DE MONSEIGNEUR L'ILLUSTRISSIME ET RÉVÉRENDISSIME ÉVÉQUE DE MEAUX
Jacoues-BÉNIGNE, par la permission divine, Evéque de Meaux : aux doyens ruraux de notre diocèse , au clergé et au peuple, salut et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Nous vous annonçons la grace qui nous a été accordée par notre saint Père le Pape Clément XI, à notre supplication, pour la consolation spirituelle et le salut des chrétiens commis à notre charge, qui n'ont pu aller à Rome pour y gagner le jubilé de l'année sainte. Cette grace est accordée à tous les fidèles vraiment pénitens, confessés et communiés, qui visiteront quatre églises , chapelles, autels ou lieux pieux désignés une fois par nous, durant quinze jours de suite ou discontinués, et dans l'espace de deux mois pareillement marqués de nous : lequel nombre pourra étre diminué en faveur des malades, des prisonniers et autres qui ne seront pas en état de satisfaire à ce que dessus , avec pouvoir à leurs supérieurs ou confesseurs de changer ces obligations en autres œuvres pieuses, suivant le besoin des ames, religieux ou religieuses et autres , avec prudence et discrétion, Ils diront cinq Pater et cinq Ave à chaque église, chapelle, autel ou lieux pieux oü les stations seront marquées pour la rémission de leurs péchés, la concorde des princes chrétiens, l'extirpation des hérésies, l'exaltation de l'Eglise, l'accomplissement des pieux désirs de notre saint Père le Pape, et pour les nécessités présentes. Par ce moyen ils ga-
gneront lindulgence plénière de l'année sainte, comme s'ils avoient été à Rome aux tombeaux des saints Apôtres, et qu'ils en eussent visité dévotement les quatre grandes églises qui sont les principales et comme les mères de toutes celles de la Chrétienté. Tous confesseurs approuvés de nous auront pouvoir d'absoudre des cas réservés à notre saint Pére le Pape ou à nous, et de toutes peines et censures, à l'effet de gagner le présent jubilé, dont ceux mêmes qui l'auront déjà gagné à Rome pourront encore ici obtenir la grace. Ceux qui voudront satisfaire ensemble aux devoirs du jubilé et de la confession annuelle ou communion pascale, le pourront en se présentant pour leurs pâques à leurs curés, afin d'en recevoir les avis et les permissions nécessaires. Nous avertissons les curés de se servir méme en publie des méditations, prières et autres instructions que nous avons publiées exprès pour le temps. de cette indulgence : et nous exhortons les fidèles à profiter des avertissemens paternels que nous leur donnons en ces livres en toute simplicité et charité. Les deux mois destinés à ce jubilé commencerontle dimanche de la Passion, 2 d'avril prochain, et finiront le dimanche de la Pentecóte, 4 de juin inclusivement. Nous vous demandons le secours de vos prières pour l'heureux accomplissement de notre charge pastorale, pour la gloire de Dieu par Jésus-Christ et le salut de vos ames , pour lesquelles nous veillons nuit et jour. Et se fera la publication du jubilé, ensemble de notre présent mandement, le quatrième dimanche de caréme, 26 mars, au próne et au sermon dans toutes les églises.
. Donné à Meaux, dans notre palais épiscopal, le 15 de janvier 1702.
AVERTISSEMENT
L'on pourra faire plusieurs sujets de méditation de la matière proposée dans celle-ci, en les divisant comme on voudra, et chacun selon son attrait ; mais on les réduit à deux, par rapport à la double puissance de l'Eglise : la puissance de lier et de retenir : la puissance de délier et de remettre.
Ces deux puissances qu'il faut iei présupposer comme connues par la foi, dans le fond n'en font qu'une seule, qui a un double exercice. :
L Eglise peut lier et délier, remettre et retenir, tant à l'égard de la coulpe qu'à l'égard de la peine. |
Elle délie et remet, quand elle donne l'absolution ; elle lie et retient, lorsque par un sage discernement elle la differe à ceux qu'elle n'en juge pas encore capables : et voilà ce qui regarde la coulpe.
Pour les peines, l'Eglise a droit d'en imposer de très-rigoureusés aux pénitens : et elle a droit aussi de les tempérer, de les relâcher, de les remettre avec prudence et discrétion. Le premier est, l'effet de sa juste et salutaire rigueur; le second est l'effet de son indulgence. Ces deux parties de la puissance de l'Eglise, tant à l'égard de la coulpe qu'à l'égard des peines, sont également constantes par l'Ecriture et par la tradition. Le dessein de ces méditations n'est pas de considérer la puissance de l'Eglise par rapport à la coulpe, mais seulement par rapport à la peine, dans le dessein de tirer tout le profit que l'Eglise attend
des pénitences qu'elle impose aux pécheurs , et tout ensemble
de l’indulgence dont elle use pour les relâcher. De ces deux parties, la première qui est le fondement de l'autre ne peut être mieux expliquée que par la doctrine du concile de Trente, dans la session xtv , où il traite de la nécessité et du fruit de la satisfaction ; et la seconde n'est pas moins saintement et moins sagement exprimée dans le décret des indulgences, où ce concile en établit la foi et en règle l'usage. Qu'il me soit donc permis de proposer ces deux endroits aux chrétiens selon la simplicité de l'Evangile dans ce temps de jubilé , afin que chacun règle ses | pratiques et ses oraisons selon les principes de la foi, conformé-
ment à cette parole du Prophète et de l'Apótre: « Le juste vit de la foi. » |
Pour marcher plus simplement dans cette voie de la foi, on s'attache ici à ce qu'il y a de certain : et tout le but de ces méditations est que, quelque opinion que l'on veuille suivre dans la manière d'expliquer l'effet des indulgences, soit qu'on se tienne à celle d'Adrien VI qu'on trouve si bien expliquée chez le cardinal Pallavicin ?, soit même qu'on aille plus loin : le chrétien demeure toujours convaincu qu'il doit tâcher d'augmenter son amour envers Dieu à proportion des graces qu'il en recoit, selon cette sentence de la parabole : « Qui est celui qui aime le plus? C'est celui à qui on a le plus pardonné. » Luc. vit, 42, 43.
1 Habac. 1, 4; Rom. 1, 17. — ? Hist. del conc. Trid., tom. I, cap. 1v.
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