LIVRE VII, N. XXXVIII-XL
Cranmer souscrivit à tout avec les autres: car, encore que M. Burnet témoigne que quelquesarticles avoient passé contre son avis, il cédoit à la pluralité, et on ne nous marque aucune opposition de sa part au décret commun. La même exposition avoit été publiée par l'autorité du roi dès l'an 4538, signée de dix-neuf évêques, de huitarchidiacres et de dix-sept docteurs, sans aucune opposition. Voilà quelle étoit alors la foi de l’église anglicane et de Henri, qu'elle s'étoit donné pour chef. L'archevéque passoit tout contre sa conscience. La volonté de son maitre étoit sa reg le supréme; et au lieu du Saint-Siége avec l'Eglise catholique, c'étoit le roi seul qui devenoit infaillible.
Cependant il continuoit à dire la messe qu'il rejetoit dans son cœur, encore qu'on n'eüt rien changé dans les Missels. M. Burnet demeure d'accord que « les altérations furent si légères, qu'on ne fut point obligé de faire imprimer de nouveau ni les Bréviaires, ni les Missels, ni aucun office : car, poursuit cet historien, en effacant quelques collectes où on prioit Dieu pour le Pape, l'office de Thomas Becquet » (c'est saint Thomas de Cantorbéry) « et celui des autres Saints retranchés ! ; » et en faisant outre cela quelques « ratures peu considérables, » on se servit toujours des mémes livres. On pratiquoit donc au fond le même culte. Cranmer s'en accommodoit; et si nous voulons savoir toute sa peine, c'est, comme nous l'apprend M. Burnet, qu'à la réserve de Fox, évéque de Hereford,aussi dissimulé que lui, « les autres évéques de son parti l'embarrassoient plus qu'ils ne lui étoient utiles, à cause qu'ils ne connoissoient ni la prudence politique, ni l'art des ménagemens; de sorte qu'ils attaquoient ouvertement des choses qu'on n'avoit pas encore abolies ?. » Cranmer, quitrahissoit sa conscience et qui attaquoit sourdement ce qu'il approuvoit et pratiquoit en publie, étoit plus habile, puisqu'il savoit porter « la politique et l'art des ménagemens » jusqu'au plus intime de la religion.
On s'étonnera peut-étre comment un homme de cette humeur osa parler contre les six articles, car c'est là le seul endroit où M. Burnet le fait courageux : mais il nous en découvre lui-même la cause *. C'est qu'il avoit «un intérêt particulier » dans l'article
Hypocrisie de Cranmer, qui souscrit à tout.
On ne
changea
rien de considérable dans les Missels et autres livres d'Eglise. Suite des hypocrisies de Cranmer,
Conduite de Cranmer sur les six arlicles.
Récit de sur la résistance de Cranmer,
Honteuses pensées de Cranmer sur l'autorité ecclésiastique , qu'il sacri-
fie à la royauté,
qui condamnoit à mort les prêtres mariés, puisqu'alors il l'étoit lui-même. Laisser passer dans le Parlement en loi de l'Etat sa propre condamnation, c'eüt été trop, et sa crainte lui fit alors montrer quelque sorte de vigueur : ainsi en parlant assez foiblement contre quelques autres articles, il s’expliqua beaucoup contre celui-là. Mais après tout, on ne voit pas qu'il ait fait autre effort en cette rencontre, si ce n'est qu'après avoir tâché vainement de dissuader la loi, il se rangea selon sa coutume à l'avis commun.
Mais voici le plus grand acte de son courage. M. Burnet, sur la foi d'un auteur de la Vie de Cranmer, veut que nous croyions que le roi inquiété par Cranmer.sur la loi des six articles, voulut savoir pourquoi il s'y opposoit, et qu'il ordonna au prélat de mettre ses raisons par écrit *. Il le fit. Son écrit mis au net par son secrétaire, tomba entre les mains d'un ennemi de Cranmer. On le porta aussitót à Cromwel, qui vivoit encore, dans le dessein d'en faire prendre l'auteur. Mais Cromwel éluda la chose, et « Cranmer sortit ainsi d'un pas dangereux. »
Ce récit est tout propre à nous faire voir que le roi ne savoit rien en effet de l'écrit de Cranmer contre les articles ; que s'il l'eüt su, le prélat étoit perdu; et enfin qu'il ne se sauvoit que par une adresse et une dissimulation continuelle : en tout cas si M. Burnet l'aime mieux ainsi, je veux bien croire que le roi trouvoit dans Cranmer une si grande facilité d'approuver dans le publie tout ce que son maitre vouloit, que ce prince n'avoit pas besoin de se mettre en peine de ce que pensoit dans son cœur un homme si. complaisant, et ne pouvoit se défaire d'un si commode conseil.
Ce n'étoit pas seulement dans ses nouvelles amours qu'il le trouvoit si flatteur : Cranmer avoit fabriqué dans son esprit cette nouvelle idée de chef de l'Eglise attachée à la royauté; et ce qu'il en dit dans une pièce que M. Burnet a donnée dans son recueil, est inoui. ll enseigne donc « que le prince chrétien est commis immédiatement de Dieu, autant pour ce qui regarde l'administration de la parole, que pour l'administration du gouvernement politique : que dans ces deux administrations il doit avoir des ministres qu'il établisse au-dessous de lui, comme par exemple