‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 107 sur 387 · LIVRE V, N. XXV · texte numérisé non relu

LIVRE V, N. XXV

la condition que les puissances ecclésiastiques « n'opprimassent point la saine doctrine; » mais s'il est permis de dire qu'ils l'oppriment, et sous ce prétexte de leur refuser l'obéissance qui leur est due, on retombe dans linconvénient qu'on veut éviter, et l'autorité ecclésiastique devient le jouet de tous ceux qui voudront la contredire.

C'est aussi pour cette raison que Mélanchthon cherchoit tou- xxv.

. * x = * . c ^ Mélanchjours un remède à un si grand mal. Ce n'étoit certainement PAS thon, dans l'assem-

son dessein que la désunion fût éternelle. Luther se soumettoit mec ae

Smalcalde

au concile, quand Mélancthon s'étoit attaché à sa doctrine. l'out et das

le parti en pressoit la convocation; et Mélanchthon y espéroit la comis fin du schisme, sans quoi j'ose présumer que jamais il ne s'y convoqué seroit engagé. Mais aprés le premier pas, on va plus loin qu'on De n'avoit voulu. A la demande du concile, les protestans ajoutérent qu'ils le demandoient «libre, pieux et chrétien. » La demande est juste, Mélanchthon y entre: mais de si belles paroles cachoient

un grand artifice. Sous le nom de concile libre, on expliqua un concile d'où le Pape fût exclu avec tous ceux qui faisoient profession de lui être soumis. C'étoient les intéressés, disoit-on : le

Pape étoit le coupable, les évéques étoient ses esclaves: ils ne pouvoient pas être juges. Qui donc tiendroit le concile? les luthériens? de simples particuliers, ou des prêtres soulevés contre

leurs évêques ? Quel exemple à la postérité! et puis n'étoient-ils

pas aussi les intéressés ? N'étoient-ils pas regardés comme les coupables par les catholiques , qui faisoient sans contestation le plus grand parti, pour ne pas dire ici le meilleur de la chrétienté ?

Quoi done ! Pour avoir des juges indifférens , falloit-il appeler les Mahométans et les Infidèles, ou que Dieu envoyát des anges? Et

n'y avoit-il qu'à aceuser tous les magistrats de l'Eglise, pour

leur óter leur pouvoir et rendre le jugement impossible? Mélanchthon avoit trop de sens pour ne pas voir que c’étoit une illu-

sion. Que fera-t-il? Apprenons-le de lui-même. En 4537, quand 137. les luthériens furent assemblés à Smalcalde, pour voir ce que

l'on feroit sur le concile que Paul III avoit convoqué à Mantoue,

on disoit qu'il ne falloit point donner au Pape l'autorité de former l'assemblée où on lui devoit faire son procès, ni reconnoitre le

Quand on à renversé

certains principes, tout ce qu'on fait est insoutenable et contradictoire.

concile qu'il assembleroit. Mais Mélanehthon ne put pas étre de cet avis : « Mon avis fut, dit-il, de ne refuser pas absolument le concile, parce qu’encore que le Pape n'y puisse pas être juge, toutefois il a le droit de le convoquer, et il faut que le concile ordonne qu'on procède au jugement !. » Voilà done d'abord de son avis le concile reconnu; et ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que tout le monde demeuroit d'accord qu'il avoit raison dans le fond. « De plus fins que moi, poursuit-il, disoient que mes raisons étoient subtiles et véritables, mais inutiles; que la tyrannie du Pape étoit telle que si une fois nous consentions à nous trouver au concile, on entendroit que par là nous accordions au Pape le pouvoir de juger. J'ai bien vu qu'il y avoit quelque inconvénient dans mon opinion, mais enfin elle étoit la plus honnéte. L'autre l'emporta aprés de grandes disputes, et je erois qu'il y a ici quelque fatalité. »

C'est ce qu'on dit lorsqu'on ne sait plus où l'on en est. Mélanchthon cherche une fin au schisme; et faute d'avoir compris la vérité tout entière, ce qu'il dit ne se soutient pas. D'un côté il sentoitle bien que fait à l'Eglise une autorité reconnue : il voit méme qu'il y falloit, parmi tant de dissensions qu'on y voyoit naître, une autorité principale pour y maintenir l'unité, et il ne pouvoit reconnoitre cette autorité que dans le Pape. D'autre côté, il ne vouloit pas qu'il fût juge dans le procès que lui faisoient les luthériens. Ainsi il lui accorde l'autorité de convoquer l'assemblée, et après il veut qu'il en soit exclu : bizarre opinion, je le confesse. . Mais qu'on ne eroie pas pour cela que Mélanchthon füt un homme peu entendu dans ces affaires : il n'avoit pas cette réputation dans son parti, dont il faisoit tout l'honneur, je le puis dire : et personne n'y avoit plus de sens, ni plus d'érudition. S'il propose des choses contradictoires, c'est que l'état de la nouvelle Réforme ne permettoit rien de droit ni de suivi. Il avoit raison de dire qu'il appartenoit au Pape de convoquer le concile : car quel autre le convoqueroit, surtout dans l'état présent de la chrétienté? Y avoit-il une autre puissance que celle du Pape que tout le monde reconnüt ? Et la lui vouloir óter d'abord avant l'assemblée oü l'on

! Lib, IV, ep. CxCvI.

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