LIVRE VII, N. XLIII, XLIV
le chancelier et le trésorier, les maires et les shérifs dans le civil ; et les évêques, curés, vicaires et prêtres, qu? auront titre par Sa Majesté dans l'administration de la parole, comme par exemple l’évêque de Cantorbéry, le curé de Winwick et les autres : que tous les officiers et ministres, tant de ce genre que de tout autre, doivent étre destinés, assignés et élus par les soins et les ordres des princes, avec diverses solennités qui ne sont pas de nécessité, mais de bienséance seulement ; de sorte que si ces charges étoient données [par le prince sans de telles solennités, elles ne seroient pas moins données; et qu'il n'y a pas plus de promesse de Dieu que la grace soit donnée dans l'établissement d'un office ecclésiastique, que dans l'établissement d'un office politique. »
Après avoir ainsi établi tout le ministère ecclésiastique sur une simple délégation des princes, sans méme que l'ordination ou la consécration ecclésiastique y füt nécessaire, il va au devant d'une objection qui se présente d'abord à l'esprit : c’est à savoir comment les pasteurs exercoient leur autorité sous les princes infidéles; et il répond conformément à ses principes, qu'en ce temps il n'y avoit pas dans l'Eglise de vrai « pouvoir » ou « commandement ; » mais que le peuple acceptoit ceux qui étoient présentés par les apótres, ou autres qu'il eroyoit remplis de l'Esprit de Dieu, « de sa seule volonté libre; » et dans la suite les écoutoit « comme un bon peuple prét à obéir aux avis de bons conseillers. » Voilà ce que dit Cranmer dans une assemblée d'évéques, et voilà l'idée qu'il avoit de cette puissance que Jésus-Christ a donnée à ses ministres.
Je n'ai pas besoin de rejeter ce prodige de doctrine tant réfuté par Calvin et par tous les autres protestans, puisque M. Burnet en rougit lui-méme pour Cranmer, et veut prendre pour rétractation de ce sentiment ce qu'il a souscrit ailleurs de l'institution divine des évéques. Mais outre que nous avons vu que ses souscriptions ne sont pas toujours une preuve de ses sentimens, je dirai encore à M. Burnet qu'il nous cache avec trop d'adresse les vrais sentimens de Cranmer. Il ne lui importoit pas que l'institution des évéques et des prétres füt divine, et il reconnoit cette vérité dans la piéce méme dont nous venons de produire l'extrait : caril y est
1 Rec., 17e part., liv. III, n. 21, p. 201.
Réponse de Cranmer à une objection.
Honteuse doctrine sur l'autoxité de l'Eglise durant les perséculions.
Cranmer a toujours persisté dans ce sentiment.
expressément porté à la fin, que « tout le monde, » et Cranmer par conséquent, « étoit d'avis que les apôtres avoient recu de Dieu le pouvoir de créer des évêques ! » ou des pasteurs. C'est aussi ce qu'on ne pouvoit nier sans contredire trop ouvertement l'Evangile. Mais la prétention de Cranmer et de ses adhérens, étoit que Jésus-Christ instituoit les pasteurs pour exercer leur puissance, comme dépendante du prince dans toutes leurs fonctions ; ce qui est sans difficulté la plus inouie et la plus scandaleuse flatterie qui soit jamais tombée dons l'esprit des hommes.
QE. De là done il est arrivé que Henri VIII donnoit pouvoir aux
e dogme , «
qui fit évêques de visiter leurs diocèses avec cette préface : «Que toute
émaner de
la royauté juridiction , tant ecclésiastique que séculière , venoit de la puis-
toute l'au-
torité ec. SANCE royale, comme de la source première de toute magistrature que,misen dans chaque royaume : que ceux qui jusqu'alors avoient exercé md précairement cette puissance, la devoient reconnoitre comme venue de la libéralité du prince, ef la quitter quand il lui plairoit : que sur ce fondement il donne pouvoir à tel évéque de visiter son diocèse comme vicaire du Roi et par son autorité de promouvoir aux ordres sacrés et méme à la prétrise, ceux qu'il trouvera à propos ?; » et en un mot, d'exercer toutes les fonctions épiscopales, « avec pouvoir de subdéléguer, » s’il le jugeoit néces-
saire.
xvi. Ne disons rien contre une doctrine qui se détruit elle-même
Cranmer
ait sui par son propre excès, et remarquons seulement cette affreuse pro-
vant ce
dogme,qui position qui fait la puissance des évêques tellement émanée de
est le seul
où la Ré celle du roi, qu’elle est même révocable à sa volonté.
ms vaié. Cranmer étoit si persuadé de cette puissance royale, qu'il n'eut pas de honte lui-même, archevêque de Cantorbéry et primat de toute l’église d'Angleterre, de recevoir une semblable commission sous Edouard VI, lorsqu'il réforma l'Eglise à sa mode ?, et ce fut le seul article qu'il retint de ceux que Henri avoit publiés.
XLVII. On poussa si loin cette puissance dans la réformation angli-
Scrupule
de lareine Cane, qu'Elisabeth en eut du scrupule ; et l'horreur qu'on eut de Éhsabetn
su le pou- Voir une femme chef souverain de l'Eglise et source de la puis-
1 Rec., Ire part., liv. III, n. 21. — ? Commiss. à Bonner., ibid., n. 14, p. 184. — 3 Burn., Ile part., liv. I, p. 90.