‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 136 sur 387 · LIVRE VI, PIÈCES JUSTIFICATIVES, II · texte numérisé non relu

LIVRE VI, PIÈCES JUSTIFICATIVES, II

* qu'en ces eas on püt condamner le fidéle qui épouseroit une autre femme par le conseil de son pasteur, pourvu que ce ne füt pas à dessein d'introduire une loi nouvelle, mais seulement pour satisfaire à son besoin.

X. Puisque ce sont deux choses toutes différentes d'introduire une loi nouvelle et d’user de dispense à l'égard de la méme loi, nous supplions Votre Altesse de faire réflexion sur ce qui suit.

Premièrement, il faut prendre garde avant toutes choses que la pluralité des femmes ne s'introduise point dans le monde en forme de loi que tout le monde puisse suivre quand il voudra. Il faut en second lieu que Votre Altesse ait égard à l'effroyable scandale, qui ne manquera pas d'arriver, si elle donne occasion aux ennemis de l'Evangile de s'écrier que nous ressemblons anx anabaptistes qui font un jeu du mariage, et aux Turcs qui prennent autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir.

XI. En troisième lieu, que les actions des princes sont plus en vue que celles des particuliers.

XII. En quatrième lieu, que les inférieurs ne sont pas plutôt informés que les supérieurs font quelque chose , qu'ils s'imaginent avoir la liberté d'en faire autant, et que c'est par là que la licence devient générale,

XIII. En cinquième lieu, que les Etats de Votre Altesse sont remplis d'une noblesse farouche, fort opposée pour la plus grande partie à 'Evangile, à cause de l'espérance qu'on y a, comme dans les autres pays, de parvenir aux bénéfices des églises cathédrales dont le revenu est trèsgrand. Nous savons les impertinens discours. que des plus illustres de votre noblesse ont tenu ; et il est aisé de juger quelle seroit la disposition de votre noblesse et de vos autres sujets, si Votre Altesse introduisoit une semblable nouveauté.

XIV. En sixième lieu, que Votre Altesse, par une grace particulière de Dieu, est en grande réputation dans l'Empire et dans les pays étrangers ; et qu'il est à eraindre que l'on ne diminue beaucoup de l'estime et du respect que l'on a pour elle, si elle exécute le projet d'un double mariage. La multitude des scandales qui sont ici à craindre, nous oblige à conjurer Votre Altesse d'examiner la chose avec toute la maturité de jugement que Dieu lui a donnée. |

XV. Ce n'est pas aussi avec moins d'ardeur que nous conjurons Votre Altesse d'éviter en toute manière la fornication et l'adultére; et pour avouer sincèrement la vérité, nous avons eu longtemps un regret sensible de voir Votre Altesse abandonnée à de telles impuretés , qui pouvoient étre suivies des effets de la vengeance divine, de maladies et de beaucoup d'autres inconvéniens.

XVI. Nous prions encore Votre Altesse de ne pas croire que l'usage

nium levia peccata velit æstimare , sicut mundus hæc ventis tradere et parvipendere solet. Verüm Deus impudicitiam sæpè severissimè punivit : nam pena diluvii tribuitur regentum adulteriis. Item adulterium Davidis est severum vindictæ divinæ exemplum ; et Paulus sæpiüs ait : Deus non irridetur. Adulteri non introibunt in regnum Dei ; nam fidei obedientia comes esse debet, ut non contra conscientiam agamus , I. 7imoth., wt. Si cor nostrum non reprehenderit nos, possumus leti Deum invocare; et Rom., viu, si.carnalia desideria spiritu mortificaverimus, vivemus; si autem secundüm carnem ambulemus, hoc est si contra conscientiam agamus, moriemur.

XVII. Hzc referimus , ut consideret Deum ob talia vitia non ridere, prout aliqui audaces faciunt, et ethnicas cogitationes animo fovent. Libenter quoque intelleximus Vestram Celsitudinem ob ejusmodi vitia angi et conqueri. Incumbunt Celsitudini Vestre negotia totum mundum concernentia. Accedit Celsitudinis Vestre, complexio subtilis, et minimé robusta, ac pauci somni ; undé meritó corpori parcendum esset, quemadmodüm multi alii facere coguntur.

XVIIL. Legitur de laudatissimo principe Scanderbergo, qui multa praeclara facinora patravit contra duos Turcarum imperatores, Amurathem et Mahumetem, et Græciam , düm viveret, feliciter tuitus est ac conservavit. Hic suos milites sepiüs ad castimoniam hortari auditus est et dicere, nullam rem fortibus viris æquè animos demere ac venerem, Item quód si Vestra Celsitudo insuper alteram uxorem haberet, et nollet pravis affectibus et consuetudinibus repugnare, adhuc non esset Vestra Celsitudini consultum ac prospectum. Oportet unumquemque in externis istis suorum membrorum esse dominum, uti Paulus scribit : Curate ut membra vestra sint arma justitiæ. Quare Vestra Celsitudo in consideratione aliarum causarum, nempe scandali, curarum, laborum, ac sollicitudinum et corporis infirmitatis, velit hanc rem æquâ lance perpendere, et simul in memoriam revocare, quód Deus ei ex moderná conjuge pulehram sobolem utriusque sexüs dederit, ita ut contentus hác esse possit. Quot alii in suo matrimonio debent patientiam exercere ad vitandum scandalum? Nobis non sedet animo Celsitudinem Vestram ad tam dfificilem novitatem impellere aut inducere; nam ditio Vestra Cel-

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