‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 182 sur 257 · III POINT · texte numérisé non relu

III POINT

Indulgence de saint Paul aprés avoir exercé une juste rigueur.

PREMIERE CONSIDÉRATION

La rigueur de saint Paul.

: Un Corinthien avoit contracté mariage avec la femme de son père : saint Paul reprend d'une manière terrible l'Eglise de Corinthe, qui avoit souffert cet inceste. « Quoi, dit-il, aprés cela vous étes encore enflés d'orgueil, au lieu de. verser des pleurs, et de retrancher du milieu de vous celui qui a commis un tel crime!» Il s'en prend à toute l'Eglise de Corinthe : le crime del'incestueux est devenu le crime commun par la complaisance qu'on a eue pour le coupable. Saint Paul commence done par faire voir aux Corin- : thiens la juste rigueur dont on devoit avoir usé envers ce pécheur en le retranchant de la communion; et il ajoute cette terrible parole : «Pour moi, quoique absent de corps, mais présent en esprit, j'ai porté ce jugement, comme présent, qui est que, mon esprit étant uni à votre assemblée au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, celui qui a commis ce crime soit par la puissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ livré à à Satan pour mortifier sa chair, afin ies son ame soit sauvée au jour de Notre- Seigneur Jésus-Christ ?.

1 I Cor., v, 2. — ? [bid., 3-5.

tre

POUR LE JUBILÉ, 319 Voilà toute la rigueur de l'Eglise, puisqu'on retranche de la communion le membre gàté, et outre cela qu'on lui fait sentir une vengeance telle que pouvoit être celle que Satan, à qui onlelivre, exerceroit sur lui, soit par quelque maladie, selon qu'on voit souvent dans l'Ecriture qu'il y en avoit dont le démon étoit l'auteur, soit par d'autres moyens dont il n'est pas question ici. Voilà donc la double rigueur de l'Eglise : l'excommunication et la peine sensible ; mais néanmoins c'est une rigueur qui tend à miséricorde, puisque la chair n'est affligée qu'afin de sauver l'esprit.

11° CONSIDÉRATION

Douceur et indulgence de l'Eglise de Corinthe et du saint Apótre.

Telle fut la sentence de saint Paul, qu'il prononca, comme il dit lui-même, «le cœur serré et avec beaucoup de larmes !. » C'est ainsi qu'en doivent user lespasteurs de l'Eglise, lorsqu'ils sont contraints par la charité à se servir du pouvoir que Jésus-Christ leur a mis en main pour humilier les pécheurs superbes. A cette sentence apostolique , l'incestueux concut un tel regret de son crime et fut tellement outré de douleur, qu'on craignit qu'il ne tombát dans le désespoir. Ainsi l'Eglise de Corinthe adoucit la peine de ce pénitent : non-seulement elle en abrégea le temps, mais encore elle en diminua le poids : et pour ne point manquer envers l’Apótre qui avoit condamné le crime et imposé la pénitence, on le pria d'approuver l'indulgence dont l'Eglise avoit usé. Et le saint Apótre attendri : « C'est assez, dit-il , que le coupable ait subi la correction qui lui a été faite par plusieurs? ; » c’est-à-dire par la multitude et par l'Eglise assemblée. Aprés donc avoir ainsi ratifié l'indulgence que les pasteurs de l'Eglise avoient accordée devant tout le peuple , selon la coutume de ce temps , il ajoute : « Loin d'improuver le pardon que vous avez accordé au coupable, je souhaite au contraire que vous le traitiez de plus en plus avec indulgence et que vous le consoliez, de peur qu'il ne soit accablé par un excès de tristesse ?. » Tel est le pardon apostolique : voilà ceux qui sont jugés dignes parsaint Paul del'indulgence del'Eglise. Ce sont

1 ]I Cor., 11, 4. — ? Ibid., 6. — ? Ibid., 1.

ceux qu'on voit tellement pressés des douleurs de la pénitence, qu'il est à craindre qu'ils n'y succombent : et c'est pourquoi saint Paul n'use plus envers ce pécheur d'aucun reproche : il n'a plus que des paroles de consolation, de charité, de douceur : « Ce que vous avez accordé, dit-il, je l'accorde aussi ; et si j'use moi-méme d'indulgence, c'est à cause de vous en la personne de Jésus-Christ, afin que Satan ne nous trompe pas et n'emporte rien sur nous : car nous n'ignorons pas ses pensées, et nous savons qu'il se prévaut de tout '. »

PRIÈRES, etc.

On demande à Dieu la douleur qui porta l'apótre saint Paul à accorder l'indulgence à l'incestueux de Corinthe.

