‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 137 sur 387 · LIVRE VI, PIÈCES JUSTIFICATIVES, II · texte numérisé non relu

LIVRE VI, PIÈCES JUSTIFICATIVES, II

des femmes hors le mariage soit un péché léger et méprisable , comme le monde se le figure, puisque Dieu a souvent chátié l'impudicité par les peines les plus sévéres : que celle du déluge est attribuée aux adultéres des grands : que l'adultére de David a donné lieu à un exemple terrible de la vengeance divine : que saint Paul répéte souvent que l'on ne se moque point impunément de Dieu, et qu'il n'y aura point d'entrée pour les adultéres au royaume de Dieu. Car il est dit au second chapitre de l'Epitre première à Timothée que l’obéissance doit être compagne de la foi, si l'on veut éviter d'agir contre la conscience; au troisième chapitre de la première de saint Jean , que si notre cœur ne nous reproche rien, nous pouvons avec joie invoquer le nom de Dieu; et au chapitre vni de l'Epitre aux Romains, que nous vivrons, si nous mortifions par l'esprit les désirs de la chair : mais que nous mourrons au contraire, en marchant selon la chair, c'est-à-dire en agissant contre notre propre con- Science.

XVII. Nous avons rapporté ces passages, afin que Votre Altesse considére mieux que Dieu ne traite point enriant le vicede l'impureté, comme le supposent ceux qui, par une extrême audace , ont des sentimens païens sur ces matières. C'est avec plaisir que nous avons appris le trouble et les remords de conscience où Votre Altesse est maintenant pour eette sorte de défauts, et que nous avons entendu le repentir qu'elle en témoigne. Votre Altesse a présentement à négocier des affaires de la plus grande importance qui soient dans le monde: elle est d'une complexion fort délicate et fort vive : elle dort peu; et ces raisons, qui ont obligé tant d'autres personnes prudentes à ménager leurs corps, sont plus que suffisantes pour disposer Votre Altesse à les imiter.

XVIII. On lit de l'ineomparable Scanderberg, qui défit en tant de rencontres les deux plus puissans empereurs des Turcs Amurat II et Mahomet lI, et qui tant qu'il vécut préserva la Grèce de leur tyrannie, qu'il exhortoit souvent ses soldats à la chasteté, et leur disoit qu'il n'y avoit rien de si nuisible à leur profession que le plaisir de l'amour. Que si Votre Altesse, aprés avoir épousé une seconde femme , ne vouloit pas quitter sa vie licencieuse, le remède dont elle propose de se servir lui seroit inutile. Il faut que chacun soit le maître de son corps dans les actions extérieures, et qu'il fasse, suivant l'expression de saint Paul, que ses membres soient des armes de justice. Qu'il plaise done à Votre Altesse d'examiner sérieusement les considérations du scandale , des travaux, du soin, du chagrin et des maladies qui lui ont été représentées. Qu'elle se souvienne que Dieu lui a donné de la princesse sa femme un grand nombre d'enfans des deux sexes , si beaux et si bien nés, qu'elle a tout sujet d'en être satisfaite. Combien y en a-t-il d'autres qui doivent exercer la patience dans le mariage, par le seul motif d'éviter le scandale? Nous n'avons garde d’exciter Votre Altesse à introduire dans sa

situdinis, aliique nos impeterent, quod nobis eù minüs ferendum esset, quód ex precepto divino nobis incumbat matrimonium omniaque humana ad divinam institutionem dirigere, atque in eà quoad possibile, conservare omneque scandalum removere,

XIX. Is jam est mos seculi, ut culpa omnis in praedicatores conferatur, si quid difficultatis incidat, et humanum cor in summe et inferioris conditionis hominibus instabile, undé diversa pertimescenda.

XX. Si autem Vestra Celsitudo ab impudicá vità non abstineat , quod dicit sibi impossibile, optaremus Celsitudinem Vestram in meliori statu esse coràm Deo, et securà conscientià vivere ad propri: animae salutem et ditionum ae subditorum emolumentum.

XXI. Quód si deniqué Vestra Celsitudo omninó concluserit adhue unam conjugem ducere, judicamus id secreto faciendum , ut superius de dispensatione dictum; nempé, ut tantüm Vestra Celsitudini , illi persone ac paucis personis fidelibus constet Celsitudinis Vestræ animus et conscientia sub sigillo confessionis. Hine non sequuntur alicujus momenti contradictiones aut scandala. Nihil enim est inusitati principes concubinas alere ; et quamvis non omnibus è plebe constaret. rei ratio, tamen prudentiores intelligerent, et magis placeret hec moderata vivendi ratio , quàm adulterium et alii belluini et impudici actus ; nec curandi aliorum sermones, si recté cum conscientià agatur. Sic et in tantum hoc approbamus ; nam quod circa matrimonium in lege Mosis fuit permissum, Evangelium non revocat, aut vetat quod externum regimen non immutat; sed adfert æternam justitiam et æternam vitam, et orditur veram obedientiam erga Deum, et conatur corruptam naturam reparare.

XXII. Habet itaque Celsitudo Vestra non tantüm omnium nostrüm testimonium in casu necessitatis, sed etiam antecedentes nostras considerationes, quas rogamus , ut Vestra Celsitudo , tanquam laudatus, sapiens et christianus princeps velit ponderare. Oramus quoque Deum, ut velit Celsitudinem Vestram ducere ac regere ad suam laudem, et Vestrae Celsitudinis anims salutem.

XXIII. Quod attinet ad consilium hanc rem apud Cesarem tractandi, existimamus illum adulterium inter minora peccata numerare; nam

Page 1