‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 151 sur 387 · LIVRE VII, N. XXII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. XXII

M. Burnet voit avec peine une tache si odieuse dans la vie de son grand réformateur : et il dit pour l'excuser qu'Anne déclara en sa présence son mariage avec Perci, qui emportoit la nullité de celui qu'elle avoit fait avec le roi; de sorte qu'il ne pouvoit s'empécher de la séparer d'avec ce prince, ni de donner sa sentence pour la nullité de ce mariage'. Mais c’est iciuneillusion trop manifeste : il étoit notoire en Angleterre que l'engagement d'Anne avec Perci, loin d’être un mariage conclu, comme on dit, par paroles de présent, n'étoit pas méme une promesse d'un mariage à conclure, mais une simple proposition d'un mariage désiré par le milord ? : ce qui bien loin d'annuler un autre mariage contracté depuis, n'eüt pas méme été un empéchement à le faire. M. Burnet en convient, et il établit tous ces faits comme constans 5. Cranmer, qui avoit su tout le secret du roi et d'Anne, n'avoit pu lesignorer ; et Perci, ce prétendu mari dela reine, avoit déclaré par serment, en présence de cetarchevéque et encore de celui d'York, « quil n'y avoit jamais eu de contrat ni méme de promesse de mariage entrelui et Anne. Pourrendre ce serment plus solennel, il reçut la communion » aprés sa déclaration, en présence des principaux du eonseil d'Etat, « souhaitant que la réception de ce sacrement füt suivie de sa damnation, s'il avoit été dans un enga-

-gement de cette nature. » Un serment si solennel recu par Cranmer, lui faisoit bien voir que l'aveu d'Anne n'étoit paslibre. Quand elle le fit, elle étoit condamnée à mort, et comme dit M. Burnet, «encore étourdie del'arrét terrible qui avoit été rendu contre elle*.» Les lois la condamnoient au feu, et tout l'adoucissement dépendoit du roi. Cranmer pouvoit bien juger qu'en cet état on lui feroit avouer tout ce qu'on voudroit, en lui promettant « de lui sauver la vie, ou tout au moins d'adoucir son supplice. » C'est alors qu'un archevêque doit prêter sa voix àune personne opprimée, que son trouble ou l'espérance d'adoucir sa peine, fait parler contre sa conscience. Si Anne sa bienfaitrice ne letouchoit pas, il devoit du moins avoir pitié de l'innocence d'Elisabeth, qu'on alloit déclarer née en adultere, et comme telle incapable de succéder à la couronne , sans

1 Tom. I, liv. lI, p. 281. — ? Liv, I, 71 ; liv. lI, 276, etc, — ? Liv. Ill, 276. — ^ p. 271.

La lücheté de Cranmer mal excusée par M.Burnet.

Exécution d'Anne de Boulen.

Définitions de Henri sur la foi.

1l confirme celle de

l'Eglise sur le sacrement de pénitence,

autre fondement que celui d'une déclaration forcée de la reine sa mère. Dieu n'a donné tant d'autorité aux évêques, qu'afin qu'ils puissent préter leur voix aux infirmes et leur force aux oppressés. Mais il ne falloit pas attendre de Cranmer des vertus qu'il ne con- . noissoit pas : il n'eut pas méme le courage de représenter au roi la manifeste contrariété des deux sentences qu'il faisoit prononcer contre Anne !, dont l'une la condamnoit à mort comme ayant souillé la couche royale par son adultère, et l'autre déclaroit qu'elle n'étoit pas mariée avec le roi. Cranmer dissimula une iniquité si criante; et tout ce qu'il fit en faveur de la malheureuse princesse, fut d'écrire au roi une lettre où il souhaite « qu'elle se trouve innocente ?, » qu'il finit par une apostille, où il témoigne son déplaisir de ce que les fautes de cette princesse « sont prouvées, » comme on l'en assure : tant il craignoit de laisser Henri dans la pensée qu'il püt improuver ce qu'il faisoit.

On avoit cru son crédit ébranlé par la chute d'Anne. En effet il avoit recu d'abord des défenses de voir le Roi : mais il sut bientôt se rétablir aux dépens de sa bienfaitrice et par la cassation de son mariage. La malheureuse espéra en vain de fléchir le roi, en avouant tout ce qu'il vouloit. Cet aveu ne lui sauva que le feu. Henri lui fit couper la tête *. Le jour de l'exécution , elle se consola sur ce qu'elle avoit oui dire que « l'exécuteur étoit fort habile; et d'ailleurs, ajouta-t-elle, j'ai le cou assez petit. Au méme temps , dit le témoin de sa mort, elle y a porté la main , et, s'est mise à rire de tout son cœur *, » soit par l'ostentation d'une intrépidité outrée, soit que la tête lui eût tourné dans les approches de la mort; et il semble, quoi qu'il en soit, que Dieu vouloit, quelque affreuse que füt la fin de cette princesse, qu'elle tint autant du ridicule que du tragique.

1l est temps de raconter les définitions de foi que Henri fit en Angleterre comme chef souverain de l'Eglise. Voici dans les articles qu'il dressa lui-même, la confirmation de la doctrine catholique. On y trouve « l'absolution du prêtre » comme « une chose instituée par Jésus-Christ, et aussi bonne que si Dieu la donnoit

1 Tom. 1, liv. III, p. 271. — ? Ibid., p. 213, 214. — 5 Ibid,, p. 211. — * Ibid., p. 219.

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