Qui raménera ces heureux temps oü les pécheurs qu'on mettoit en pénitence , au premier avertissement des pasteurs étoient tellement plongés et comme abimés dans la tristesse , que l'Eglise. craignant pour eux, étoit obligée aussitôt à se relâcher? On n'auroit presque plus besoin d'autre correction, d'autre satisfaction, d'autre pénitence : il n'y auroit plus que de la consolation et du baume pour les pécheurs. Sainte douleur de la pénitence que je. cherche il y a longtemps, quand vous trouverai-je? « Les afflictions et l'angoisse m'ont trouvé, disoit David ?. » Pendant que je les fuyois, elles ont bien su metrouver sans que je les cherchasse. Mais il y a une affliction, et c’est celle de la pénitence, que je voudrois bien pouvoir trouver afin de dire : « J'ai trouvé l'affliction et la douleur, et j'ai invoqué le nom du Seigneur ?. » Sainte douleur, quand vous trouverai-je? Quand viendrez-vous m'attendrir. le cœur ? Larmes de la pénitence, si souvent recherchées , venez, il est temps : venez me préparer à l'indulgence : si mon péché ne me touche pas, si je suis insensible aux menaces de Dieu et de l'Eglise, que l'indulgence, la bonté, la facilité de Jésus - Christ et. de l'Eglise, sa chère épouse, me fende le cœur et que je commence à sentir combien il est horrible et combien il doit être douloureux. d'avoir offensé un Dieu si bon.

1 [I Cor., 11, 10, 11. — ? Psal. CXVIII, 148, — ? Psal. cx1v, 3, 4,

IVe POINT.

Indulgence de lapótre et évangéliste saint Jean.

Elle est célèbre dans Y Histoire ecclésiastique : tout le monde connoit le jeune homme que saint Jean , en revenant de son exil de Pathmos, avoit converti et confié à l’évêque qui lui donna le baptéme, et ensuite pour le mieux garder, le sceau du Seigneur, c'est-à-direla confirmation. Ce jeune homme entrainé par les plai- 'sirs et les mauvaises compagnies, se plongea peu à peu dans le désordre, jusqu'à devenir enfin capitaine de voleurs. Le saint apôtre revenu à Ephèse fut assez longtemps sans retourner à la ville où il l'avoit laissé ; et y ayant été rappelé pour y régler les affaires de l'Eglise, il les commenca par redemander à l’évêque le sacré dépôt qu'il lui avoit confié. L'évéque lui répondit en soupirant, que le jeune homme étoit mort ; etle saint qui savoit bien quelle mort les chrétiens déploroient, apprit bientôt que cette mort n'étoit autre chose que le crime de son disciple. Aprés en avoir amèrement déploré la perte et l'avoir reprochée au bon évêque, tout cassé qu'il étoit , car il avoit prés de cent ans, il se fait mettre sur un cheval , et en cet état il court aprés sa brebis perdue. Il fut bientót pris par les compagnons de ce voleur : car c'étoit ce qu'il vouloit, et il les prioit avec grande ardeur de le mener à leur chef. Le jeune homme n'eut pas plutót reconnu saint Jean, que ne pouvant en soutenir la vue, il prit la fuite ; mais l'apótre le poursuivoit en lui criant : « Mon fils, pourquoi me fuyez- vous ? Votre salut n'est pas désespéré, je rendrai compte pour vous à Dieu ; et s'il faut mourir pour vous comme Jésus-Christ est mort pour nous tous , je donnerai mon ame pour la vótre ; arrétez-vous , croyez : Jésus - Christ m'a envoyé à vous. » À ces mots, le farouche jeune homme demeure étonné ; ses yeux étoient attachés à la terre : à l'instant il jeta ses armes et fit de grands cris, versant un torrent de larmes. Puis il embrassa le saint vieillard qui aecouroit à lui ; et baptisé une seconde fois par les larmes qu'il répandoit, il cachoit sa main meurtrière : mais l'apótre la voyant lavée par la pénitence, de tout le sang qu'elle avoit répandu, la baisa, et ramena

son disciple à l’église, où ayant demandé pour lui pardon à Dieu et s'étant affligé avec lui par des jeûnes continuels, il n’eut point de cesse qu'il ne l'eüt rétabli dans l'Eglise, avant même que de partir de cette ville : tant les larmes de son pénitent, mêlées avec les siennes, furent efficaces. Ainsi il donna à toute l'Eglise par de belles marques un fameux exemple d’une seconde régénération et de la prompte résurrection d'une ame perdue. C'est ce qu'Eusèbe raconte dans son Histoire ecclésiastique ‘, comme tiré du livre de saint Clément d'Alexandrie : Quel est le riche qui se sauve ? où nous le lisons encore au chap. xum. Telle fut l'indulgence de saint Jean, où il ne faut pas oublier qu'elle fut accompagnée de jeünes, comme c'a toujours été l'esprit de l'Eglise.

