LIVRE V, N. XX
pliqué quelque partie de la doctrine céleste 1. » Un peu après il confesse « que lui et les autres sont tombés dans beaucoup d'erreurs, qu'on ne pouvoit éviter en sortant de tant de ténèbres ?, » et se contente de dire que « plusieurs choses ont été bien expliquées; » ce qui s'aecorde parfaitement avec le désir qu'il avoit qu'on expliquât mieux les autres. On voit dans tous les passages que nous avons rapportés, qu'il s’agit de dogmes de foi, puisqu'on y parle partout de décisions et de décrets nouveaux sur la doctrine. Qu'on s'étonne maintenant de ceux qu'on appelle Chercheurs en Angleterre. Voilà Mélanchthon lui-même qui cherche encore beaucoup d'articles de sa religion, quarante ans aprés la prédication de Luther, et l'établissement de sa Réforme.
Si l'on demande quels étoient les dogmes que Mélanchthon prétendoit mal expliqués, il est certain que c'étoitles plus importans. Celui de l'Eucharistie étoit du nombre. En 1553, après tous les changemens de la Confession d' Augsbourg, après les explications de l'Apologie , après les articles de Smalcalde qu'il avoit signés, il demande encore « une nouvelle formule pour la Cène ?. » On ne sait pas bien ce qu'il vouloit mettre dans cette formule ; et il paroit seulement que ni celles de son parti, ni celles du parti contraire ne lui plaisoient , puisque selon lui les uns et les autres ne faisoient « qu'obscurcir la matière *. »
Un autre article , dont il souhaitoit la décision , étoit celui du libre arbitre, dont les conséquences influent si avant dans les matières de la justification et de la grace. En 1548 il écrit à Thomas Cranmer, cet archevêque de Cantorbéri qui jeta le roi son maître dans l'abime par ses complaisances : « Dès le commencement, dit-il, les discours qu'on a faits parmi nous sur le libre arbitre , selon les opinions des stoiciens, ont été trop durs, et il faut songer àfaire quelque formule sur ce point *. » Celle de la Confession d'Augsbourg , quoiqu'il l'eüt lui-même dressée, ne le contentoit plus : il commencoit à vouloir que le libre arbitre agit , nonseulement dans les devoirs de la vie civile, mais encore dans les opérations de la grace et par son secours. Ce n'étoit pas là les
1 Lib. IV, ep. ncxcix.— ? Lib. IV, ep. nccxxxvit. — ? Lib. II, ep. CCCCXLVII, — * Ibid. — 5 Lib. HE, ibid., ep. xri.
Quels dogmes Melanchthon Irouvoit mal expliqués,
idées qu'il avoit recues de Luther, ni ce que Mélanchthon luiméme avoit expliqué à Augsbourg. Cette doctrine lui suscita des contradicteurs parmi les protestans. Il se préparoit à une vigoureuse défense, quand il écrivoit à un ami : « S'ils publient leurs disputes stoiciennes (touchant la nécessité fatale, et contre le franc arbitre), je répondrai trés-gravement et très-doctement *. Ainsi parmi ses malheurs il ressent le plaisir de faire un beau livre, et persiste dans sa croyance , Hee la suite nous découvrira davantage.
XXI. On pourroit marquer d'autres points dont Mélanchthon désionde roitla décision longtemps aprés la Confession d' Augsbourg. Mais qu'il ven Ce qu'il y a de plus étrange, c’est que pendant qu'il sentoit en sa Cale. conscience, et qu'il avouoit à ses amis, lui qui l'avoit faite, la nédau. Cessité de la réformer en tant de chefs importans, lui-même dans i» les assemblées qui se faisoient en publie, il ne cessoit de déclarer so 11. avec tous les autres qu'il s'en tenoit précisément à cette confession rt telle qu'elle fut présentée dans la diète d'Augsbourg, et à l'Apo-
logie comme à la pure explication de la parole de Dieu ?. La politique le vouloit ainsi; et c'eüt été trop décrier la réformation, que d'avouer qu'elle eüt erré dans son fondement.
Quel repos pouvoit avoir Mélanchthon durant ces incertitudes ? Le pis étoit qu'elles venoient du fond méme, et pour ainsi dire de la constitution de son église, en laquelle il n'y avoit point d'autorité légitime, ni de puissance réglée. L'autorité usurpée n'a rien d'uniforme; elle pousse, ou se relâche sans mesure. Ainsi la tyrannie et l'anarchie s'y font sentir tour à tour, et on ne sait à qui s'adresser pour donner une forme certaine aux affaires.
xxr — Un défaut si essentiel et en méme temps si inévitable dans la itle: ve. Constitution de la nouvelle réforme, causoit des troubles extrémes em. au malheureux Mélanchthon. S'il naissoit quelques questions, il
tulion des
égies N'y avoit aucun moyen de les terminer. Les traditions les plus tis constantes étoient méprisées. L'Ecriture se laissoit tordre et violenter à qui le vouloit. Tous les partis croyoient l'entendre : tous publioient qu'elle étoit claire. Personne ne vouloit céder à son compagnon. Mélanchthon crioit en vain qu'on s'assemblàt pour
1 Lib. I, ep. cc. — ? Lib. I, ep. LVI, LXX, LXXVI,