VII POINT
L'indulgence des siècles suivans, et de l'Eglise d'à présent.
PREMIÈRE CONSIDÉRATION
La doctrine du concile de Trente dans le décret rapporté ci-dessus, suffit pour renouveler, dans la pratique de la pénitence et de l'indulgence, l'ancien esprit de l'Eglise. /
Il ne s'agit pas ici de faire une histoire curieuse des indul- , Bences, ni de marquer tous les degrés par lesquels on s’est relàché de l'ancienne rigueur des canons. Il n'est pas méme besoin
d'examiner si ces canons subsistent encore d'une certaine manière et si l'Eglise y a quelque égard dans les indulgences, comme les docteurs le pensent communément. Les indulgences plénièrés opposées aux indulgences de sept ans, de quatorze ans, de vingt ans, de vingt-jours, de quarante jours , de soixante jours, de cent jours, et autres pareilles, semblent faire voir que les canons pénitentiaux ne sont pas entièrement oubliés, puisque l'Eglise y regarde encore dans ces indulgences. Mais en laissant ces questions à l'Ecole et pour ne méditer ici que ce qui sert à l'édification, le concile de Trente suffit pour nous faire voir que l'Eglise conserve le droit et l'intention d'exercer ses saintes rigueurs dans la pénitence; d'y donner des pénitences convenables et proportionnées ; des pénitences qui nous rendent conformes à Jésus- Christ crucifié, et satisfaisant pour nous à la justice de son Père; des pénitences qui servent de frein à la licence , et qui soient nonseulement par rapport à nous un remède des habitudes vicieuses, mais encore par rapport à Dieu une vengeance et un châtiment des péchés passés : voilà l'abrégé et le précis des paroles du concile de Trente, que nous avons rapportées de la Sess. x1v, ch. 2 et 8. C'en est assez pour nous faire voir que l'intention de l'Eglise est toujours de conserver l'ancien droit qu'elle a d'exercer sévèrement sur les pénitens la justice que Dieu a remise entre ses mains. Cette doctrine du concile contient en vertu toute l’austérité des anciens canons : l'énormité des péchés que commettent les chrétiens, n'est pas moins grande : leur ingratitude qui outrage le Saint-Esprit qu'ils ont recu dans le baptême, n'est pas moins horrible : la justice de Dieu n'a pas changé ses règles : la pente des mauvaises habitudes contractées par le péché, n'est pas moins dangereuse, et la licence de pécher n'est pas moins à craindre que dans les premiers siècles. L'Eglise appuie toutes ces raisons dans le concile de Trente, avec une force qui ne céde en rien à celle des Pères : la pénitence n'est un second baptéme qu'à ce prix; et comme dit le concile, s’il n'est accompagné de grands pleurs et de grands travaux , ce ne sera point ce baptéme laborieux qui nous ramène à notre première pureté et intégrité. Que si la vigueur de l'ancien esprit du christianisme subsiste dans toute sa
force, on a toujours le même besoin de la clémence et de l'indulgence de l'Eglise.
IIÉ CONSIDÉRATION.
Autres décrets importans du méme concile.
C'est pourquoi ce même concile entrant dans l'esprit et dans le zèle de l'antiquité, pour conserver les indulgences contre la témérité des hérétiques et déterminer ce qu'il en faut croire, parle ainsi : « La puissance de conférer les indulgences, ayant été donnée à l'Eglise par Jésus-Christ, et la méme Eglise ayant usé de cette puissance dès les premiers temps, le saint concile enseigne que l'usage des indulgences trés-salutaire au peuple chrétien et approuvé par l'autorité des saints conciles, doit être conservé. Le méme concile frappe d'anathéme tous ceux qui assurent, ou qu'elles sont inutiles, ou que la puissance de les aecorder n'est pas dans lEglise. Elle souhaite pourtant qu'on apporte à les accorder la modération qui est établie par la coutume ancienne et approuvée dans l'Eglise, de peur que la discipline ecclésiastique ne soit énervée par une excessive facilité !. » Le reste de ce décret ne regarde que les évêques et le soin qu'ils doivent prendre de déraciner la superstition, les gains illicites, et les abus qui se pourroient trouver dans la dispensation et l’usage des indulgences : ce qui revient au décret du méme concile où il est réglé « que les indulgences et les autres graces spirituelles dont il n'est pas juste de priver les fidéles de Jésus-Christ, sous prétexte qu'on en abuse, seront publiées, avec les circonspections prescrites dans ce déeret : en sorte enfin, conclut le concile, qu'on entende que
ces célestes trésors d' Eglise sont dispensés, non pas pour le gain, mais pour la piété?. »
III‘ CONSIDÉRATION
Remarques sur ces décrets.
Tout ressent l'antiquité et la piété dans ces décrets du concile,
et l'on ne peut assez admirer la sagesse de l'Eglise, ni la pureté de sa doctrine.
