LIVRE VII, N. LXVIII, LXIX
taine, puisqu'il y auroit trouvé la condamnation de Jésus-Christ 1 et puisque cet auteur ajoute après qu’on doit attribuer « à l'Eglise chrétienne la méme puissance qu'à l'Eglise judaique : » pourquoi dans la nouvelle Páque un chrétien croira-t-il avoir tout vu sur la Cène en lisant les paroles de l'institution? Et ne sera-t-il pas obligé d'examiner outre ces paroles la tradition de l'Eglise, pour savoir ce qu'elle a toujours regardé dans la communion comme nécessaire et indispensable? (Jen est assez , sans pousser plus avant cet examen , pour faire voir à M. Burnet qu'on ne peut se dispenser d'y entrer, et que la clarté prétendue qu'un ignorant eroit trouver dans ces paroles : « Buvez-en tous, » n'est qu'une illusion.
Pour le second fondement de réformation qu'on prétend posé zxvur. par Henri VIII, M. Burnet le fait consister en ce qu'on déclara arr. que «l'église de chaque Etat faisoit un corps entier, et qu'ainsi denn l'Eglise anglicane pouvoit sous l'autorité et de l'aveu de son chef, ». Burnet. c'est-à-dire de son roi, examiner et réformer les corruptions, soit d 4 de la doctrine ou du service ‘. » Voilà de belles paroles. Mais ipit qu'on en pénètre le sens, on verra qu'une telle réformation n'est principe autre chose qu'un schisme. Une nation qui se regarde comme un que, lo « corps entier, » qui règle sa foi en particulier sans avoir égard à ie ce qu'on croit dans tout le reste de l'Eglise, est une nation qui se gler sa foi détache de l'Eglise universelle, et qui renonce à l'unité de la foi ne
e tout le
et des sentimens , tant recommandée à l'Eglise par Jésus-Christ reste de et par ses apôtres. Quand une Eglise ainsi cantonnée se donne "^ son roi pour son chef, elle se fait en matière de religion un principe d'unité que Jésus-Christ et l'Evangile n'ont pas établi ; elle change l'Eglise en corps politique, et donne lieu à ériger autant d'églises séparées qu'il se peut former d'Etats. Cette idée de réformation et d'Eglise est née dans l'esprit de Henri VIII et de ses flatteurs, et jamais les chrétiens ne l'avoient connue.
On nous dit que « tous les conciles provineiaux de l'ancienne E Eglise fournissoient l'exemple d'une semblable pratique, ayant regis condamné les hérésies et réformé les abus ?. » Mais cela, c'est visi- iva à
blement donner le change. Il est bien vrai que les conciles pro- gli, © 3 Préf., le part., liv. Ill, p. 403, — 2 Ibid., Préf.
comme le prétend
Si l'Eglise anglicane eut raison de croire qu'il étoit trop difficile en nos jours de consulter la foi de toute l'Eglise.
vinciaux ont dû condamner d'abord les hérésies qui s'élevoient dans leur pays : car pour y remédier, eüt-il fallu attendre que le mal gagnât, et que toute l'Eglise en fût avertie ? Aussi n'est-ce pas là notre question. Ce qu'il falloit nous faire voir, c'est que ces églises se regardassent comme «un corps entier, » à la manière qu'on le fit en Angleterre, et qu'on y réformât la doctrine sans prendre pour règle ce qu'on croyoit unanimement dans tout le corps de l'Eglise. C'est de quoi on ne produira jamais aucun exemple. Lorsque les Pères d'Afrique condamnèrent l'hérésie naissante de Célestius et de Pélage, ils posérent pour fondement la défense d'entendre l'Ecriture sainte «autrement que toute l'Eglise catholique répandue par toute la terre ne l'avoit toujours entendue!.» Alexandre d'Alexandrie posa le méme fondement contre Arius, lorsqu'il dit en le condamnant : « Nous ne connoissons qu'une seule Eglise catholique et apostolique, qui ne pouvant étre renversée par toute la puissance du monde, détruit toute impiété et toute hérésie. » Et encore : « Nous eroyons dans tous ces articles ce qu'il a plu à l'Eglise apostolique *. » C'est ainsi que les évêques et les conciles particuliers condamnoient les hérésies par un premier jugement, en se conformant à la foi commune de tout le corps. On envoyoit ces décrets à toutes les églises ; et c'étoit de cette unité qu'ils tiroient leur dernière force.
Mais on dit que le remède du concile universel, aisé sous l'empire romain, lorsque les églises avoient un souverain commun, est devenu trop difficile depuis que la chrétienté est partagée en. tant d'Etats ? : autre illusion. Car premièrement le consentement des églises peut se déclarer par d'autres voies que par les conciles universels : témoin dans saint Cyprien la condamnation de Novatien ; témoin celle de Paul de Samosate, dont on a écrit qu'il avoit été condamné « par le concile et le jugement de tous les évéques du monde *, » parce que tous avoient consenti au concile tenu contre lui à Antioche; témoin enfin les pélagiens et tant d'autres hérésies, qui sans concile universel ont été suffisamment condam= nées par l'autorité réunie du Pape et de tous les évéques. Lorsque
1 Conc. Milev., cap. 11. — ? Ep. Alexand.; Epist. Alexand. ad Alexand. Constantinop. — ? Burn., loc. cit. — * Epist. Alex. ad Alex. Constantin.