‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 60 sur 149 · LVI: JOURNÉE · texte numérisé non relu

LVI: JOURNÉE

Caractère des docteurs juifs, sévères, orgueilleux et hypocrites. Matth., xx, 4-7.

« Iis lient des fardeaux. » Le premier abus c'est que, pour paroitre pieux, ils font les sévères : «Ils lient des fardeaux pesans : » ils tiennent les amescaptives : car voyez jusqu'à quel point : « des fardeaux insupportables : sur les épaules ! : » bien liés, en sorte qu'ils ne puissent s'en défaire : et tout cela pour les tenir dans leur dépendance sous prétexte d'exactitude.

C'est aussi un effet de la superstition. La véritable piété étant fondée sur la confiance dilate le coeur : mais la superstition qui se veut fonder sur elle-méme met une chose sur une autre, et se charge de fardeaux insupportables.

Mais voici le comble du mal : ces aux docteurs, quand ils vous ont bien chargés, « ne vous aident pas du bout du doigt : » impitoyables en toutes manières et parce qu'ils vous chargent, et parce qu'ils ne songent pas à vous soulager. Voilà leur premier caractère, rigoureux par ostentation et en même temps durs et impitoyables.

« Ils tiennent captives des femmelettes chargées de péchés ?, » sous prétexte de leur donner desremédes à leurs péchés, et en effet pour les tenir dans leur dépendance, sous le beau nom de direction.

Mais vous, ó véritables directeurs, si vous êtes obligés d'ordonner

1 Matth., XXIII, 4. — ? Il Timoth., nr, 6.

des choses fortes, soyez encore plus soigneux à soulager ceux à qui vous les imposez. Loin de vouloir vous attacher les ames infirmes , rendez-les libres; et autant que vous pourrez, mettez-les en état d'avoir moins besoin de vous, et d'aller comme toutes seules par les principes de conduite que vous leur donnez.

« Ils font tout pour être vus des hommes '. » Voilà la source de tout le mal. La véritable piété ne songe qu'à contenter Dieu : ceuxci n'ont que des vues humaines; et ils sont sévères, afin qu'on les loue : ils veulent conduire, ils veulent diriger, pour se donner un grand crédit, afin qu'on voie qu'ils peuvent beaucoup , qu'ils sont de grands directeurs, et qu'ils ont beaucoup de gens de grande considération à leurs pieds.

« Ils aiment les premieres places? : » les voilà peints : non que tous ils aient tous ces défauts : les uns ne se soucient pas tant des premières places : mais ils voudront qu'on les craigne, qu'on les visite, qu'on leur fasse de grandes révérences, sensibles au dernier point si on leur manque en la moindre chose. Les malheureux! ils ont recu leur récompense.

Mais ce qu'ils veulent sur toutes choses, c'est « qu'on les appelle Rabbi *, » et qu’on les tienne pour maîtres, qu'on révére leurs décisions comme des oracles, et que tout le monde aille à eux comme à la règle.

Que ceux qui sont en place, où ces devoirs leur sont rendus naturellement, craignent de s'y plaire : la tentation est délicate : car on passe souvent de la fermeté qu'on doit avoir pour maintenir l'autorité légitime, à une jalousie de grandeur tout humaine et toute mondaine. Le remède est dans les paroles suivantes.

AAAAARAA 3A AA AA RAAZTAAARARAAAAAAARAAARATAA AR AARARARARARA AAT LA AAA AAA YAAA VA VEUVE AARAU

LVIE JOURNÉE.

Jésus-Christ seul Pére, seul Maître. Matth., xxur, 8-11.

« Un seul maître‘ : » écoutez le maitre intérieur : ne faites rien qu'en le cousultant : faites tout sous ses yeux : songez ce que vous * Matth., xxu, 5, — ? Ibid, 6. — 9 Ibid., 1. — * Ibid., 8.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LVIIe JOURNÉE. 209

feriez si vous aviez à chaque moment à lui rendre compte : vous prendriez son esprit, comme vos subalternes prennent le- vótre : vous craindriez de vous rien attribuer au delà des bornes, pour n'étre point repris d'un tel supérieur. Or, encore que vous n'ayez point à lui rendre compte en présence à chaque moment, il viendra un jour que tout se verra ensemble : et en attendant on observe tout : et celui à qui vous aurez à rendre compte, « viendra lorsque vous y penserez le moins‘, » pour voir si vous n'avez point insolemment abusé du pouvoir qu'il vous a laissé en son absence.

« Vous êtes tous fréres?. » Songez-y bien : vous qui êtes supérieur, vous étes frére. S'il faut donc prendre l'autorité sur votre frére, que ce soit pour l'amour de lui, et non pour l'amour de vous : pour son bien, et non pour vous contenter d'un vain honneur.

« Il n'y a qu'un Père : il n'y a qu'un Maitre?. » Si on vous appelle «Père,» parce que vous en faites la fonction, elle est déléguée, elle est empruntée. Revénez au fond: vous trouverez frère et disciple : ayez-en donc lhumilité : apprenez d'un moment à l'autre ce que vous avez à enseigner. Ainsi vous serez un pere, vous serez un maitre : car saint Paula bien dit « qu'il étoit père et qu'il engendroit des enfans *; » mais la semence de Dieu, c'est sa parole *. Recevez done continuellement de Dieu. Préchez- vous, écoutez au dedans le Maitre céleste et ne préchez que ce qu'il vous dicte. Conduisez-vous, conseillez- vous, consolez-vous. Si vous parlez, que ce soient «des discours de Dieu : si vous servez quelqu'un » en le conduisant, « que ce soit par la vertu que Dieu vous fournit*» sans cesse.

