jour, disposés à le recevoir aussitót qu'il leur apparoitroit, se sauvoient à la faveur de la foi au Christ futur, à la maniere qu'on a vue : la synagogue leur servoit encore de mere, et tenoit encore la chaire de Moise jusqu'à un certain point. Qu'on demandât : Quel Dieu faut-il croire ? Les docteurs de la loi vous ré-
1 Act. , v, 38, 39.
pondoient : Celui d'Abraham, qui a fait le ciel et la terre. Que faut-il faire pour son culte, et qu’en ordonne Moïse ? Telle et telle chose. Faut-il attendre un Christ? Sans doute. Où doit-il naître? « En Bethléem ! , » tout d'une voix. « De qui doit-il être fils? De David, » sans hésiter ?. Mais ce Christ, est-ce Jésus ? Dieu le déclaroit ouvertement, et on n'avoit pas besoin à cet égard de l'autorité de la synagogue : car il s'élevoit une autorité au-dessus de la sienne, qu'il n'y avoit pas moyen de méconnoitre absolument. Ceux qui attendoient néanmoins ce que le temps devoit faire pour la déclarer davantage, et qui se gardoient en attendant, à lexemple d'un Gamaliel, de participer aux complots des Juifs contre Jésus-Christ et ses apôtres, faisoient ce que disoit le Sauveur : « Faites ce qu'ils disent: » suivez ce qui a passé en dogme constant: « mais ne faites pas ce qu'ils font : » ne sacrifiez pas le Juste à la passion et à l'intérét de vos docteurs corrompus : l'autorité naissante de l'Eglise chrétienne suffit pour vous en empécher : la synagogue elle-même n'a pas encore pris parti en corps, puisqu'elle écoute tous les jours les apótres de Jésus-Christ, et demeure comme en attente, Dieu le permettant ainsi, pour ne laisser pas tomber tout à coup dans la synagogue le titre d'Eglise, et pour donner le loisir à l'Eglise chrétienne de se former peu à peu. La synagogue s'aveugle à mesure que la lumière croit : les enfans de Dieu se séparent : la lumiere est-elle venue à son plein par la destruction du saint lieu, par l'extermination de l'ancien peuple et l'entrée des gentils en foule avec un manifeste accomplissement des anciens oracles : la synagogue a perdu toute son autorité et n'est plus qu'un peuple manifestement réprouvé. C'est ce qui devoit arriver selon les conseils de Dieu, dans cet entretemps qui se devoit écouler entre la naissance de Jésus-Christ et la réprobation déclarée du peuple juif.
Mais cette diminution et cette déchéance d'autorité ne doit jamais arriver à l'Eglise chrétienne. On dit donc absolument à ses enfans : Vos pasteurs et vos docteurs sont assis, non plus sur la chaire de Moïse qui devoit tomber, mais sur la chaire de Jésus- Christ qui estimmobile : « Faites donc » en tout et partout « ce qu'ils
1 Matth., 11, 5. — ? Matth., xxi, 44.
vous enseignent : » mais prenez garde seulement, s'ils sont mauvais, de séparer les exemples des particuliers des préceptes et enseignemens soutenus sur leur ministère.
Admirons done cette autorité de l'Eglise chrétienne , qui est en vérité le seul soutien des infirmes et des forts : et admirons aussi comment Dieu a ôté l'autorité à l'Eglise judaique, plutôt par les choses mémes et par la destruction du temple et'du peuple que par aucun décret passé en dogme qui lui ait fait perdre sa créance.
LULU LU UV EU LU VUE VEUVE ALAVA VALLACLAULATA VALVAUVA LE CANA UARATLATRA AVV UV VVRA VULUUUU VU UV YU