‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 160 sur 387 · LIVRE VII, N. LX, LXI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. LX, LXI

Que la plupart de ceux de Paris furent pour lui, et que plusieurs crurent qu'ils l'avoient fait, plutôt persuadés par l'argent du roi, que par ses raisons'.» L'autre dit aussi «que Henri rechercha l'avis des théologiens, et en particulier de ceux de Paris, et que le bruit étoit que ceux-ci gagnés par argent avoient souscrit au divorce ?. » ;

Je ne veux pas décider si la conclusion de la Faculté de théologie de Paris, que M. Burnet produit en faveur des prétentions de Henri *, est véritable; d'autres que moi traiteront cette queslion : mais je dirai seulement qu'elle est trés-suspecte, tant à cause du style fort différent de celui dont la Faculté a coutume d'user qu'à cause que la conclusion de M. Burnet est datée du 2 juillet 1530 aux Mathurins ; au lieu qu'en ce temps et quelques années auparavant, les assemblées de la Faculté se tenoient ordinairement en Sorbonne (a).

Dans les notes que Charles Dumoulin , ce célèbre jurisconsulte, a faites sur les conseils de Décius, il y est parlé d'une délibération des docteurs en théologie de Paris en faveur du roi d'Angleterre le premier juin 1530 *; mais cet auteur la marque eu Sorbonne. Au reste il fait peu de cas de cette délibération, où l'avis favorable au roi d'Angleterre « passa de cinquante-trois contre quarantedeux, » c'est-à-dire de huit voix seulement, «dont, dit-il, on ne devoit pas beaucoup se mettre en peine, à cause des angelots d'Angleterre qu'on avoit distribués pour les acheter : » ce qu'il assure avoir reconnu par « des attestations que les présidens Dufresne et Poliot en avoient données par ordre de Francois I". » D’où il conclut que le « vrai avis de la Sorbonne, » c'est-à-dire le naturel et celui qui n'avoit pas été acheté, étoit celui qui favorisoit le mariage de Henri et de Catherine. Au surplus il est bien certain que dans le temps de la délibération, Francois, qui favorisoit alors le roi d'Angleterre, avoit chargé M. Liset, premier président, de solliciter pour lui les docteurs, comme il paroit par les lettres qu'on aencore en original dans la Bibliothèque du roi, où il rend compte

1 Hist. del. Conc. Trid., lib. 1, ann. 1534. — ? Th. Hist., lib. 1, an. 1534, qp. 20. — ? Rec. des Pièces, I part., liv. II, p. 8, n. 34. — ^ Not. ad Cons., 602.

(a) 17e édit. : Se tenoient plus ordinairement en Sorbonne qu'aux Mathurins. TOM. XIV. 19

Touchant la consul-

lation prélendue de la Faculté de théologie de Paris.

Récit du jurisconsulte Charles Dumoulin,

Raisons de la décision

de Clément VII.

de ses diligences. Savoir maintenant si cette délibération fut faite par la Faculté assemblée en corps, ou si c'est seulement l'avis de plusieurs docteurs, qu'on publia en Angleterre sous le nom de la Faculté, comme il arrive en cas semblable, c'est ce qu'il ne m'importe guère d'examiner. On voit assez que la conscience du roi d'Angleterre étoit plutót chargée que soulagée par de semblables consultations, faites par brigues, par argent et par l'autorité de deux si grands rois. Les autres, qu'on nous rapporte, ne se firent pas de meilleure foi. M. Burnet raconte lui-méme une lettre de l'agent du roi d'Angleterre en Italie, qui écrit « que s'il avoit assez d'argent, il engageroit tous les théologiens d'Italie à signer !. » C'étoit donc l'argent, et non pas la volonté qui lui manquoit. Mais sans m'arréter davantage aux historiettes que M. Burnet nous rapporte avec une si vaine exactitude ?, il n’y a personne qui n'avoue que Clément VII eût été trop indigne de sa place, si dans une affaire de cette importance il avoit eu le moindre égard à ces consultations mendiées.

En effet la question fut déterminée par des principes plus solides. I1 paroissoit clairement que la défense du Zévitique ne portoit point le caractere d’une loi naturelle et indispensable, puisque Dieu y dérogeoit en d'autres endroits. La dispense de Jules IT, appuyée sur cette raison, avoit un fondement si probable, qu'il parut tel méme aux protestans d'Allemagne. Qu'il y ait pu avoir sur cette matière quelque diversité de sentimens, c'est assez qu'il ne füt pas évident que la dispense füt contraire aux lois divines,. auxquelles les chrétiens sont obligés. Cette matière étoit done de la nature de celles où tout dépend de la prudence des supérieurs, et dans lesquelles la bonne foi doit faire le repos des consciences. Il n'étoit aussi que trop visible que sans ses nouvelles amours Henri VIII n'auroit jamais fatigué l'Eglise de la honteuse proposition d'un divorce, aprés un mariage contracté et continué de bonne foi depuis tant d'années. Voilà le noeud de l'affaire; et sans parler de la procédure, où peut-être on aura mêlé de la politique bonne ou mauvaise, le fond de la décision de Clément VII sera un témoignage aux siècles futurs, que l'Eglise ne sait point flatter © 1 Liv. I, p. 138. — ? Ibid.

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