‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 104 sur 387 · LIVRE V, N. XIX · texte numérisé non relu

LIVRE V, N. XIX

pérance qu'en celui qui avoit promis de soutenir son église, « méme dans sa vieillesse et jusqu'à la fin des siècles. » Heureux, s’il avoit pu voir qu'il ne cesse donc jamais de la soutenir !

C'est à quoi on se devoit arréter; et puisqu'il en falloit enfin revenir aux promesses faites à l'Eglise, Mélanchthon n'avoit qu'à considérer qu'elles devoient avoir toujours été autant inébranlables dans les siècles passés, qu'il vouloit croire qu'elles le seroient dans les siècles qui ont suivi la réformation. L'église luthérienne n'avoit point d'assurance particuliére de son éternelle durée, et la réformation faite par Luther ne devoit pas demeurer plus ferme que la permière institution faite par Jésus-Christ et par ses apótres. Comment Mélanchthon ne voyoit-il pas que la Réforme, dont il vouloit qu'on changeât tous les jours la foi, n'étoit qu'un ouvrage humain? Nous avons vu qu'il a changé et rechangé beaucoup d'articles importans de la Confession d'Augsbourg, aprés méme qu'elle a été présentée à l'Empereur *. Il a aussi Óté en divers temps beaucoup de choses importantes de l’Apologie, encore qu'elle füt souscrite de tout le parti avec autant de soumission que la Confession d'Augsbourg. En 1532, après la Confession d'Augsbourg et l'Apologie, il écrit encore « que des points trés-importans restent indécis, et qu'il falloit chercher sans bruit les moyens d'expliquer les dogmes. Que je souhaite, dit-il, que cela se fasse et se fasse bien *! » comme un homme qui sentoit en sa conscience que rien jusqu'alors ne s'étoit fait comme il faut. En 1533 : « Qui est-ce qui songe, dit-il, à guérir les consciences agitées de doutes , et à découvrir la vérité ?*? » En 1535 : « Combien , dit-il, méritons-nous d'étre blàmés, nous qui ne prenons aueun soin de guérir les consciences agitées de doutes, ni d'expliquer les dogmes purement et simplement, sans sophisterie? Ces choses me tourmentent terriblement *. » Il souhaite dans la méme année « qu'une assemblée pieuse juge le procès de l'Eucharistie sans sophisterie et sans tyrannie *. » Il juge donc la chose indécise; et cinq ou six manières d'expliquer cet article, que nous trouvons dans la Confession d'Augsbourg et dans l'Apologie , ne

1 Voyez ci-dessus, liv. III, n. 5 et suiv., 29.— ? Lib. IV, ep. cxxxv. — 5 Lib. IV, ep. CXL. — * Lib. IV, ep. cLxx. — * Lib. III, ep. cxiv.

Mélanchthon ne sait où il

en est, et cherche

toute sa vie

sa religion

l'ont pas contenté. En 1536, accusé de trouver encore beaucoup de doutes dans la doctrine dont il faisoit profession, il répond d'abord qu'elle est inébranlable ‘; car il falloit bien parler ainsi, ou abandonner la cause. Mais il fait connoitre aussitót aprés, qu'en effet il y restoit beaucoup de défauts : il ne faut pas oublier qu'il s'agissoit de doctrine. Mélanchthon rejette ces défauts sur les vices et sur l'opiniátreté des ecclésiastiques, « par lesquels il est arrivé, dit-il, qu'on a laissé parmi nous aller les choses comme elles pouvoient, pour ne rien dire de pis ; qu'on y est tombé en beaucoup de fautes, et qu'on y fit au commencement beaucoup de choses. sans raison. » Il reconnoit le désordre; et la vaine excuse qu'il cherche pour rejeter sur l'Eglise catholique les défauts de sa religion, ne le couvre point. Il n'étoit pas plus avancé en 1537 , et durant que tous les docteurs du parti assemblés avec Luther à *Smalealde y expliquoient de nouveau les points de doctrine , ou plutót qu'ils y souscrivoient aux décisions de Luther : « J'étois d'avis, dit-il, qu'en rejetant quelques paradoxes on expliquât plus simplement la doctrine ?; » et encore qu'il ait souscrit, comme on a vu, à ces décisions, il en fut si peu satisfait, qu'en 15429 nous l'avons vu « souhaiter encore une autre assemblée, oü les dogmes fussent expliqués d'une manière ferme et précise *. » Trois ans après, et en 1545, il reconnoit encore que la vérité avoit été découverte fort imparfaitement aux prédicateurs du nouvel évangile. «Je prie Dieu, dit-il, qu'il fasse fructifier cette telle quelle petitesse de doctrine qu'il nous a montrée *. » [l déclare que pour lui il a fait tout ce qu'il a pu. « La volonté, dit-il, ne m'a pas manqué, mais le temps, les conducteurs et les docteurs. » Mais quoi! son maitre Luther, cet homme qu'il avoit cru suscité de Dieu pour dissiper les ténèbres du monde, lui manquoit-il ? Sans doute il se fondoit peu sur la doctrine d'un tel maitre, quand il se plaint si amérement d'avoir manqué de docteur. En effet aprés la mort de Luther, Mélanchthon , qui en tant d'endroits lui donne tant de louanges, écrivant confidemment à son ami Camérarius , se contente de dire assez froidement « qu'il a du moins bien ex-

1 Lib. IV, ep. cxciv; — * Lib. IV, ep. xcvrr. — ? Tib. T, ep. tX. — Lib. IV, ep. ncrxir. 3

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