‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 16 sur 387 · LIVRE J, N. VI · texte numérisé non relu

LIVRE J, N. VI

et Jean Hus. L’appât le plus ordinaire dont ils seservoient pour attirer les ames infirmes dans leurs lacets, étoit la haine qu'ils leur inspiroient pour les pasteurs de l'Eglise : par cet esprit d'aigreur on ne respiroit que la rupture ; et il ne faut pas s'étonner si dans le temps de Luther, oü les invectives et l'aigreur contre le clergé furent portées à la derniére extrémité , on vit aussi la rupture la plus violente et la plus grande apostasie qu'on eüt peut-étre jamais vue jusqu'alors dans la chrétienté.

Martin Luther, augustin de profession , docteur et professeur en théologie dans l'université de Vitenberg, donna le branle à ces mouvemens. Les deux partis de ceux qui se sont dits réformés, l'ont également reconnu pour l'auteur de cette nouvelle réformation. Ce n'a pas été seulement les luthériens ses sectateurs qui lui ont donné à l'envi de grandes louanges. Calvin admire Souvent ses vertus, sa magnanimité , sa constance , l'industrie incomparable qu'il a fait paroitre contre le Pape; c'est la trompette, ou plutôt c'est le tonnerre; c'est le foudre quia tiré le monde de sa léthargie; ce n'étoit pas Luther qui parloit, c'étoit Dieu qui foudroyoit par sa bouche *.

Il est vrai qu'il eut de la force dans le génie, de la véhémence dans ses discours, une éloquence vive et impétueuse , qui entrainoit les peuples et les ravissoit; une hardiesse extraordinaire quand il se vit soutenu et applaudi, avec un air d'autorité qui faisoit trembler devant lui ses disciples : de sorte qu'ils n'osoient le contredire ni dans les grandes choses ni dans les petites.

Il faudroit ici raconter les commencemens de la querelle de 1541, s'ils n'étoient connus de tout le monde. Mais qui ne sait la publication des indulgences de Léon X, et la jalousie des augustins contre les jacobins qu'on leur avoit préférés en ‘cette occasion? Qui ne sait que Luther, docteur augustin, choisi pour maintenir l'honneur de son ordre, attaqua premièrement les abus que plusieurs faisoient des indulgences, et les excés qu'on en préchoit? Mais il étoit trop ardent pour se renfermer dans ces bornes : des abus il passa bientót à la chose méme. Il avancoit par

1 Calv., II. Def. cont. Vestph., opusc. f. 785, 187 et seq.; Resp. cont. Pigh., ibid., fol. 137, 141, etc.

VE Les commencemens de Luther :

ses quali-

tés.

degrés et encore qu'il allât toujours diminuant les indulgences, et les réduisant presque à rien par la manière de les expliquer : dans le fond il faisoit semblant d’être d’accord avec ses adversaires, puisque lorsqu'il mit ses propositions par écrit, il y en eut une couchée en ces termes : « Si quelqu'un nie la vérité des indulgences du Pape, qu'il soit anathème *. »

Cependant une matière le menoit à l'autre. Comme celle de la justification et de l'efficace des sacremens touchoit de près à celle des indulgences, Luther se jeta sur ces deux articles, et cette dispute devint bientót la plus importante.

vi. La justification, c'est la grace qui nous remettant nos péchés, mat dk nous rend en méme temps agréables à Dieu. On avoit eru jusréforme de , . cire *4 3 pot, . :

Luther: qu'alors que ce qui faisoit cet effet devoit à la vérité venir de Dieu, cetme mais enfin devoit être en nous ; et que pour être justifié, c'est-à- "pate dire de pécheur être fait juste, il falloit avoir en soi la justice, E comme pour étre savant et vertueux, il faut avoir en soi la science | et la vertu. Mais Luther n'avoit pas suivi une idée si simple. Il vouloit que ce qui nous justifie, et ce qui nous rend agréables aux yeux de Dieu, ne füt rien en nous; mais que nous fussions justifiés, parce que Dieu nous imputoit la justice de Jésus-Christ comme si elle eüt été la nótre propre, et parce qu'en effet nous pouvions nous l'approprier par la foi.

vum. — Maisle secret de cette foi justifiante avoit encore quelque chose "ads de bien particulier : c’est qu'elle ne consistoit pas à croire en gédni néralau Sauveur, à ses mystéres et à ses promesses; mais à jsii Croire trés-certainement, chacun dans son cœur, que tous nos Es péchés nous étoient remis. On étoit justifié , disoit sans cesse Luther, dés qu'on croyoit l'étre avec certitude; et la certitude qu'il exigeoit n'étoit pas seulement cette certitude morale, qui fondée sur des motifs raisonnables exclut l'agitation et le trouble : mais une certitude absolue, une certitude infaillible, oà le pécheur devoit croire qu'il étoit justifié, dela méme foi dont il croit que Jésus-Christ est venu au monde *.

Sans cette certitude il n'y avoit point de justification pour le

1! Prop. 1517, 71, tom. I, Viteb.— ? Luth., prop. 1518, fol. 52; Serm.de Indulg.;. fol. 61; Act. ap. Legat. Apost., fol. 211; Luth. ad Frider., fol, 222.

Qc

Page 1