! Contin, sess. xxv, Decr. de Indulg. — ? Sess. xxi, cap. 1x, De Reform.
On voit premièrement que le saint concile ramène tout aux usages anciens et approuvés dans l'Eglise et dans les conciles : or est-il que l'esprit des anciens conciles, et entre autres du concile de Nicée , est d'aecorder lindulgence à ceux qui récompenseront par la ferveur ce qui sera relâché de l'austérité; par conséquent il paroit que c'est encore aujourd'hui l'intention de l'Eglise que les fidèles entrent dans cet esprit, et qu'ils aiment davantage, lorsqu'on leur remet davantage, selon que J ésus-Christ l'a prononcé de sa bouche.
Secondement le concile souhaite qu'on modère les indulgences, de peur d'énerver la discipline ecclésiastique : et sans nous jeter dans des discussions qui regardent le soin des pasteurs, il n’y a rien de plus efficace pour prévenir ce funeste affoiblissement de la discipline que de faire entrer les fidéles, par lé moyen des indulgences, dans cet esprit de ferveur si conforme à l'Evangile et à toute l'antiquité.
IV* CONSIDÉRATION
Il ne faut point rechercher trop curieusement l'effet précis des indulgences,
Ce qu'il y a de plus remarquable dans le décret du concile, c'est que sans déterminer en quoi consiste précisément l'utilité de l’indulgence, il se contente de décider qu'elle est utile et salutaire. Ce n'est point pour en rabaisser le prix qu'il en a parlé avec cette réserve, comme les profanes et les hérétiques le pourroient soupconner; à Dieu ne plaise! mais c'est au contraire qu'une des plus saintes préparations qu'on puisse apporter à recevoir l’indulgence , c'est d'entrer dans cet esprit d'humilité, et d'accepter les graces de l'Eglise, comme elle les donne, sans rechercher trop avant ce qu'elle ne trouve pas à propos d'expliquer. Il y a dans cette réserve une retenue qui plait à Dieu, qui honore son Eglise, qui exerce la foi; et s'il faut pousser plus loin la recherche, c'est un soin qu'on doit laisser aux théologiens, le simple fidéle demeurant content des largesses de l'Eglise et croyant d'une ferme foi avec le concile qu'il ne se peut qu'on ne tire une très-grande utilité d'une grace si authentique et si solennelle.
V* CONSIDÉRATION
Le fidèle doit recevoir l'indulgence avec une sainte confiance qu'elle sert à la décharge des peines de l'autre vie.
Je parlerai au Seigneur mon Dieu, quoique je ne sois que poudre et cendre, et sans sonder son secret, j'oserai lui demander : Seigneur, qui avez parlé dans les saints conciles, dans celui de Nicée, dans celui de Trente, comme dans toutes les autres assemblées de votre Eglise catholique, c'est en votre nom et par votre autorité que le premier a nommé l’indulgence une humanité, une douceur : j'ai aussi entendu la doctrine du saint concile de Trente, concile des derniers temps; mais vous présidez par votre Esprit-Saint aux derniers comme aux premiers temps de votre Eglise catholique, dans laquelle et avec laquelle vous avez promis d'étre toujours. La doctrine de ce concile est que l'indulgence est très-utile et trés-salutaire : mais, Ô Seigneur, quelle seroit cette humanité et cette douceur, si en exemptant les fidèles desrigueurs de la justice de l'Eglise, ce n'étoit que pour les soumettre à de plus grandes rigueurs dans la vie future? O Dieu, j'ai appris de vos saints, que tous les supplices de cette vie ne sont rien en comparaison de ceux que vous préparez dans le purgatoire aux ames qui ne sont pas encore assez épurées pour entrer dans ce royaume éternel où rien de souillé ne trouve place !. Mais d'ailleurs il est véritable par la sainte et inviolable doctrine de votre Eglise catholique, qu'en subissant les travaux de la pénitence avec toutes les dispositions que vous demandez, on est ramené, comme par un second baptéme, à la pureté de sa premiere régénération. Si l'on peut par ces salutaires rigueurs parvenir à un si heureux et si parfait renouvellement, ce seroit mal récompenser la ferveur des pénitens, que de leur épargner les peines qui les auroient si para faitement régénérés, sans leur laisser lespérance de venir par leurs regrets et en profitant de l'indulgence, à un semblable état. Ainsi on ne peut douter raisonnablement que lindulgence ne serve à nous décharger des peines de l'autre vie et du purgatoire.
1 August., in Psal. XXXVII.
Que sert de nous objecter que les pénitences qu’on exige dans les indulgences et les jubilés, sont trop légères pour faire une raisonnable compensation des peines de l’autre vie, puisque tant de graves auteurs, dont on a vu quelques-uns élevés à la chaire de saint Pierre, ont enseigné que les œuvres pénitentielles qu’on donne, comme pour matière nécessaire à l'indulgence, quoique petites en elles-mêmes, sont tellement rehaussées par l'aecroissement de ferveur que l’indulgence inspire aux saints pénitens, qu'associés au prix infini du sang de Jésus-Christ et aux mérites des saints, par la grace de l'indulgence elles peuvent être relevées jusqu'à produire une parfaite purification ?