PRIÈRES, etc.

On demande à Dieu pour les pasteurs de l'Eglise et pour les pécheurs l'esprit de gémissement et de componction.

Mon Dieu, donnez-moi ces larmes qui abrégent le temps de la pénitence : inspirez aux pasteurs de votre Eglise cet esprit de gémissement pour les pécheurs, sur qui ils excercent l'autorité que vous leur avez donnée. Nous avons vu un saint Paul prononcer avec larmes la triste sentence du Corinthien incestueux ; leslarmes du saint apôtre qui excitèrent celles du pécheur, attirèrent en méme temps au pécheur l'indulgence apostolique : il en arriva de méme au pénitent de saint Jean. O Seigneur, qui avez inspiré à votre disciple bien-aimé ces larmes paternelles, et le désir de jeüner et de s'affliger avec celui qu'il vouloit rétablir dans l'Eglise : renouvelez dans les pasteurs et dans le peuple cet esprit de componction et de larmes, qui prépare si bien les cœurs à l'indulgence.

1 Euseb., lib. IIT, cap, vir.

Ve POINT.

Indulgence de l'ancienne Eglise durant les persécutions.

PREMIERE CONSIDÉRATION

Les Martyrs s'affligent dans leurs prisons de la chute des pécheurs, et intercèdent pour eux envers l'Eglise pour abréger le temps de leur pénitence.

Durant les persécutions les martyrs intercédoient pour les pénitens : et on regardoit leur intercession comme une espèce de sentence prononcée en leur faveur , pour leur faire rendre la paix et la communion : c'est ce qui paroit dans une lettre de saint Denis d'Alexandrie !.

On voit dans quelques lettres des martyrs les larmes qu'ils versoient dans leurs prisons pour ceux qui étoient tombés durant la persécution : plus affligés de la chute de leurs frères que de leurs propres souffrances, à la veille d'expirer par la faim, ils ne s'occupoient que du soin de la conversion de ces malheureux. Un des martyrs écrit à un autre : Je vous prie de vous affliger avec moi de la perte de ma sœur , qui est tombée dans ce ravage, pour laquelle je passe en deuilla joie de Páques et suis nuit et jour à verser des larmes dans la cendre et dans le cilice. Les peines qu'ils enduroient dans leur affreuse prison , nedes empéchoient pas de sentir la joie dela solennité pascale , mais la chute de leurs fréres leur en ótoit toute la douceur; et comme si la souffrance de ces victimes de Jésus-Christ n'eüt pas été assez violente, ils y ajoutoient avec de continuels gémissemens l'humilité de la cendre et l'austérité du cilice. C'est ce qui paroit dans les lettres de Célerin et de Lucien , parmi celles de saint Cyprien ?.

II CONSIDÉRA TION

L'Eglise avoit égard à l'intercession des Martyrs, et usoit d'indulgence en leur faveur.

L'Eglise avoit égard aux intercessions des martyrs à l'exemple du Sauveur qui, comme nous avons vu, accorda au paralytique la

1 Euseb., Hist. eccles., VI, 4, — ? Epist. xv1, 20, 21.

rémission de ses péchés en vue, non-seulement de sa foi, mais encore de la foi de ceux qui le portoient à ses pieds : et telle étoit l'indulgence qu'on accordoit si souvent au nom des martyrs.

— On résistoit néanmoins à ceux qui entreprenoient de communier, sans étre auparavant soumis aux lois de la pénitence : les lettres mémes des martyrs le portoient ainsi, et ils ne promettoientla paix et l'indulgence qu'à ceux dont la cause seroit connue par l'évéque, c'est-à-dire aprés qu'il auroit examiné comment ils s'étoient conduits depuis leur chute ‘. Si l'on trouvoit que leur zele se füt ranimé, qu'ils eussent abandonné leurs maisons et leurs biens qu'ils avoient voulu conserver au préjudice de leur foi, et enfin qu'ils se fussent soumis à l'Eglise, on leur pardonnoit volontiers à la considération des martyrs.

III CONSIDÉRATION. '

Les Martyrs sont regardés dans l'ancienne Eglise comme ayant part à l'euvre de là rédemption.

