‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 109 sur 387 · LIVRE V, N. XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE V, N. XXIX

Eglise. » Et encore : « Les opinions inconnues à l'ancienne Eglise ne sont pas recevables ?. » L'autre vérité, c'est que sa doctrine de la justice imputée ne se trouvoit point dans les Péres. Dés qu'il a commencé à la vouloir expliquer, nous lui avons oui dire, « qu'il ne trouvoit rien de semblable dans leurs écrits ?. » On ne laissa pas de trouver beau de dire dans la Confession d' Augsbourg et dans l'Apologie, qu'on n'y avancoit rien qui ne fût conforme à leur doctrine. On citoit surtout saint Augustin; et il eût été trop honteux à des réformateurs d'avouer qu'un si grand docteur, le défenseur dela grace chrétienne n'en eüt pas connu le fondement. Mais ce que Mélanchthon écrit confidemment à un ami nous fait bien voir que ce n'étoit que pour la forme et par manière d'acquit qu'on nommoit saint Augustin dans le parti: car il répète trois ou quatre fois avec une espèce de chagrin que ce qui empêche cet ami de bien entendre cette matière, c'est « qu'il est encore attaché à l'imagination de saint Augustin, » et « qu'il faut entiérement détourner les yeux de l'imagination de ce Père *. » Mais encore quelle est cette imagination dont il faut détourner les yeux? « C'est, dit-il, l'imagination d'étre tenus pour justes par l'aecomplissement de la loi, que le Saint-Esprit fait en nous. » Cet accomplissement, selon Mélanchthon, ne sert de rien pour rendre l'homme agréable à Dieu; et c'est à saint Augustin une fausse imagination d'avoir pensé le contraire : voilà comme il traite un si grand homme. Et néanmoins il le cite à cause , dit-il, de « l'opinion publique qu'on a de lui : » Mais au fond, continuetil, « il n'explique pas assez la justice de la foi; » comme s'il disoit: En cette matière il faut bien citer un Père que tout le monde regarde comme le plus digne interprète de cet article, quoiqu'à vrai dire il ne soit pas pour nous. Il ne trouvoit rien de plus favorable dans les autres Péres. « Quelles épaisses ténèbres, disoit-il, trouve-t-on sur cette matière dans la doctrine commune des Pères et de nos adversaires?! » Que devenoient ces belles paroles, qu'il falloit délibérer avec l'ancienne Eglise? Que ne pratiquoit-il ce qu'il conseilloit aux autres? Et puisqu'il ne connois-

1 Lib. HII, ep. cxiv. — ? Mel., de Eccl. Cath., ap. Luth., tom. 1, 444.— 5 Lib. III, ep. cxxvI, col. 574; Sup., n. 2. — * Lib. I, ep. XCIV. — 5 Lib. IV, ep. CCXXVIII.

tés qu'il reconnoit.

XXX, Mélanchthon ne peut ni se contenter lui-méme

sur la justice imputative ni se résoudre à la quitter.

soit de piété, comme en effet il n'y en a point, que celle qui est fondée sur la véritable doctrine de la justification, comment erutil que tant de Saints l'eussent ignorée? Comment s'imagina-t-il voir si elairement dans l'Ecriture ce qu'on ne voyoit point dans les Péres, pas méme dans saint Augustin, le docteur et le défenseur de la grace justifiante contre les pélagiens, dont aussi toute l'Eglise avoit toujours en ce point constamment suivi la doctrine?

Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que lui-même, tout épris qu’il étoit de la spécieuse idée de sa justice imputative, il ne pouvoit venir à bout de l'expliquer à son gré. Non content d'en avoir établi le dogme très-amplement dans la Confession d' Augsbourg, il s'applique tout entier à l'expliquer dans l'Apologie : et pendant qu'il la composoit, il écrivoit à son ami Camérarius : « Je souffre vraiment un trés-grand et un trés-pénible travail dans l'Apologie, à l'endroit de la justification, que je désire expliquer utilement !. » Mais du moins aprés ce grand travail, aura-t-il tout dit? Ecoutons ce qu’il en écrit à un autre ami; c'est celui que nous avons vu qu'il reprenoit comme encore trop attaché aux imaginations de saint Augustin : « J'ai, dit-il, tàché d'expliquer cette doctrine dans l'Apologie : mais dans ces sortes de discours les calomnies des adversaires ne permettent pas de s'expliquer comme je fais maintenant avec vous, quoiqu'au fond je dise la méme chose. » Et un peu aprés: J'espere que vous recevrez quelque sorte de secours par mon Apologie, quoique j'y parle de si grandes choses avec précaution ?. » À peine toute cette lettre a-t-elle une page : l’Apologie sur cette matière en a plus de cent; et néanmoins cette lettre, selon lui, s'explique mieux que l'Apologie. C'est qu'il n'osoit dire aussi clairement dans l' Apologie qu'il faisoit dans cette lettre, « qu'il faut entièrement éloigner ses yeux de l'accomplissement de la loi, méme de celui que le Saint-Esprit fait en nous. » Voilà ce qu'il appeloit rejeter l'imagination de saint Augustin. Il se voyoit toujours pressé de cette demande des catholiques : Si nous sommes agréables à Dieu indépendamment

1 Lib. IV, ep. cx. Omnino valde multum laboris sustineo, etc. — ? Lib. I,

. ep. XCIV.

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