‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 120 sur 387 · LIVRE VI, N. XV-XVII · texte numérisé non relu

LIVRE VI, N. XV-XVII

Par là il erut mettre fin aux scandaleuses interprétations des sacramentaires, qui tournoient tout à leurs sens, et il déclara qu'il tenoit pour fanatiques ceux qui refuseroient de souscrire à cette dernière confession de foi ‘. Au reste, il le prenoit d'un ton si haut, et menacoit tellement le monde de ses anathémes, que les zuingliens ne l'appeloient plus que « le nouveau Pape, et le nouvel Antechrist?. »

Ainsi la défense ne fut pas moins violente que l'attaque. Ceux de Zurich seandalisés de cette expression étrange: « Le pain est le vrai corps naturel de Jésus-Christ, » le furent encore davantage des injures atroces de Luther : de sorte qu'ils firent un livre qui avoit pour titre : Contre les vaines et scandaleuses calomnies de Luther, où ils soutenoient « qu'il falloit être aussi insensé que lui pour endurer ses emportemens; qu'il déshonoroit sa vieillesse, et se rendoit méprisable par ses violences; et qu'il devroit étre honteux de remplir ses livres de tant d'injures et de tant de diables. »

ll est vrai que Luther avoit pris soin de mettre le diable dedans et dehors, dessus et dessous, à droite et à gauche, devant et derriere les zuingliens, en inventant de nouvelles phrases pour les pénétrer de démons, et répétant ce mot odieux jusqu'à faire horreur.

C'étoit sa coutume : en 1542, comme le Turc menacoit plus que jamais l'Allemagne, il avoit publié une prière contre lui, où il méla le diable d'une étrange sorte : « Vous savez, disoit-il, Óó Seigneur, que le diable, le Pape et le Turc n'ont ni droit ni raison de nous tourmenter ; car nous ne les avons jamais offensés : mais, parce que nous confessons que vous, Ô Père, et votre Fils Jésus- Christ, et le Saint-Esprit, étes un seul Dieu éternel, c'est là notre péché , c'est tout notre crime, c'est pour cela qu'ils nous haissent et nous persécutent; et nous n'aurions plus rien à craindre d'eux, si nous renoncions à cette foi. » Quel aveuglement de mettre ensemble « le diable, le Pape et le Turc » comme les trois ennemis de la foi de la Trinité! Quelle calomnie d'assurer que le Pape les persécute pour cette foi! Et quelle folie de s'excuser envers l'en-

1 Conc., p. 134; Luther., tom. Il, fol. 325. — ? Hosp., 193. — 3 Sleid., lib. IV.

Anathémes de Luther.

Les zuingliens reprennent

Luther

d'avoir

toujours le diable à la bouche, et le traitent d'insensé.

Scandaleuse

prière de Luther, qui dit qu'il

n'a jamais offensé le diable.

nemi du genre humain comme un homme qui ne lui a jamais donné aucun mécontentement!

xvi. — Un peu après que Luther se fut échauffé de nouveau de la mand nière que nous avons vue contre les sacramentaires, Bucer dressa $we. n une nouvelle Confession de foi. Ces Messieurs ne s'en lassoient confirme $ ; , * .

aw ls pas; il sembla qu'il la voulût opposer à la Petite Confession que wen Luther venoit de publier. Celle de Bucer rouloit à peu près sur ond les expressions de l'accord de Vitenberg dont il avoit été le mé- Rid diateur ! : mais il n'auroit pas fait une nouvelle Confession de foi, he Sl n'avoit voulu changer quelque chose. C'est qu'il ne vouloit de plus dire aussi nettement et aussi généralement qu'il avoit fait ,

qu'on pouvoit prendre sans foi le corps du Sauveur, et le prendre très-réellement en vertu de l'institution de Notre-Seigneur, que nos mauvaises dispositions ne pouvoient priver de son efficace. Bucer corrige ici cette doctrine, et il semble mettre pour condition de la présence de Jésus-Christ dans la Céne, non-seulement qu'on la célébre selon l'institution de Jésus-Christ, mais encore « qu'on ait une foi solide aux paroles par lesquelles il se donne luiméme ?. » Ce docteur, qui n'osoit donner une foi vive à ceux qui communioient indignement, inventa en leur faveur cette foi solide, que je laisse à examiner aux protestans, et par une telle foi il vouloit que les indignes recussent « et le sacrement et le Seigneur méme ?. »

xix. Il paroit embarrassé sur ce qu'il doit dire de la communion des

Embrouil-

iemens à, amples. Car Luther, qu'il ne vouloit pas contredire ouvertement,

méme au-

iur ui; avoit décidé dans sa petite Confession « qu'ils recevoient Jésus- “on ae Christ aussi véritablement que les saints. » Mais Bucer, qui ne ""* eraignoit rien tant que de parler nettement, dit que ceux d'entre les impies « qui ont la foi pour un temps, recoivent Jésus-Christ dans une énigme, comme ils recoivent l'évangile. » Quels prodiges d'expressions! Et pour ceux qui n'ont aucune foi, il semble qu'il devoit dire qu'ils ne recoivent point du tout Jésus-Christ. Mais cela seroit trop clair : il se contente de dire « qu'ils ne voient et ne touchent dans le sacrement que ce qui est sensible. » Et que veut-il donc qu'on y voie et qu'on y touche, si ce n'est ce qui est

1 Ci-dessus, liv. IV, n. 23, — ? Conf. Buc., ibid., art. 22. — ? Ibid., art. 23.

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