‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 112 sur 387 · LIVRE V, N. XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, N. XXXIII

Confession d' Augsbourg ; approuver en public cette confession, qu'il souhaitoit au fond de son cœur de voir réformer en tant de chefs; parler toujours au gré d'autrui ; passer sa vie dans une éternelle dissimulation , et cela dans la religion, dont le premier acte est de croire, comme le second est de confesser : quelle contrainte! quelle corruption ! Mais le zèle du parti l'emporte : on s'étourdit les uns les autres : il faut non-seulement se soutenir; mais encore s'aecroitre; le beau nom de réformation rend tout permis, et le premier engagement rend tout nécessaire.

Cependant on sent dans le cœur de secrets reproches, et l'état où l'on se trouve déplait. Mélanchthon témoigne souvent qu'il se passe en lui des choses étranges, et ne peut bien expliquer ses peines secrètes. Dansle récit qu'il fait à son intime ami Camérarius des décrets del'assemblée de Spire, et des résolutions que prirent les protestans, tous les termes dont.il se sert pour exprimer ses douleurs sont extrémes. « Ce sont des agitations ineroyables et les douleurs de l'enfer;il en est presque à la mort. Ce qu'il ressent est horrible; sa consternation est étonnante. Durant ses accablemens il reconnoit sensiblement combien certaines gens ont tort 1. » Quand il n'ose nommer, c'est quelque chef du parti qu'il faut entendre, et principalement Luther : ce n'étoit pas assurément par crainte de Rome qu'il écrivoit avec tant de précautions, et qu'il gardoit tant de mesures : et d'ailleurs il est bien constant que rien ne le troubloit tant que ce qui se passoit dans le parti méme, oü tout se faisoit par des intéréts politiques , par de sourdes machinations et par des conseils violens; en un mot on n'y traitoit que « des ligues que tous les gens de bien, disoit-il, devoient empécher ?. » Toutes les affaires de la Réforme " rouloient sur ces ligues des princes avec les villes que l'Empereur vouloit rompre , et que les princes protestans vouloient maintenir; et voici ce que Mélanchthon en écrivoit à Camérarius : « Vous voyez, mon cher ami, que dans tous ces accommodemens on ne pense à rien moins qu'à la religion. La crainte fait proposer pour un temps et avec dissimulation des accords tels quels, et il ne faut pas s'étonner si des traités de cette nature réussissent mal:

1 Lib. IV, ep. Lxxxv. — ? Sleid., lib. VII.

Les princes et les docteurs du parli lui sont également insupportables.

Les prodiges, les prophélies les horoscopes, dont Mélanchthon étoit troublé.

car se peut-il faire que Dieu bénisse de tels conseils ‘? » Loin qu'il use d'exagération en parlant ainsi, on reconnoit méme dans ses lettres qu'il voyoit dans le parti quelque chose de pis que ce qu'il en écrivoit. « Je vois , dit-il, qu'il se machine quelque chose secrétement, et je voudrois pouvoir étouffer toutes mes pensées *. » Il avoit un tel dégoüt des princes de son parti et de leurs assemblées, où on le menoit toujours pour trouver dans son éloquence et dans sa facilité des excuses aux conseils qu'il n'approuvoit pas, qu'à la fin il s’écrioit : « Heureux ceux qui ne se mêlent point des affaires publiques?!» etilne trouva un peu de repos qu'après que, trop convaineu des mauvaises intentions des princes, «il avoit cessé de se mettre en peine de leurs desseins *; » mais on le replongeoit, malgré qu'il en eût, dans leurs intrigues; et nous verrons bientót comme il fut contraint d'autoriser par écrit leurs actions les plus scandaleuses. On a vu l'opinion qu'il avoit des docteurs du parti , et combien il en étoit mal satisfait : mais voici quelque chose de plus fort. « Leurs mœurs sont telles, dit-il, que pour en parler trés-modérément, beaucoup de gens émus de la confusion qu'on voit parmi eux , trouvent tout autre état un àge d'or, à comparaison de celui où ils nous mettent”. » Il trouvoit «ces plaies incurables *, » et dès son commencement la Réforme avoit besoin d'une autre réforme.

Outre ces agitations, il ne cessoit de s'entretenir avec Camérarius, avec Osiandre et les autres chefs du parti, avec Luther méme, des prodiges qui arrivoient et des funestes menaces du ciel irrité. On ne sait souvent ce que c'est: mais c'est toujours quelque chose de terrible. Je ne sais quoi qu'il promet à son ami Camérarius de lui dire en particulier, inspire de la frayeur en le lisant". D'autres prodiges arrivés vers le temps de la diète d'Augsbourg, lui paroissoient favorables au nouvel évangile. A Rome, «le débordement extraordinaire du.Tibre, et l'enfantement d'une mule, dont le petit avoit un pied de grue : » dans le territoire d'Augsbourg la naissance « d'un veau à deux tétes » lui furent

1 Lib. IV, ep. cxxxvII. — ? Lib. IV, ep. Lxx.— ? Lib. IV, Lxxxv. — * Lib. IV, ep. ccxxvri. — 5 Lib. IV, ep. nccxru. — © Lib. IV, ep. DCCIJX. — 7 Lib. IL, ep. LXXXIX, CCLXIX.

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