LIVRE VII. N. XXXIE- XXXIIT
rance plutôt que par politique ou par foiblesse ‘. » Mais n'est-ce nia: pas se moquer trop visiblement que de faire ignorer aux réfor- ^ ^ mateurs ce qu'il y avoit de plus essentiel dans la Réforme? Si Cranmer et ses adhérens approuvoient de bonne foi tous ces articles, et même la messe, en quoi donc étoient-ils luthériens? Et
s'ils rejetoient dès lors en leur cœur tous ces prétendus abus, comme on n'en peut douter, leur signature qu'est-ce autre chose qu'une honteuse prostitution de leur conscience? Cependant à quelque prix que ce soit, M. Burnet veut que dés lors on ait réformé, à cause que dés le premier article de la définition de Henri on recommandoit au peuple «la foi à l'Ecriture et aux trois Symboles ?, » avec défense de rien dire qui n'y füt conforme : chose que personne ne nioit, et qui ainsi n'avoit pas besoin d'étre réformée.
Voilà les articles de foi donnés par Henri en 1536. Mais quoiqu'il n'eüt pas tout mis, et qu'en particulier il y eüt quatre sacremens dont il n'avoit fait aucune mention , la confirmation, l'extréme-onction, l'ordre et le mariage, il est très-constant d'ailleurs qu'il n'y changea rien, non plus que dans les autres points de notre foi : mais il voulut en particulier exprimer dans ses articles ce qu'il y avoit alors de plus controversé, afin de ne laisser aucun doute de sa persévérance dans l'ancienne foi.
En ce méme temps, par le conseil de Cromwel et pour engager NN sa noblesse dans ses sentimens, il vendit aux gentilshommes de sager là chaque province les terres des couvens qui avoient été supprimés, an li vend et les leur donna à fort bas prix *. Voilà les adresses des réforma- de Pts teurs , et les liens par où l’on tenoit à la réformation. Bu
Le vice-gérent publia aussi un nouveau règlement ecclésias- xxu. tique, dont le fondement étoit la doctrine des articles qu'on vient «cux de voir si conformes à la doctrine catholique. M. Burnet trouve zi» beaucoup d'apparence à croire que ce règlement fut dressé par infu d Cranmer *, et nous donne une nouvelle preuve que cet arche- quils di véque étoit capable en matière de religion des dissimulations les dans leur plus eriminelles. Pe
Henri s'expliqua encore plus précisément sur l'ancienne ij Lee
* Burn., tom. ], liv. IIT, p. 299. — ? P, 293, 298. — ? P. 305. — ^ p, 308,
ticles de Henri.
Lemariage du roi avec Anne de Cléves.
Dessein de Cromwel qui le proposa.
Nouvelles amours du roi.
Cromwel condamné à mort.
dans la déclaration de ces six articles fameux qu'il publia en 1539. Il établissoit dans le premier la transsubstantiation : dans le second, la communion sous une espèce : dans le troisième , le célibat des prétres, avec la peine de mort contre ceux qui y contreviendroient : dans le quatrième, l'obligation de garder les vœux; dans le cinquième, les messes particulières ; dans le sixième, la nécessité de la confession auriculaire *. Ces articles furent publiés par l'autorité du roi et du Parlement, à peine de mort pour ceux qui les combattroient opiniâtrément, et de prison pour les autres autant de temps qu'il plairoit au roi.
Pendant que Henri se déclaroit d'une manière si terrible contre la réformation prétendue, Cromwel le vice-gérent et l'archevéque ne voyolent plus d'autre moyen de l'avancer, qu'en donnant au roi une femme qui protégeàt leurs personnes et leurs desseins. La reine Jeanne Seymour étoit morte dés l'an 1537 en accouchant d'Edouard ?. Si elle n'éprouva pas la légèreté de Henri, M. Burnet reconnoit qu'elle en est apparemment redevable à la brieveté de sa vie *. Cromwel, qui se souvenoit combien les femmes de Henri avoient de pouvoir sur lui tant qu'elles en étoient aimées, crut que la beauté d'Anne de Cléves seroit propre à seconder ses desseins , et porta le roi à l'épouser. Mais par malheur ce prince devint amoureux de Catherine Howard *; et à peine eut-il accompli son mariage avec Anne, qu'il tourna toutes ses pensées à le rompre. Le vice-gérent porta la peine de l'avoir conseillé, et trouva sa perte où il avoit cru trouver son soutien. On s'apereut. qu'il donnoit une secréte protection aux nouveaux prédicateurs ennemis des six articles et de la présence réelle, que le roi défendoit avec ardeur *. Quelques paroles qu'il dit à cette oecasion contre le roi, furent rapportées. Ainsi par l'ordre de ce prince, le Parlement le condamna comme hérétique et traître à l'Etat. On remarqua qu'il fut condamné sans être oui *; et qu'ainsi il porta la peine du détestable conseil dont il avoit été le premier auteur, de condamner des accusés sans les entendre. Et on dira que la main de Dieu n'est pas visible sur ces malheureux réformateurs, qui
! Tom. 1, livre III, p. 352. — ? P. 351. — 8 P. 282. — * p. 379. — 5 P. 381, — * p. 363, 382, 538.