‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 163 sur 387 · LIVRE VII, N. LXXI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. LXXI

les besoins de l'Eglise ont demandé qu'on assemblàt un concile universel, le Saint-Esprit en a bien trouvé les moyens ; et tant de coneiles qui se sont lenus depuis la chute de l'empire romain ont bien fait voir que pour assembler les pasteurs, quand il a fallu, on n'avoit pas besoin de son secours. C'est qu'il y a dans l'Eglise catholique un principe d'unité indépendant des rois de la terre. Le nier, c'est faire l'Eglise leur captive, et rendre défectueux le céleste gouvernement institué par Jésus-Christ. Mais les protestans d'Angleterre n'ont pas voulu reconnoitre cette unité, à cause que le Saint-Siége en est dans l'extérieur le principal et ordinaire lien; et ils ont mieux aimé, méme en matiere de religion , avoir leurs rois pour leurs chefs, que de reconnoitre dans la chaire de saint Pierre un principe établi de Dieu pour l'unité chrétienne. Les six articles publiés de l'autorité du roi et du Parlement tinrent lieu de loi durant tout le règne de Henri VIII. Mais que peuvent sur les consciences des décrets de religion, qui tirant leur force de l'autorité royale, à qui Dieu n’a rien commis de semblable, n'ont rien que de politique? Encore que Henri VIII les soutint par des supplices innombrables, et qu'il fit mourir cruellement non-seulement les catholiques qui détestoient sa suprématie, mais encore les luthériens et les zuingliens qui attaquoient aussi les autres articles de sa foi: toutes sortes d'erreurs se couloient insensiblement dans l'Angleterre ; et les peuples ne surent plus à quoi se tenir, quand ils virent qu'on avoit méprisé la chaire de saint Pierre, d’où l'on savoit que la foi étoit venue en cette grande ile, soit qu'on voulüt regarder la conversion de ses anciens habitans sousle pape saint Eleuthère, soit qu'on s'arrétàt

Toutes sortes de nouveautés s'introduisoient en Angleterre malgré les rigueurs de Henri VII, et pourquoi.

à celle des Anglois qui fut procurée par le pape saint Grégoire.

Tout l'état de l'Eglise anglicane, tout l'ordre de la discipline, toute la disposition de la hiérarchie dans ce royaume, et enfin la mission aussi bien que la consécration de ses évéques, venoit si certainement de ce grand Pape et de la chaire de saint Pierre, ou des évéques qui la regardoient comme le chef de leur communion, que les Anglois.ne pouvoient renoncer à cette sainte puissance, sans affoiblir parmi eux l'origine méme du christianisme, et toute l'autorité des anciennes traditions.

On raisonna en Angleterre sur de faux principes, lorsqu'on y rejeta la primauté du Pape.

Si le pape S. Grégoi- TÉ, sous qui les Anglois furent convertis, aeu d'autres sentimens que les nólres sur l'autorité de son

Siége.

Mort de Henri VIII

Lorsqu'on voulut affoiblir en Angleterre l'autorité du Saint- Siége, on remarqua « que saint Grégoire avoit refusé le titre d'évéque universel à peu prés dans le méme temps qu'il travailloit à la conversion de l'Angleterre : et ainsi, concluoient Cranmer et ses associés, lorsque nos ancétres recurent la foi, l'autorité du Siége de Rome étoit dans une louable modération *. »

Sans disputer vainement sur ce titre d'universel que les Papes ne prennent jamais, et qui peut étre plus ou moins supportable selon les divers sens dont on le prend, voyons un peu dans le fond ce que saint Grégoire, qui le rejetoit, croyoit cependant de l'autorité de son Siége. Deux passages connus de tout le monde vont décider cette question. « Pour ce qui regarde, dit-il , l'Eglise de Constantinople, qui doute qu'elle ne soit soumise au Siége apostolique ? ce que l'Empereur et Eusèbe notre frère, évêque de cette ville, ne cessent de reconnoitre ?. » Et dans la lettre suivante, en parlant d'un primat d'Afrique : « Quant à ce qu'il dit, qu'il est soumis au Siége apostolique, je ne sache aucun évêque qui n'y soit soumis lorsqu'il se trouve dans quelque faute. Au surplus quand la faute ne l'exige pas, nous sommes tous frères selon la loi de l'humilité *. » Voilà done manifestement tous les évéques soumis à l'autorité et à la correction du Saint-Siége; et cette autorité reconnue méme par l'Eglise de Constantinople, la seconde Eglise du monde dans ces temps-là en dignité et en puissance. Voilà le fond de la puissance pontificale : le reste, que la coutume ou la tolérance , ou l'abus méme, si l'on veut, pourroit avoir introduit ou augmenté, pouvoit étre conservé, ou souffert, ou étendu plus ou moins, selon que l'ordre, la paix et la tranquillité publique le demandoit. Le christianisme étoit né en Angleterre avec la reconnoissance de cette autorité. Henri VIII ne la put souffrir, « méme avec cette louable modération » que Cranmer reconnoissoit dans saint Grégoire : sa passion et sa politique la lui firent attacher à sa couronne, et ce fut par une si étrange nouveauté qu'il ouvrit la porte à toutes les autres.

On dit que, sur la fin de-ses jours, ce malheureux prince eut

1 Burn., lre part., liv. 1I, p. 204, — ? Lib. VII, epist. xiv. — ? Lib. VII ep. Lxv. :

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