C'est dans cette vue qu'Origene n'a pas craint d'écrire « que les martyrs administrent la rémission des péchés : que leur martyre , .à l'exemple de celui de Jésus-Christ , est un baptéme oü les péchés de plusieurs sont expiés; et que nous pouvons en quelque sorte étre rachetés par le sang précieux des martyrs, comme par le sang précieux de Jésus ?.» En quoi il ne fait qu'expliquer les endroits de l’Ecriture, qui associent les saints à l'empire de Jésus- Christ ?, et le passage où saint Paul dit qu'il accomplit ce qui manque à la passion de Jésus-Christ pour l'Eglise qui est son COrps *.

Ce qui est écrit des martyrs se doit entendre de tous les saints , qui tous sont martyrs de la mortification et de la pénitence, et tous aussi sont disposés à donner leur vie pour Jésus-Christ et pour leurs fréres, afin d'exercer l'amour dont le méme Jésus a dit qu'il ny en a point de plus grand *: ainsi ils sont tous associés aux martyrs; et devenus avec eux des intercesseurs efficaces

1 Ap. Cypr. epist. xvi, 20, 21.— ? Orig., De exhort. Mart.— 3 Apoc., 11, 26, 21 28, 29. — # Coloss., 1, 24. M 5 Joan., XV, 13. EM LM

POUR LE JUBILÉ, 385 pour les pénitens, ils augmentent le trésor des indulgences de l'Eglise. i

IV CONSIDÉRATION

C'est le sang de Jésus-Christ qui donne ce prix à l'intercession des Saints.

Cette grace que Dieu fait aux saints est un effet de l'efficace du sang de Jésus-Christ. Ce sang est si puissant et d'un si grand prix, quil communique sa valeur, et au sang et aux souffrances des saints qui sont unies avec les siennes. C'est ce qui fait une partie dela communion des saints : il n'y a aucun bien dans un membre du corps de Jésus-Christ, où les autres par sa bonté ne puissent avoir part. Ainsi fléchi par les uns , il s’adoucit envers les autres : c'est une erreur trop grossière des'imaginer que cette doctrine diminue le prix des satisfactions infinies de Jésus-Christ, puisqu'au contraire elle nous en fait voir-les richesses ; et en Dieu une si grande bonté, qu'il a égard non-seulement à l'intercession infinie et toute-puissante du sang de son Fils, mais encore à celle de tous ses membres , à cause de l'union qu'ils ont avec iui : ce qui fait l'accomplissement de cette prière du Sauveur lui-même, lorsqu'il dit : «Je veux , mon Père , que l'amour par lequel vous m'avez aimé, soit en eux , comme je suis moi-méme en eux t. »

PRIÈRES, etc.

On demande à Dieu d'être associé aux mérites des saints Martyrs et de tous les Saints, pour obtenir l'indulgence de l'Eglise.

Associez-moi, mon Sauveur, aux souffrances de vos martyrs et de tous vos saints; c'est aux vôtres que je désire d’être associé en m'associant aux leurs, puisque c'est des vôtres qu'en vient l'efficace, la sainteté et le mérite. Mon Sauveur, je reconnois votre plénitude, qui s'étend sur moi et par elle-méme, et par les graces qu'elle répand pour moi sur tous vos membres dans la sainte société que j'ai avec eux.

Quand je m'enrichis, à Sauveur, des mérites de vos saints, que vous daignez m'appliquer par leurs pieuses intercessions, je

1 Joan., XVII, 26. i

m'associe à vos trésors et aux richesses immenses de votre sang, dont votre Eglise me dispense le prix infini par ma pénitence telle quelle, et par sa grande indulgence, qui est la vôtre.

VISCPOTNDA

L'indulgence du concile de Nicée et de l'Eglise dans sa paix.

PREMIERE CONSIDÉRATION

Deux canons de ce saint concile.

