LIVRE VII, N. XX, XXI
celui d'une si honteuse avarice ; et ce fut un des premiers fruits de la primauté de Henri , qui se fit chef de l'Eglise pour la piller avec titre.
Un peu après, la reine Catherine mourut : «Illustre par sa piété, dit M. Burnet, et par son attachement aux choses du ciel, vivant dans l'austérité et dans la mortification, travaillant de ses propres mains, et songeant méme au milieu de sa grandeur à tenir ses femmes dans l'oecupation et dans le travail ! : » et afin que les vertus plus communes se joignent aux grandes , le méme historien ajoute que « les écrivains du temps nous la représentent comme une fort bonne femme. » Ces caractères sont bien différens de ceux de sa rivale, Anne de Boulen. Quand on voudroit la justifier des infamies dont ses favoris la chargèrent en mourant, M. Burnet ne nie pas que son enjouement ne füt immodeste , ses libertés indiscrétes, sa conduite irrégulière et licencieuse ?*. On ne vit jamais une honnéte femme , pour ne pas dire une reine , se laisser manquer de respect, jusqu'à souffrir des déclarations telles que des gens de toute qualité, et méme de la plus basse, en firent à cette princesse. Que dis-je, les souffrir? s'y plaire, et non-seulement y entrer, mais encore se les attirer elle-même , et ne rougir pas de dire à un de ses galans « qu'elle voyoit bien qu'il différoit de se marier dans l'espérance de l'épouser elle-méme après la mort du roi. » Ce sont toutes choses avouées par Anne; et loin d'en voir de plus mauvais œil ces hardis amans, il est certain, sans vouloir approfondir davantage, qu'elle ne les en traitoit que mieux. Au milieu de cette étrange conduite, on nous assure « qu'elle redoubloit ses bonnes œuvres et ses aumónes ? ; » et hors lavancement de la réformation prétendue que personne ne lui dispute, voilà tout ce qu'on nous dit de ses vertus.
Mais, à regarder les choses plus à fond, on ne peut s'empécher de reconnoitre la main de Dieu sur cette princesse. Elle ne jouit que trois ans de la gloire où tant de troubles l'avoient établie : de nouvelles amours la ruinèrent, comme la nouvelle amour qu'on eut pour elle l'avoit élevée ; et Henri, qui lui avoit sacrifié Cathe-
rine, la sacrifia bientôt elle-même à la jeunesse et aux charmes i
1 Tom. I, liv. Al, p. 261. — ? Ibid., p. 268, 211, 282, etc. — 5 Ibid., p. 266.
Mort de la reine Catherine :
parallèle de celte princesse avec Anne de Boulen.
Suile du parallèle , et marque visible du jugement de Dieu.
Cranmer casse le mariage du roi et "Anne,
de Jeanne Seymour. Mais Catherine en perdant les bonnes graces du roi, conserva du moins son estime. jusqu'à la fin, au lieu qu'il fit mourir Anne sur un échafaud comme une infáme. Cette mort arriva quelques mois aprés celle de Catherine. Mais Catherine sut conserver jusqu'à la fin le caractère de gravité et de constance qu'elle avoit eu dans tout le cours de sa vie *. Pour Anne, au moment qu'elle fut prise, pendant qu'elle prioit Dieu fondant en larmes, on la vit éclater de rire comme une personne insensée ? : les paroles qu'elle prononcoit dans son transport, contre ses amans qui l'avoient trahie, faisoient voir le désordre oü elle étoit, et le trouble de sa conscience. Mais voici la marque visible de la main de Dieu. Le roi, toujours abandonné à ses nouvelles amours, fit casser son mariage avec Anne en faveur de Jeanne Seymour, comme il avoit, en faveur d'Anne, fait casser le mariage de Catherine. Elisabeth, fille d'Anne, fut déclarée illégitime, comme Marie fille de Catherine l’avoit été. Par un juste jugement de Dieu, Anne tomba dans un abime semblable à celui qu'elle avoit creusé à sa rivale innocente. Mais Catherine soutint jusqu'à la mort avec la dignité de reine la vérité de son mariage, et l'honneur de la naissance de Marie : au contraire par une honteuse complaisance Anne reconnut, ce qui n'étoit pas, qu'elle avoit épousé Henri durant la vie de milord Perci, avec lequel elle avoit auparavant contracté ; et contre sa conscience, en avouant que son mariage avec le roi étoit nul, elle enveloppa dans sa honte sa fille Elisabeth. Afin qu'on vit la justice de Dieu plus manifeste dans ce mémorable événement, Cranmer, ce méme Cranmer qui avoit cassé le mariage de Catherine, cassa encore celui d'Anne, à laquelle il devoit tout. Dieu frappa d'aveuglement tout ce qui avoit contribué à la rupture d'un mariage aussi solennel que celui de Catherine : Henri, Anne, l'archevéque méme, rien ne s'en sauva. L'indigne foiblesse de Cranmer etson extréme ingratitude envers Anne, furent l'horreur de tous les gens de bien ; etsa honteuse complaisance à casser tous les mariages au gré de Henri, ôtèrent à sa première sentence toute l'apparence d'autorité que le nom d'un archevéque lui pouvoit donner.
1 Tom. I, liv. III, p. 260, 261. — ? P. 270.