‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 108 sur 387 · LIVRE V, N. XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE V, N. XXVII

vouloit, disoit-on, lui faire son procés, n'étoit-ce pas un trop inique préjugé, surtout ne s'agissant pas d'un crime personnel du Pape, mais de la doctrine qu'il avoit recue de ses prédécesseurs depuis tant de siècles, et qui lui étoit commune avec tous les évéques de l'Eglise? Ces raisons étoient si solides, que les autres luthériens contraires à Mélanchthon, « avouoient, » nous dit-il lui-méme, comme on vient de voir, « qu'elles étoient véritables. » Mais ceux qui reconnoissoient cette vérité ne laissoient pasen méme temps de soutenir avec raison que si on donnoit au Pape le pouvoir de former l'assemblée, on ne pouvoit plus l'en exclure. Les évéques, qui de tout temps le reconnoissoient comme chef de leur ordre, et se verroient assemblés en corps de concile par son autorité, souffriroient-ils que l'on commencát leur assemblée par déposséder un président naturel pour une cause commune ? Et donneroient-ils un exemple inoui dans tous les siècles passés ? Ces choses ne s'accordoient pas; et dans ce conflit des luthériens, il paroissoit clairement qu'aprés avoir renversé certains principes, tout ce qu'on fait est insoutenable et contradictoire.

Si on persistoit à refuser le concile que le Pape avoit convoqué, Mélanchthon n'espéroit plus de remède au schisme; et ce fut à cette occasion qu'il dit les paroles que nous avons rapportées, « que la discorde étoit éternelle, » faute d'avoir reconnu l'autorité de l'ordre sacré *. Affligé d'un si grand mal, il suit sa pointe ; et quoique l'opinion qu'il avoit ouverte pour le Pape, ou plutót pour l'unité de l'Eglise dans l'assemblée de Smalcalde, y eüt été rejetée, il fit sa souscription en la forme que nous avons vue, en réservant l'autorité du Pape.

On voit maintenant les causes profondes qui ly obligèrent, et pourquoi il vouloit accorder au Pape la supériorité sur les évéques. La paix, que la raison et l'expérience des dissensions de la secte lui faisoient voir impossible sans ce moyen, le portèrent à rechereher malgré Luther un secours si nécessaire. Sa conscience à ce coup l'emporta sur sa complaisance, et il ajouta seulement qu'il donnoit au Pape une supériorité de « droit humain : » mal-

1 Lib. IV, ep. cXcv1; ci-dessus, n. 22.

xxvn.

Raisons de la restriclion. que mit Mélanchthon à sa souscription dans les

articles de

Smalcalde

heureux de ne pas voir qu'une primauté que l'expérience lui montroit si nécessaire à l'Eglise, méritoit bien d’être instituée par Jésus-Christ, et que d'ailleurs une chosegqu'on trouve établie dans tous les siècles ne pouvoit venir que de lui !

xu. — Les sentimens qu'il avoit pour l'autorité de l'Eglise étoient

Paroles de

wéanch. SUrprenans: car encore qu'à l'exemple des autres protestans il ne Tas voulüt pas avouer l'infaillibilité de l'Eglise dans la dispute, de SE peur, disoit-il, de donner aux hommes une trop grande prérogative, son fond le portoit plus loin : il répétoit souvent que Jésus- Christ avoit promis à son Eglise de la soutenir éternellement ; quil avoit promis que son «j œuvre, » c'est-à-dire son Eglise, « ne seroit jamais dissipée ni abolie; » et qu'ainsi se fonder sur la foi de l'Eglise, c’étoit se fonder non point sur les hommes, mais sur la promesse de Jésus-Christ méme *. C'est ce qui lui faisoit dire : « Que plutót la terre s'ouvre sous mes pieds, qu'il m'arrive de m'éloigner du sentiment de l'Eglise dans laquelle Jésus-Christ règne. » Et ailleurs une infinité de fois: « Que l'Eglise juge, je me soumets au jugement de l'Eglise?. » Il est vrai que la foi qu'il avoit à la promesse vacilloit souvent; et une fois, après avoir dit selon le fond de son cœur : « Je me soumets à l'Eglise catholique, » il y ajoute, « c'est-à-dire aux gens de bien et aux gens doctes ?. » J'avoue que ce c'est-à-dire détruisoit tout; et on voit bien quelle soumission est celle où, sousle nom des gens de bien et des gens doctes, on ne connoit dans le fond que qui l'on veut : c'est pourquoi il en vouloit toujours venir à un caractère marqué

et à une autorité reconnue, qui étoit celle des évèques. xux. — Sion demande maintenant pourquoi un homme si désireux de

ib pe d la paix ne la chercha pas dans l'Eglise, et demeura éloigné de prendre d l'ordre sacré qu'il vouloit tant établir, il est aisé de l'entendre : d ager c'est à cause principalement qu'il ne put jamais revenir de sa aie justice imputée. Dieu lui avoit pourtant fait de grandes graces, ee que puisqu'il avoit connu deux vérités capables de le ramener: l'une, se pour qu'il ne fallit pas suivre une doctrine qu'on ne trouvoit pas

Deu véri- dans l'antiquité : « Délibérez, disoit-il à Brentius, avec l’ancienne

1 Lib. I, ep. cvir; LV, LXXVI, DCCXXXIN, DCCCXLV, DCCCLXXVI, etc.— ? Lib. Ill, ep. XLIV; lib. I, ep. LXVII, CV; lib. I], ep. cLix, ete. — 3 Lib. I, ep. CIX.

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