LIVRE VII, N. LXIII-LXV
les passions des princes, ni approuver les actions scandaleuses.
Nous pourrions finir en ce lieu ce qui regarde le régne de Henri VIII, si M. Burnet ne nous obligeoit à considérer deux commencemens de réformation qu'il y remarque : l'un, que ce prince ait mis l'Ecriture sainte dans les mains du peuple; et l'autre, qu'il ait montré que chaque nation pouvoit se réformer d' clés même.
Pour ce qui regarde la Bible, voici ce qu’en disoit Henri VIII en 1540, à la tête de l'Exposition chrétienne dont nous avons parlé. Que « puisqu'il y avoit des docteurs dont l'office étoit d'instruire les autres hommes, il falloit aussi qu'il y eüt des auditeurs qui se contentassent d'entendre expliquer la sainte Ecriture, qui en imprimassent la substance dans leurs cœurs , et qui en suivissent les préceptes dans leur conduite, sans Sancius cue de la lire eux-mêmes : et que c'étoit là le xoti qui l'avoit porté à priver plusieurs de ses sujets de l'usage de la Bible, leur laissant au reste l'avantage de l'entendre interpréter à leurs pasteurs :. »
Ensuite il en accorda la lecture , la même année, à condition que « le peuple ne se donneroit pas la liberté d'expliquer les Ecritures, et d'en tirer des raisonnemens ?; » ce qui étoit les obliger de nouveau à se rapporter dans l'interprétation de l'Ecriture à l'Eglise et à leurs pasteurs ; auquel cas on est d'accord que la lecture de ce divin livre ne pouvoit étre que trés-salutaire. Au reste si l'on mit alors la Bible en langue vulgaire, il n'y avoit rien de nouveau dans cette pratique. Nous avons de semblables versions à l'usage des catholiques dans les siècles qui ont précédé les prétendus réformateurs, et ce n'est pas là un point de nos controverses.
Quand M. Burnet a prétendu que le progrés de la nouvelle réformation étoit dà à la lecture des livres divins qu'on permit au peuple, il devoit dire que cette lecture étoit précédée de prédications artificieuses, par où l'on avoit rempli l'esprit des peuples de nouvelles interprétations. Ainsi un peuple ignorant et passionné ne trouvoit en effet dans l'Ecriture que les erreurs dont il étoit prévenu; et la témérité qu’on lui inspiroit de juger par son propre
! Liv. lll, p. 402. — ? Liv. IIT, p. 445.
Deux points de Réforme sous Henri VIII, selon M. Burnet,
LXIV, Ier point.
La leeture de l'Eeriture. Comment elle fut accordée au
peuple sous Henri NEDIS
LXY.
Si les progrés de la Réforme sont dus à la lecture de l'Ecrilure, et comment
esprit du vrai sens de l'Ecriture, et de former sa foi de lui-même achevoit de le perdre. Voilà comme les peuples ignorans et prévenus trouvoient la réformation prétendue dans l’Ecriture : mais il n'y a point d'homme de bonne foi qui ne m'avoue que par les mémes moyens les peuples y auroient trouvé l'arianisme aussi clair, qu'ils se sont imaginés y trouver le luthéranisme ou le ealvinisme.
xv Lorsqu'on a mis dans la tête d'un peuple ignorant que tout est
Comment , . , . » >»
on déçoit Si clair dans l’Ecriture, qu'il y entend tout ce qu'il y faut en-
les hom- >. * + .
mes pa tendre, et qu'ainsi il se peut passer du jugement de tous les pas-
l'Ecriture ty . y ep
mat inter. teurs et de tous les siècles : il prend pour vérité constante le pre-
UU ^ mier sens qui se présente à son esprit, et celui auquel il est accoutumé lui paroit toujours le plus naturel. Mais il faudroit lui faire entendre que c’est là souvent la lettre qui tue, et que c'est dans les passages qui paroissent les plus clairs que Dieu a souvent caché les plus grandes et les plus terribles profondeurs.
vi. Par exemple, M. Burnet nous propose ce passage : « Buvez-en
Preuve pa . , . . .
N. Burnet TOUS, » comme un des plus clairs qu'on se puisse imaginer, et
des piéges
qu'on tend Celui qui nous mène le plus promptement à la nécessité des deux aux sim- x T . »* * *
Si ped especes. Mais il va voir par les choses qu'il avoue lui-méme, que prétendue
metals deii qu'il trouve si clair devient un piége aux ignorans : carvcelte parole : « Buvez-en tous,» dans l'institution de l'Eucharistie , quelque claire: qu'il veuille se l'imaginer, aprés tout ne l'est pas plus que celle-ci dans l'institution de la Pâque : « Vous mangerez » l'agneau pascal, « avec la robe retroussée et un bâton à la. main ! : » debout par conséquent et dans la posture de gens prêts à partir; car c'étoit là en effet l'esprit de ce sacrement. Toutefois M. Burnet nous apprend que les Juifs ne le pratiquoient point ainsi ? : qu'ils étoient couchés en mangeaut l'agneau , comme dans les autres repas, selon la coutume du pays; et que « ce changement, » qu'ils apportèrent à l'institution divine , étoit « si peu criminel, que Jésus-Christ ne fit pas de serupule de s'y conformer. » Jelui demande en ce cas si un homme qui auroit prisà la lettre ce commandement divin, sans consulter la tradition et l'interprétation de l'Eglise, n'y auroit pas trouvé sa mort cer- 1 Exod., Xi, 411. — ? Burn., Ile part., liv. I, p. 259. m 1