La bonté de l'Eglise est si grande, qu'elle a méme de l'indulgence pour ceux qui en méritent le moins, pourvu qu'ils commencent de bonne foi leur pénitence. C'est ce qui paroit dans deux canons du concile de Nicée : le canon 11 parle ainsi : « Pour ceux qui sont tombés sans nécessité, sans perte de biens, sans péril ou autre chose semblable, ainsi qu'il est arrivé sous la tyrannie de Licinius; encore qu'ils soient indignes de toute douceur, il a plu néanmoins au saint concile qu'on en usát envers eux. » Cette douceur alloit néanmoins à les laisser douze ans en pénitence, à cause de l'énormité de leur chute, en les déchargeant du reste que la rigueur de la discipline exigeoit alors; tant étoit vive l'impression des saintes rigueurs de l'Eglise où le jugement de Dieu s'exercoit. Mais le canon 42 s'explique plus clairement sur l'indulgence, et il déclare : « Qu'en toutes ces choses qui regardent la pénitence (tant dans le canon 11 que dans celui-ci), pour tous ceux qui auront montré par les effets, c'est-à-dire, comme ils l'expliquent, par la crainte des jugemens de Dieu, par leurs larmes, leur patience et leurs bonnés ceuvres, que leur conversion est véritable et non pas feinte; aprés certains exercices de plusieurs années, qu'il seroit trop long d'expliquer, il sera permis à l'évéque d'ordonner pour eux quelque plus grande douceur et humanité. Mais pour ceux qui auront fait pénitence indifféremment, croyant (remarquez ces mots) que c'est assez d'entrer dans. l'Eglise pour être converti, ils achèveront leur temps et on ne leur fera aucune grace. » Ainsi la douceur et l'humanité, c'està-dire l'indulgence selon l'esprit de l'Eglise et dece grand concile,

est attachée à la ferveur avec laquelle on aura subi les travaux de la pénitence.

II CONSIDÉRATION

Ce que c’est, selon ce concile, que faire pénitence indifféremment.

Pesons ces paroles des Pères de Nicée : Ceux qui feront pénitence indifféremment, croyant que c'est assez d'entrer dans l'Eglise pour être converti, achèveront leur temps. Que veulent dire ces Pères par cette pénitence indifférente, sinon une pénitence et des œuvres satisfactoires pratiquées avec mollesse, avec nonchalance, sans componction, sans courage, sans sentiment, sans prendre rien sur soi-même, sans éviter les occasions qui nous induisent au mal : qui rendent la tentation victorieuse de notre foiblesse. Pour sortir de cette funeste indifférence, il faut s'attacher à la prière, au jeüne , aux aumônes, aux bonnes œuvres, et travailler sérieusement à l’œuvre de son salut, à la durée permanente de sa conversion : autrement on prend trop indifféremment la pénitence; on est de ces tièdes que Jésus-Christ vomit de sa bouche !, et l'indulgence n'est pas faite pour de tels états, selon le concile de Nicée.

PRIÈRES, etc.

On demande à Dieu la ferveur intérieure où l'Eglise nous veut porter par l'indulgence.

O Dieu, ótez de mon cœur cette nonchalance qui me fait prendre la pénitence indifféremment : il faut avoir oublié ses péchés, ses obligations, son salut, vos jugemens, vos miséricordes, vos graces, pour faire nonchalamment et avec mollesse et indifférence, une action aussi importante que celle de la pénitence.

Mon Sauveur, je tremble à cette terrible menace de vomir les tièdes, c'est-à-dire ceux qui font làchement votre œuvre. Mais quelle œuvre doit être faite moins làchement que l’œuvre de la pénitence, où il s’agit de réparer ses lâchetés et ses négligences passées ?

0 mon Dieu, dans la pénitence il faut vaincre sa foiblesse et ses

1 Apoc., 11, 16.

mauvaises habitudes : quelle action demande plus d'effort, plus de violence que celle-là? N'est-ce pas ici l’occasion où le royaume des cieux souffre violence, et doit être enlevé par force, afin que: la coutume de mal faire cède, comme dit saint Augustin, à la violence du repentir? Ut violentiæ pœnitendi cedat consuetudo peccandi.

Seigneur, pour éviter cette nonchalance, donnez-nous ce que votre Eglise, dans le concile de Nicée, demandoit aux pénitens : la crainte qui nous fait fuir les occasions du péché dans l'appréhension de notre foiblesse et de vos jugemens : les larmes qu'un tendre amour et une douleur pénétrante tire des yeux : une patience capable de tout porter et des ceuvres qui fassent voir une conversion véritable, sans quoi l'indulgence est une illusion et la conversion est imaginaire.

0 Seigneur, que l’indulgence m'excite à aimer, qu'au lieu de me relàcher, elle m'anime : que je ne sois pas de ceux qui croient avoir tout fait, et s'étre parfaitement convertis, pourvu qu'ils entrent extérieurement dans l'Eglise, qu'ils fassent leurs stations et qu'ils approchent de la sainte table avec les autres, sans travailler sérieusement à la conversion de leur cœur. Délivrez-moi, Seigneur, de cette écorce trompeuse de dévotion : donnez-moi dans la pénitence une si grande ferveur, qu'elle me rende vraiment digne de l'indulgence : et faites que je profite tellement de l'indulgence , qu'elle excite ma ferveur.

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