‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 146 sur 387 · LIVRE VII, N. VIII, IX · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. VIII, IX

est son perpétuel admirateur, et voyons en méme temps dans quel esprit la réformation a été concue.

Dès l'an 1529 Thomas Cranmer s'étoit mis à la tête du parti qui favorisoit le divorce avec Catherine, et le mariage que le roi avoit résolu avec Anne de Doulen !. En 1530 il fit un livre contre la validité du mariage de Catherine, et on peut juger de l'agrément quil trouva auprés d'un prince dont il flattoit la passion dominante. On commenca dés lors à le regarder à la cour comme une espèce de favori, qu'on croyoit devoir succéder au crédit du cardinal de Volsey. Cranmer étoit dès lors « engagé dans les sentimens de Luther?; » et, comme dit M. Burnet, il « étoit le plus estimé » de ceux quiles avoient embrassés ?. « Anne de Boulen, poursuit cet auteur, avoit aussi recu quelque teinture de cette doctrine. » Dans la suite il la fait paroitre tout à fait liée au sentiment de ceux qu'il appelle les réformateurs. Il faut toujours entendre par ce mot les ennemis ou cachés ou déclarés de la messe et de la doctrine catholique. « Tous ceux du méme parti , ajoutet-il, se déclaroient pour le divorce *. » Voilà les secrètes liaisons de Cranmer et de ses adhérens avec la maitresse de Henri : voilà les fondemens du crédit de ce nouveau confident et les commencemens de la Réforme d'Angleterre. Le malheureux prince, qui ne savoit rien de ces liaisons ni de ces desseins , se lioit lui-même insensiblement avec les ennemis de la foi qu'il avoit jusqu'alors si bien défendue, et par leurs trames secrétes il servoit sans y penser au dessein de la détruire.

Cranmer fut envoyé en Italie et à Rome pour l'affaire du divorce; et il y poussa si loin la dissimulation de ses erreurs, que le Pape le fit son pénitencier 5; ce qui montre qu'il étoit prêtre. Il accepta cette charge, tout luthérien qu'il étoit. De Rome il passa en Allemagne, pour y ménager les protestans ses bons amis; et ce fut alors qu'il épousa la sceur d'Osiandre. On dit qu'il l'avoit séduite, et qu'on le contraignit de l'épouser ^; mais je ne garantis point ees faits scandaleux, jusqu'à ce que je les trouve bien avérés par le témoignage des auteurs du parti, ou en tout cas non sus-

1 Burn., tom. I, liv. I, p. 193. — ? Jbid., p. 132. — ? Jbid., p. 135. — * Ibid. — 5 [bid., p. 136, 441. — € Ibid., p. 245.

vut.

Cranmer luthérien,

selon M. Burnet, Comment il entra en faveur auprés du Roi et d'Ànne de Boulen.

Cranmer envoyé à Rome pour le divorce, y est fait pénitencier du Pape: il se marie, quoique prétre, mais en secret.

pects. Pour le mariage, le fait est constant. Ces messieurs sont accoutumés, malgré les canons et malgré la profession de la continence, à tenir de tels mariages pour honnêtes. Mais Henri n'étoit pas de cet avis, et il détestoit les prétres qui se marioient. Cranmer avoit déjà été chassé du collége de Christ à Cambridge à cause d'un premier mariage. Le second, qu'il contracta dans la prétrise, lui eüt fait de bien plus terribles affaires, puisque méme, selon les canons, il eüt été exclu de ce saint ordre par un second mariage, quand il eüt été contracté devant la prétrise. Les réformateurs se jouoient en leur cœur et des saints canons et de leurs voeux : mais par la crainte de Henri il fallut tenir ce mariage fort caché, et ce grand réformateur commenca par tromper son maitre dans une matière si importante.

T Pendant qu'il étoit en Allemagne en l'an 1533, l'archevéché de Gamer, Cantorbéry vint à vaquer par la mort de Varham. Le roi d'Anglesème terre y nomma Cranmer : il l'accepta. Le Pape qui ne lui conbé prend nojssoit aucune autre erreur que celle de soutenir la nullité du

des bulles

du Pa, mariage de Henri, chose alors assez indécise, lui donna ses bulles :

quoique

mit Cranmer les reçut, et ne craignit pas de se souiller en recevant, 5%. comme on parloit dans le parti, le caractère de la bête. xi. A son sacre et devant que de procéder à l'ordination , il fit le

Le sacre de TENTE UT: , ^ " * e 5*4 serment de fidélité qu'on avoit accoutumé de faire au Pape depuis profession

de sum. quelques siècles. Ce ne fut pas sans scrupule, à ce que dit M. Bur-

sionenvers

w»a»: net; mais Cranmer étoit un homme d'aecommodement : il sauva ax tout, en protestant que par ce serment il ne prétendoit nullement mel «e dispenser de son devoir envers sa conscience, envers le roi et l'Etat: protestation en elle-méme fort inutile , car qui de nous prétend s'engager par ce serment à rien qui soit contraire à sa conscience, ou au service du roi et de son Etat? Loin qu'on prétende préjudicier à ces choses, il est méme exprimé dans ce serment qu'on le fait sans préjudice des droits de son ordre, salvo ordine meo ?. La soumission qu'on jure au Pape pour le spirituel, est d'un autre ordre que celle qu'on doit naturellement à son prince pour le temporel : et sans protestation nous avons toujours bien entendu que l'une n'apporte point de préjudice à l'autre.

1 Tom. I, livre 1I, p. 189. — ? Pontif. Rom., in consec. Ep.

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