Dans quel degré il faut que soit cette ferveur, pour produire un: si grand effet, nous n'avons pas besoin de le savoir: il suffit à l'homme, sans vouloir être plus savant ni plus sage qu'il ne faut, d'allumer autant qu'il peut dans son cœur cette sainte ardeur et, d'abandonner le reste à la divine miséricorde, qui sait la mesure qu'elle a donnée à ses bienfaits. Saint Jean dit que la parfaite charité bannit la crainte !. Cela est certain, puisqu'il est prononcé par un apótre. Mais si l'on vouloit raisonner sur le degré où la charité: atteint à cette perfection, on se jetteroit dans une curiosité, nonseulement inutile, mais encore dangereuse. Qui sait aussi à quel degré doit étre un acte d'amour pour unir l'ame si parfaitement avec Jésus-Christ, qu'il soit capable de la transporter au ciel, sans passer par le purgatoire? Il y a pourtant un degré où cela est; mais il n'est pas nécessaire qu'il nous soit connu. Il y a aussi dans l'exécution des ceuvres pénales auxquelles on attache l'indulgence, un degré de ferveur qui absorberoit toutes les peines de la vie future. C'est ce degré de ferveur que ces mémes docteurs ne permettent pas de déterminer: et quoi qu'il en soit, il est certain qu'on a toujours besoin d'indulgence; qu'elle a toujours son utilité; qu'en elle-méme elle est toujours efficace, et qu'on ne peut attribuer le manquement ou la diminution de son effet qu'à sa propre indisposition et à sa propre langueur. : Quiconque voudra donner un effet encore plus grand à l'indulgence, il le pourra, pourvu qu'il n'en fasse pas une occasion de
1 | Joan., IV, 18.
relâchement; mais qu’il soit toujours attentif, selon le précepte de l'Evangile, à aimer d'autant plus qu'il croira qu'on lui accorde un grand pardon.
PRIERES, etc.
On demande à Dieu son amour, avec protestation d'observer ses commandemens. ^
. Mon Sauveur, pontife éternel selon l'ordre de Melchisédech, toujours vivant dans le ciel afin d'intercéder pour nous : je viens àlindulgence de votre Eglise qui est la vôtre, en toute humilité et simplicité, sans disputer sur vos dons et avecune ferme foi.que cette indulgence m'est trés-utile, trés-nécessaire, et. en même temps qu'elle est trés-puissante et très-efficace : j'y viens avec le dessein d'aecroitre en moi votre amour. Il sera toujours véritable qu'en remettant davantage, vous voulez qu'on vous aime davantage. C'est le canon fondamental de la pénitence : c'est la règle que vous avez prononcée de votre sainte et divine bouche dans votre Evangile. Vous en avez tiré la confession de la bouche froide et dédaigneuse d'un pharisien, plus lépreux encore dans l'ame que dans le corps; ce superbe ne vouloit pas laisser approcher de vous les pécheurs humiliés et pénitens: mais moi je fends la presse, je viens à vos pieds, et ne vous quitterai pas que vous ne m'ayez béni, que je n'entende de vous cette douce et inestimable parole : « Plusieurs péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé; « et encore : « Celui à qui l'on pardonne plus, aime plus '. »
. Mais vous avez dit que si l'on vous aime, il faut garder vos eommandemens, et les garder par amour. C'est par les ceuvres et non point par les paroles, ni méme par les sentimens que l'on montre qu'on vous aime. Ainsi je m'attacherai à votre loi : je la repasserai nuit et jour dans ma pensée: en m'endormant, en me réveillant, soit que «je sois dans ma maison, ou que je marche dans le chemin? : » c'est-à-dire, soit que j'agisse, soit que je demeure en repos, je ne la perdrai jamais de vue: «elle m'accompagnera dans mes voyages : elle me gardera dans mon sommeil: à mon réveil, dés le point du jour, je m'entretiendrai avec elle,
! Luc., vit, ET. — ? Deuter., VI, 7.
comme disoit Salomon, parce que votre commandement est un flambeau devant mes yeux : votre loi est une lumière qui me réjouit et me guide, et les corrections que j'y recois de votre bouche paternelle sont ma vie *. »
Percez-moi le cœur des traits de votre divin amour : brisez ce cour endurci par une sincère et parfaite contrition : ótez-lui ce qu'il a du sien, et créez en moi un cœur pur , un cœur nouveau qui soit tout à vous , afin que je dise nuit et jour : Votre volonté soit faite : car c'est là le vrai exercice de l'amour divin.