‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 157 sur 387 · LIVRE VII, N. XLVIII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. XLVIII

sance pastorale dont elle est incapable par son sexe, fit qu'on ouvrit enfin les yeux aux excès où on s'étoit emporté ! . Mais nous verrons que sans en changer le fond ni la force, on y apporta seulement des adoucissemens palliatifs; et M. Burnet déplore encore aujourd'hui de voir « l'excommunication, un acte si purement ecclésiastique dont on devoit remettre le droit entre les mains des évéques et du clergé, abandonnée à des tribunaux sécularisés ?, » c’est-à-dire non-seulement aux rois, mais encore à leurs officiers : « erreur, poursuit ce docteur, qui s'est accrue à un tel point, qu'il est plus facile d'en découvrir les inconvéniens , que d'en marquer les remédes. »

Et certainement je ne pense pas qu'on puisse rien imaginer de plus contradictoire d'un côté, que de dénier aux rois l'administration de la parole et des sacremens; et de l'autre, de leur accorder l'excommunication , qui en effet n'est autre chose que la parole céleste armée de la censure qui vient du ciel, et une partie des plus essentielles de l'administration des sacremens , puisqu'assurément le droit d'en priver les fidéles ne peut appartenir qu'à ceux qui sont aussi établis de Dieu pour les leur donner. Mais l'église anglicane est encore allée plus loin, puisqu'elle attribue à ses rois et à l'autorité séculière, le droit d'autoriser les Rituels et les Liturgies, et méme de décider en dernier ressort des vérités de la foi, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus intime dans l'administration des sacremens , et de plus inséparablement attaché à la prédieation de la parole. Et tant sous Henri VIII que dans les régnes suivans, nous ne voyons ni Liturgie, ni Rituel, ni confession de foi, qui ne tire sa dernière force de l'autorité des rois et des parlemens , comme la suite le fera connoitre. On a passé jusqu'à cet excés, qu'au lieu que les empereurs orthodoxes , s'ils faisoient anciennement quelques constitutions sur la foi, ou ils ne le faisoient qu'en exécution des décrets de l'Eglise, ou bien ils en attendoient la confirmation de leurs ordonnances : on enseignoit au contraire (a) en Angleterre , « que les décisions des conciles sur la foi n'avoient nulle force sans l'approbation des

1 Burn., [Ie part., liv. III, p. 558, 571. — ? II* part., liv. I, p. 65.

(a) 1re édit. : Mais au contraire on enseignoit.

voir qu'on lui donnoit dans l'E-

glise,

Contradiclion manifeste dans la doctrine anglicane.

Les flatteries de Cranmer et les désordres de Henri, sources de la Réforme en Angle-

lerre.

L, Inutile à la foi d'exa-

princes !; et c’est la belle idée que donnoit Cranmer des décisions de l'Eglise dans un discours rapporté par M. Burnet.

Cette réforme avoit donc son origine dans les flatteries de cet archevéque, et dans les désordres de Henri VIII. M. Burnet prend beaucoup de peine à entasser des exemples de princes très-déréglés dont Dieu s'est servi pour de grands ouvrages ?. Qui en doute ? Mais sans examiner les histoires qu'il en rapporte, où il méle le vrai avec le faux, et le certain avec le douteux, montrerat-il un seul exemple où Dieu voulant révéler aux hommes quelque vérité importante et inconnue durant tant de siècles, pour ne pas dire entiérement inouie, ait choisi un roi aussi scandaleux que Henri VIII et un évéque aussi làche et aussi corrompu que Cranmer ? Si le schisme de l'Angleterre, si la réformation anglicane est un ouvrage divin, rien n'y sera plus divin que la primauté ecclésiastique du roi, puisque ce n'est pas seulement par là que la rupture avec Rome, c'est-à-dire selon les protestans , le fondement nécessaire de toute bonne réforme a commencé, mais que c'est encore le seul point où l'on n'a jamais varié depuis le schisme. Dieua choisi Henri VIII pour introduire ce nouveau dogme parmi les chrétiens, et tout ensemble il a choisi ce méme prince pour étre un exemple de ses jugemens les plus profonds et les plus terribles : non de ceux où il renverse les trónes, et donne à des rois impies une fin manifestement tragique; mais de ceux oü les livrant à leurs passions et à leurs flatteurs , il les laisse se précipiter dans le plus excessif aveuglement (a). Cependant il les retient autant qu'il lui plait sur ce penchant, pour faire éclater en eux ce qu'il veut que nous sachions de ses conseils. Henri VIII n'attente rien contre les autres vérités catholiques. La Chaire de saint Pierre est la seule qui est attaquée : l'univers a vu par ce moyen que le dessein de ce prince n'a été que de se venger de cette puissance pontificale qui le eondamnoit, et que sa haine fut la règle de sa foi.

Aprés cela je n'ai pas besoin d'examiner tout ce que raconte M. Burnet, ni sur les intrigues des conclaves , ni sur la conduite

1 [Ie part., liv. I, p. 251. — ? Préf.

(a) 1r* édit. : Dans le comble de l’aveuglement,

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