LIVRE VII, N. V-VII
ecclésiastique. ll les a fait souscrire et mettre en pratique par toute l'Angleterre, et en particulier par les Cromwel, par les Cranmer et par tous les autres héros de M. Burnet, qui luthériens ou zuingliens dans leur cœur et désirant d'établir le nouvel évangile, assistoïent néanmoins à l'ordinaire à la messe, comme au culte publice qu'on rendoit à Dieu , ou la disoient euxmémes; et en un mot, pratiquoient tout le reste de la doctrine et du service recu dans l'Eglise, malgré leur religion et leur conscience.
Thomas Cromwel fut celui que le roi établit son vicaire général Rs
au spirituel en 1535, incontinent après sa condamnation, et qu’en rent les
instrumens
1536 il fit son vice-gérant dans sa qualité de chef souverain de «ont s TOR. Servi
l'église !: par où il le mit à la tête de toutes les affaires ecclésias- uewi vut
dans la
tiques et de tout l'ordre sacré, quoiqu'il fût un simple laïque et = qu’il soit toujours demeuré tel. On n'avoit point encore trouvé ue cette dignité dans l'état des charges d'Angleterre, ni dans la no- dus le tice des offices de l'Empire, ni dans aucun royaume chrétien ; et SE Henri VIII fit voir pour la premiére fois à l'Angleterre et au monde chrétien un milord vice-gérant, et un vicaire général du roi au spirituel.
L'intime ami de Cromwel et celui qui conduisit le dessein dela vr.
Thomas
réformation anglicane, fut Thomas Cranmer, archevêque de Can- cranmer
est le hé-
torbéry. C’est le grand héros de M. Burnet. Ilabandonne Henri VIIT, LEER, dont les scandales et les cruautés sont trop connus. Mais il a bien
vu qu'en faire autant de Cranmer, qu'il regarde comme l'auteur
de la réformation, ce seroit nous donner d'abord une trop mauvaise idée de tout cet ouvrage. Il s'étend done sur les louanges de
ce prélat; et non content d'en admirer partout la modération , la piété et la prudence, il ne craint point de le faire autant ou plus irrépréhensible que saint Athanase et saint Cyrille, et d'un si rare mérite, que « jamais peut-étre prélat de l'Eglise n'a eu plus d'excellentes qualités et moins de défauts ?. »
Il est vrai qu'il ne faut pas compter beaucoup sur les louanges ME
Les héros
que M. Burnet donne aux héros de la Réforme : témoin celles lu
net ne sont
quil a données à Montluc, évêque de Valence. « C'étoit, dit-il, "* 1 Burn., Hist., tom. I, p. 244. — ? Préf., sur la fin.
jours, selon luimême, de fort honnétes gens:
ce qu'il raconte de Montluc, évêque de Valence.
un des plus sages ministres de son siècle, toujours modéré dans les délibérations qui regardoient la conscience ; ce qui le fit soupconner d'étre hérétique. Toute sa vie a les caractères d'un grand homme, et l'on ny sauroit guère blàmer que l'attachement inviolable qu'il eut durant tant d'années pour la reine Catherine de Médicis *. » Le crime sans doute étoit médiocre, puisqu'il devoit tout à cette princesse, qui d'ailleurs étoit sa reine, femme et mère de ses rois et toujours unie avec eux : de sorte que ce prélat, à qui on ne peut guère reprocher que d'avoir été fidèle à sa bienfaitrice, doit être, selon M. Burnet, un des hommes de son siècle des plus élevés au-dessus de tout reproche. Mais il ne faut pas prendre au pied de la lettre les éloges que ces réformés donnent aux héros de leur secte. Le même M. Burnet, dans le méme livre où il relève Montluc par cette belle louange, en parle ainsi: « Cet évéque a été célebre, mais il a eu ses défauts ?. » Aprés ce qu'il en a dit, on doit croire que ces défauts seront légers : mais qu'on achève, et on trouvera que « ces défauts qu'il a eus, » c'est seulement «de s'étre efforcé de corrompre la fille d’un seigneur d'Irlande qui l'avoit recu dans sa maison; » c'est d'avoir eu avec lui « une courtisane angloise qu'il entretenoit; » c'est que cette malheureuse ayant bu sans réflexion le précieux baume dont. Soliman avoit fait présent à ce prélat, «il en fut outré dans un tel excès, que ses cris réveillèrent tout le monde dans la maison, où l'on fut aussi témoin de ses emportemens et de son incontinence. » Voilà les petits défauts d'un prélat dont toute la vie « a les caractères d'un grand homme. » La Réforme, ou peu délicate en vertu, ou indulgente envers ses héros, leur pardonne facilement de semblables abominations ; et si pour avoir eu seulement une légère teinture de réformation, Montluc malgré de tels crimes est un homme presque irréprochable, il ne faut pas s'étonner que Cranmer, un si grand réformateur, ait pu mériter tant de louanges.
Ainsi sans dorénavant nous laisser surprendre aux éloges dont M. Burnet relève ses réformés, et surtout Cranmer, faisons l'histoire de ce prélat sur les faits qu'en a rapportés cet historien qui
1 ]Ie part., liv. I, p. 128. — ? Ibid., p. 312.