LIVRE VI, PIÈCES JUSTIFICATIVES, II
maison une nouveauté si difficile. Nous attirerions sur nous, en le faisant, les reproches et la persécution, non-seulement des peuples de la Hesse, mais encore de tous les autres ; ce qui nous seroit d’autant moins supportable, que Dieu nous commande dans le ministère que nous exercons, de régler, autant qu'il nous sera possible, le mariage et les autres états de la vie humaine selon l'institution divine; de les conserver en cet état lorsque nous les y trouvons, et d'éviter toute sorte de scandale.
XIX. C'est maintenant la coutume du siécle de rejeter sur les prédicateurs de l'Evangile toute la faute des actions où ils ont eu tant soit peu de part, lorsque l'on y trouve à redire. Le cœur de l'homme est également inconstant dans les conditions les plus relevées et dans les plus basses, et on a tout à craindre de ce côté-là.
XX. Quant à ce que Votre Altesse dit qu’il ne lui est pas possible de s'abstenir de la vie impudique qu'elle màne tant qu'elle n'aura qu'une femme, nous souhaiterions qu'elle fût en meilleur état devant Dieu ;. qu'elle vécût en süreté de conscience; qu'elle travaillàt pour le salut de son ame, et qu'elle donnát à ses sujets un meilleur exemple.
XXI. Mais enfin si Votre Altesse est entièrement résolue d'épouser une seconde femme, nous jugeons qu'elle doit le faire secrétement, comme nous avons dit à l’occasion de la dispense qu'elle demaudoit pour le même sujet; c'est-à-dire qu'il n'y ait que la personne qu'elle épousera et peu d'autres personnes fidèles qui le sachent, en les obligeant au secret sous le sceau de la confession. Il n'y a point ici à craindre de contradiction, ni de scandale considérable; car il n'est point extraordinaire aux princes de nourrir des concubines; et quand le menu peuple s'en scandalisera , les plus éclairés se douteront de la vérité ; et les personnes prudentes aimeront toujours mieux cette vie modérée que l'adultére et les autres actions brutales. L'on ne doit pas se soueier beaucoup de ce qui s'en dira, pourvu que la conscience aille bien. C'est ainsi que nous l'approuvons, et dans les seules circonstances que nous venons de marquer : car l'Evangile n'a ni révoqué, ni défendu ce qui avoit été permis dans la loi de Moïse à l'égard du mariage. Jésus- Christ n'en a point changé la police extérieure; mais il a ajouté seulement la justice. et la vie éternelle pour récompense. Il enseigne la vraie manière d’obéir à Dieu, et il tâche de réparer la corruption de la nature.
XXII. Votre Altesse a donc dans cet écrit , non-seulement l'approbation de nous tous en cas de nécessité sur ce qu'elle désire, mais encore les réflexions que nous y avons faites : nous la prions de les peser en prince vertueux, sage et chrétien; et nous prions Dieu qu'il conduise tout pour sa gloire, et pour le salut de Votre Altesse.
XXIII. Pour ce qui est de la vue qu'a Votre Altesse de communiquer à l'Empereur l'affaire dont il s'agit avant que de la conclure, il nous
magnoperé verendum, illum papisticà , cardinalitià , italicá, hispanicá, sarracenicà imbutum fide, non curaturum Vestra Celsitudinis postulatum, et in proprium emolumentum vanis verbis sustentaturum , sicut intelligimus perfidum ac fallacem virum esse morisque germanici oblitum.
XXIV. Videt Celsitudo Vestra ipsa quód nullis necessitatibus christianis sinceré consulit. Turcam sinit imperturbatum , excitat tantüm rebelliones in Germanià, ut Burgundicam potentiam efferat. Quare optandum ut nulli christiani principes illius infidis machinationibus se misceant. Deus conservet Vestram Celsitudinem. Nos ad serviendum Vestro: Celsitudini sumus promptissimi. Datum Vittenbergæ, die Mercurii post festum sancti Nicolai 1539.
Vestri: Celsitudinis parati ac subjecti servi ,
ManrINUS LUTHER, PuiLiPPUs MELANCHTHON, MARTINUS BUCERUS , ÀNTO- NIUS CORVINUS, ADAM, JOANNES LENINGUS, JUSTUS WINTFERTE, DIONY- SIUS MELANTHER.
Ego Georgius Nuspicher, acceptà à Cesare potestate , notarius publieus et scriba, testor hoc meo chirographo publicé , quód hane copiam ex vero et inviolato originali proprià manu à Philippo Melanchthone exarato, ad instantiam et petitionem mei clementissimi Domini et Principis Hassiæ, ipse scripserim, et quinque foliis numero, except inseriptione, complexus sim ; etiam omnia proprie et diligenter auscultarim et contulerim , et in omnibus cum originali et subscriptione nominum concordet, De quà re iterüm testor proprià manu. GEoRGIUS NUSPICHER notarius. !
INSTRUMENTUM COPULATIONIS
PHILIPPI LANDGRAVII ET MARGARETJE DE SAAL.
IN NOMINE DowiNI. Amen.
Notum sit omnibus et singulis qui hoc publicum instrumentum vident, audiunt, legunt, quód anno post Christum natum 1540, die Mercurii mensis Martii, post. meridiem, eirca secundam circiter, indiclionis anno 13, potentissimi et invictissimi Romanorum Imperatoris