LIVRE VII, N. II
taires. Le Saint-Siége ayant condamné le divorce qu'il avoit fait apres vingt-cinq ans de mariage avec Catherine d'Arragon, veuve de son frère Arthus, et le mariage qu'il contracta avec Anne de Boulen , non-seulement il s'éleva contre l'autorité du Siége qui le condamnoit, mais encore par une entreprise inouie jusqu'alors parmi les chrétiens, il se déclara chef de l'Eglise anglicane tant au spirituel qu'au temporel; et c'est par là que commence la réformation anglicane, dont on nous a donné depuis quelques années une histoire si ingénieuse, et en méme temps si pleine de venin contre l'Eglise catholique.
Le docteur Gilbert Burnet, qui en est l'auteur, nous reproche dés sa préface et dans toute la suite de son histoire, d'avoir tiré beaucoup d'avantage de la conduite de Henri VIII et des premiers réformateurs de l'Angleterre. Il se plaint surtout de Sanderus, historien catholique, qu'il accuse d'avoir inventé des faits atroces, afin de rendre odieuse la réformation anglicane. Ces plaintes se tournent ensuite contre nous et contre la doctrine catholique. « Une religion, dit-il, fondée sur la fausseté et élevée sur l'imposture, peut se soutenir par les mêmes moyens qui lui ont donné naissance 1. » Il pousse encore plus loin cet outrageux discours : «Le livre de Sanderus peut bien étre utile à une église, qui jusques ici ne s'est agrandie que par des faussetés et des tromperies publiques. » Autant que sont noires les couleurs dont il nous dépeint, autant sont éclatans et pompeux les ornemens dont il pare son église. « La réformation , poursuit-il, a été un ouvrage de lumière; on n'a pas besoin du secours des ombres pour en relever l'éclat : et si l'on veut faire son apologie, il suffit d'écrire son histoire. » Voilà de belles paroles; et on n'en emploieroit pas de plus magnifiques, quand méme dans les changemens de l’Angleterre on auroit à nous faire voir la méme sainteté qui parut dans le christianisme naissant. Considérons done, puisqu'il le veut, cette histoire qui justifie la réformation par sa seule simplicité. Nous n'avons pas besoin d'un Sanderus; M. Burnet nous suffit pour bien entendre ce que c'est que cet ouvrage de lumière; et la seule suite des faits rapportés par cet adroit défenseur de la
1 Réfut. de Sand., tom. 1, p. 545.
TOM. XIV. - dA
On pose ici pour fondement l'histoire de M. Burnet: magnifiques paroles de ce docteur sur la réformation anglicane.
réformation anglicane, suffisent pour nous en donner une juste idée. Que si l'Angleterre y trouve des marques sensibles de l'aveuglement que Dieu répand quelquefois sur les rois et sur les peuples, qu'elle ne s'en prenne pas à moi, puisque je ne fais que suivre une histoire que son parlement en corps a honorée d'une approbation si authentique ‘; mais qu'elle adore les jugemens cachés de Dieu, qui n'a laissé aller les erreurs de cette savante et illustre nation jusqu'à un excès si visible, qu'afin de lui donner de plus faciles moyens de se reconnoitre.
ur. Le premier fait important que je remarque dans M. Burnet, est titan: celui qu'il avance dès sa préface, et qu'il fait paroitre ensuite dans mation tout son livre: c'est que lorsque Henri VIII commenca la réformencé pur mation, « il semble qu'il ne songeoit en tout cela qu'à intimider “égxlement JA cour de Rome, et à contraindre le Pape de le satisfaire : car “se dans son cœur il crut toujours les opinions les plus extravagantes nu e E l'Eglise romaine, telles que sont la transsubstantiation et les autres corruptions du sacrifice de la mésse: ainsi il mourut plutót dans cette communion que dans celle des protestans. » Quoi qu'en dise M. Burnet, nous n’accepterons pas la communion de ce prince qu'il semble nous offrir; et puisqu'il le rejette de la sienne, il résulte d'abord [io ce fait, que l'auteur de la réformation anglicane, et celui qui à vrai dire en a posé le véritable fondement dans la haine qu'il a inspirée contre le Pape et contre l'Eglise romaine, est un homme également rejeté et anathématisé de tous les partis.
ly. Ce qu’il y a ici de plus remarquable, c'est que ce prince ne
Quelle fut ta S'est pas contenté de croire en son cœur et de professer de bouche
"ww de tous ces points de croyance, que M. Burnet appelle les plus jo uA grandes et les plus extravagantes de nos corruptions : il les a données pour loi à toute l'église anglicane, « en sa nouvelle qualité de chef souverain de cette église sous Jésus-Christ. » Tl les a fait approuver par tous les évéques et par tous les parlemens, c'est-à-dire par tous les tribunaux , où consiste encore à présent dans la réformation anglicane, le souverain degré de l'autorité
1 Ext. des Rég.de la Chamb. des Seign. et des Comm., du 3 janv. 1681, 23 déc. 1680, et 5 janv. 1681, à la tête du tom. II de I'Hist. de Burner.