« Un seul Maitre : » une seule « lumière qui éclaire tout homme venant au monde " : » qui a parlé au dehors, et parle encore tous les jours dans son Evangile: mais qui parle toujours au dedans, dès qu'on lui prête l'oreille. Dans quel silence faut-il être, pour ne perdre pas la moindre de ses paroles?

« Le plus grand d'entre vous, c'est votre serviteur* : » il ne dit

1 Matth., xxiv, 45, 50. — ? Matth., xxn, 8. — 3 [bid., 9, 10. — #T Cor., 1v, 44, 155 Galat., 1v, 19. — 5 Luc. vit, 44, — 9 I Petr., 1v, 11. — 7 Joan., 1, 9. — 8 Matth., xxu, 11.

pas qu'il n'y ait pas d'ordre dans son Eglise, et que personne n'y soit élevé en autorité au-dessus des autres : mais il avertit que Pautorité est une servitude : « Je me suis fait serviteur de tous, » disoit saint Paul: « tout à tous, afin de les sauver tous ! : » l'exercice de l'autorité ecclésiastique est une perpétuelle abnégation de soi-méme.

MVUSAATA WUULUVER VETUS VU tA LARA tV tA LE AARAAARATXATVUNATVULXATTNA VV VUULEUULUUVUUUL V UAR CR VUVAVAR

LVIIE JOURNÉE

Les Væ, ou les malheurs prononcés contre les faux docteurs. Matth., xxx, 13, 15, 16.

Ecoutons-bien ces Ve: « Malheur à vous? : » dès qu'on se fait maitre pour soi-même et pour être honoré, malheur à vous : c’est une malédiction sortie de la bouche de Jésus-Christ : c’est une sentence prononcée, qui sera suivie d'une autre : «Allez, maudits. »

Comment est-ce que les docteurs ferment le ciel? En débitant de fausses maximes et mettant l'erreur en dogme.

Ils ne vouloient point croire en Jésus-Christ, et empéchoient le peuple d'y eroire. C'étoit véritablement fermer la porte du ciel, puisque Jésus-Christ est cette porte.

Un autre moyen de la fermer, c'est de la faire trop large, pendant que Jésus-Christ la fait étroite ; car dès là, ce n'est plus la porte que Jésus-Christ à ouverte: c'en est une autre que vous ouvrez de vous-méme ; et parce qu'elle est plus aisée, vous faites abandonner l'autre qui est la véritable.

Mais ce ne sont pas seulement les docteurs trop relâchés qui ferment la porte : Jésus-Christ attaque encore plus, dans tout ce sermon, ceux qui augmentent les difficultés et les fardeaux. Leur dureté rend la piété sèche et odieuse, et par là elle ferme le ciel.

Ces faux docteurs gâtent tout. Il n'y a rien de meilleur que l'oraison : ils la gátent, parce que, « pour dévorer la sübstance des veuves, ils font semblant de prier Dieu longtemps » pour elles, ou de leur vouloir apprendre «à prier long'emps : » mais leur

cn. Cor., Ix, 19, 22, — ? Matth., xxu, 43.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LVIIIe JOURNÉE. 211

jugement sera d'autant plus grand, que la chose dont ils abusent est plus excellente.

« Les maisons des veuves, » foibles par leur sexe, maitresses de leur conduite et n'ayant plus de mari qui sauroit bien écarter le directeur intéressé : voilà un vrai butin pour l'hypocrisie.

La plus parfaite action d'un docteur, c'est de convertir les infidèles * : plus ils étoient éloignés, plus il y a de mérite à les ramener : ils gâtent cela : « ils le font doublement damner : » car ils l'attirent, et puis ils l'abandonnent : ils le gagnent et puis ils le scandalisent, et, ne lui font que trop sentir qu'ils n'ont travaillé à le convertir que pour s'en faire une matière d'un vain triomphe. Ces malheureux prosélytes se rebutent de la piété et peut-étre de la foi : et ils se damnent doublement, parce qu'ils deviennent déserteurs de la religion , et que sachant la volonté du maitre, ils sont beaucoup plus punis : il valoit mieux les laisser dans leur ignorance que de manquer à ce qu'il leur faut, pour profiter de la doctrine de la foi. Ne croyez donc pas avoir tout fait, quand vous les avez convertis ; c'est ici le commencement de vos soins : autrement vous ne serez, comme vous appellent les hérétiques par mépris, qu'un malheureux convertisseur.

Ne dites pas d'un pécheur : Il a commencé : il a fait sa confession générale; qu'il aille maintenant tout seul. Vous ne songez pas que le grand coup est de persévérer : prenez garde que vous ne vouliez que la gloire de convertir, et non pas le soin de conserver.

. Le faux zèle est bien marqué dans ces paroles : « Vous courez la mer et laterre, pour faire un seul prosélyte ? : » qu'il est zélé! Tant de peine pour un seul homme! faux zèle, puisqu'il ne sert qu'à la vanité : il se repait de la gloire d'avoir fait un prosélyte. Plus la chose est sainte, plus il est détestable de la gâter. J'ai fait cette religieuse, j'ai attiré cet homme à l'ordre : achevez donc : cultivez cette jeune plante : ne la déracinez pas par les scandaies que vous lui donnez : qu'elle ne trouve pas la mort ou elle a cherché la vie : en un mot, nela damnez pas davantage par le mauvais exemple. Le mauvais exemple du monde lui auroit été moins

1 Matth., xxuI, 15. — ? Ibid.

nuisible : le mauvais exemple des serviteurs et des servantes de

Dieu la perd sans ressource.

« Dieu dissipe les os de ceux qui plaisent aux hommes : ils sont

remplis de confusion, parce que le Seigneur les méprise !, » comme des hommes vains, qui préferent l'apparence au solide et

au vrai.

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