‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 149 sur 387 · LIVRE VII, N. XVII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. XVII

fut celle de condamner des accusés sans les ouir, et de tendre des piéges aux innocens dans les formalités de la justice. Mais qu'y a-t-il de plus affreux que ce qu'ajoute ce même historien : « Que ce prince, soit qu'il ne pütsouffrir qu'on lui contredit, soit qu'il fût enflé du titre glorieux de chef de l'Eglise que ses peuples lui avoient déféré, soit que les louanges de ses flatteurs l’eussent gâté, se persuadoit que tous ses sujets étoient obligés de régler leur foi sur ses décisions !? » Voilà, comme dit M. Burnet, dans la vie d'un prince, « des taches si odieuses, qu'un honnéte homme ne sauroit l'en excuser; » e£ nous sommes obligés à cet auteur de nous avoir par son aveu sauvé la peine de rechercher des preuves de tous ces excès dans des histoires qui auroient pu pa-

, roitre plus suspectes. Mais ce qu'on ne peut dissimuler , c'est que Henri auparavant si éloigné de ces horribles désordres, n'y tomba, de l'aveu de M. Burnet, que dans les dix derniéres années de sa vie, c'est-à-dire qu'il y tomba incontinent après son divorce, après sa rupture ouverte avec l'Eglise, aprés qu'il eut usurpé par un exemple inoui dans tous les siécles la primauté ecclésiastique : et on est forcé d'avouer qu'une des causes de son prodigieux aveuglement fut « ce titre glorieux de chef de l'Eglise, que ses peuples lui avoient déféré. » Je laisse maintenant à penser au lecteur chrétien, si ce sont là des caractères d'un réformateur, ou d'un prince dont la justice divine venge les excès par d'autres excès, qu'elle livre aux désirs de son cœur, et qu'elle abandonne visiblement au sens réprouvé.

Le supplice de Fischer et de Morus , et tant d'autres sanglantes exécutions, répandirent la terreur dans les esprits : chacun jura la primauté de Henri, et on n'osa plus s'y opposer. Cette primauté fut établie par divers décrets du Parlement ; et le premier acte qu'en fit le roi, « fut de donner à Cromwel la qualité de son vieaire général » au spirituel, « et celle de visiteur de tous les couvens et de tous les privilégiés d'Angleterre *. » C'étoit proprement se déclarer Pape : et ce qu'il y a ici de plus remarquable , c'étoit remettre toute la puissance ecclésiastique entre les mains d'un zuinglien, ear je crois que Cromwel l'étoit; ou tout au moins

1 Tom, I, lib. III, p. 243. — ? Ibid., p. 244.

Cromwel fait vicegérent : tout concourt à exciler le roi contre la foi de l'Eglise.

Visite archiépiscopale de Cranmer par l'autorité du Roi,

. Déprédafion des biens des monastères.

d'un luthérien , si M. Burnet l'aime mieux ainsi. Nous avons vu que Cranmer étoit de méme parti, intime ami de Cromwel, et tous deux ils agissoient de concert pour pousser le roi irrité contre la foi ancienne ‘. La nouvelle reine les appuyoit de tout son pouvoir, et fit donner à Schaxton et à Latimer, ses aumôniers, autres protestans cachés, les évéchés de Salisburi et de Worchestre. Mais quoique tout füt si contraire à l'ancienne religion , et que les premières puissances ecclésiastiques et séculières conspirassent à la détruire de fond en comble, il n’est pas toujours au pouvoir des hommes de pousser leurs mauvais desseins aussi loin qu'ils veulent. Henri n'étoit irrité que contre le Pape et le Saint-Siége. Ce fut done cette autorité qu'il attaqua seule : et Dieu voulut que la réformation portàt sur le front, dés son origine, le caractere de la haine et de la vengeance de ce prince. Ainsi quelque aversion que le vicaire général eüt de la messe, il ne lui fut pas donné alors de prévaloir, comme un autre Antiochus, « contre le sacrifice perpétuel?. » Une de ses ordonnances de visite fut que chaque prétre diroit la messe tous les jours ?, et que les religieux observeroient soigneusement leur règle, et en particulier leurs trois vœux ^.

Cranmer fit aussi sa visite archiépiscopale dans sa province, mais ce fut «avec la permission du roi * : » on commencoit à faire tous les actes de la juridiction ecclésiastique par l'autorité royale. Tout le but de cette visite, comme de toutes les actions de ce temps, fut de bien établir la primauté ecclésiastique du roi. Le complaisant archevêque n'avoit rien tant à cœur alors; et le premier acte de juridiction que fit l'évéque du premier siége d'Angleterre, fut de mettre l'Eglise sous le joug, et de soumettre aux rois de la terre la puissance qu'elle avoit recue d'en haut.

Ces visites furent suivies de la suppression des monastères , dont le roi s'appropria le revenu. On cria dansla Réforme, comme dans l'Eglise , contre cette sacrilége déprédation des biens consacrés à Dieu : mais au caractère de vengeance que la réformation anglicane avoit déjà dans son commencement, il y fallut joindre

1 Tom. I, liv. II, p. 245. — ? Dan., vii, 12. — 3 Burn., tom. I, liv. III, p. 251. — * [bid., p. 248. — 5 Ibid., p. 241.

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