‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 164 sur 387 · LIVRE. VII, N. LXXV, LXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE. VII, N. LXXV, LXXVI

quelques remords des excès où il s’étoit laissé emporter , et qu’il appela les évêques pour y chercher quelque remède. Je ne le sais pas : ceux qui veulent toujours trouver dans les pécheurs scandaleux , et surtout dans les rois, de ces vifs remords qu'on a vus dans un Antiochus, ne connoissent pas toutes les voies de Dieu , et ne font pas assez de réflexion sur le mortel assoupissement et la fausse paix où il laisse quelquefois ses plus grands ennemis. Quoi qu'il en soit, quand Henri VIII auroit consulté ses évêques , que pouvoit-on attendre d'un corps qui avoit mis l'Eglise et la vérité sous le joug? Quelque démonstration que fit Henri de vouloir dans cette occasion des conseils sincères, il ne pouvoit rendre aux évêques la liberté que ses cruautés leur avoient ôtée : ils craignoient les fâcheux retours auxquels ce prince étoit sujet; et celui qui n'avoit pu entendre la vérité de la bouche de Thomas Morus son chancelier, et de celle du saint évêque de Rochestre , qu'il fit mourir l'un et l'autre pour la lui avoir dite franchement, mérita de ne l'entendre jamais.

Il mourut en cet état , et il ne faut pas s'étonner si les choses empirèrent par sa mort. Peu à peu tout va en ruine, quand on a ébranlé les fondemens. Edouard VI, son fils unique, lui succéda selon les lois de l'Etat. Comme il n'avoit que dix ans, le royaume fut gouverné par un conseil que le roi défunt avoit établi : mais Edouard Seymour, frére de la reine Jeanne et oncle maternel du jeune roi , eut l'autorité principale avec le titre de protecteur du royaume d'Angleterre. Il étoit zuinglien dans le cœur, et Cranmer étoit son intime ami. Cet archevéque cessa donc alors de dissimuler, et tout le venin qu'il avoit dans le cœur contre l'Eglise catholique parut.

Pour préparer la voie à la réformation qu'on méditoit sous le nom du roi, on commença par le reconnoitre , comme on avoit fait Henri, pour chef souverain de l'Eglise anglicane au spirituel et au temporel. La maxime qu'on avoit établie dés le temps de Henri VIII, étoit que «le roi tenoit la place du Pape en Angleterre *. » Mais on donnoit à cette nouvelle papauté des prérogatives que le Pape n'avoit jamais prétendues. Les évéques prirent + 1 Burn., Ire part.. liv. II, p. 229, 230.

Tout change après sa mort. Le tuteur du jeune roi est zuinglien.

Fondement de la Réforme sur la ruine de l'autorité ecclésias-

lique.

d'Edouard de nouvelles commissions révocables à la volonté du roi, comme Henri l’avoit déjà déclaré; et on crut que pour avancer la réformation « il falloit tenir les évéques sous le joug d'une puissance arbitraire !. » L'archevéque de Cantorbéry, primat d'Angleterre , fut le premier à baisser la téte sous ce joug honteux. Je ne m'en étonne pas, puisque c'étoit lui qui inspiroit tous ces sentimens : les autres suivirent ce pernicieux exemple. On se relâcha un peu dans la suite; et les évêques furent obligés à recevoir comme une grace, que le roi « donnât les évéchés à vie?. » On expliquoit bien nettement dans leur commission, comme on avoit fait sous Henri , selon la doctrine de Cranmer, que la puissance épiscopale , aussi bien que celle des magistrats séculiers, émanoit de la royauté comme de sa source; que les évéques ne l'exercoient que « précairement, » et qu'ils devoient « l'abandonner à la volonté du roi, » d’où elle leur étoit communiquée. Le roi leur donnoit pouvoir « d'ordonner et de déposer les ministres, de se servir des censures ecclésiastiques contre les personnes scandaleuses; et en un mot, de faire tous les devoirs de la charge pastorale, » tout cela « au nom du roi, et sous son autorité ?. » On reconnoissoit en méme temps que cette charge pastorale étoit établie « par la parole de Dieu; » car il falloit bien nommer cette parole dont on vouloit se faire honneur. Mais encore qu'on n'y trouvât rien pour la puissance royale que ce qui regardoit l'ordre des affaires du siécle, on ne laissa pas de l'étendre jusqu'à ce qu'il y a de plus sacré dans les pasteurs. On expédioit une commission du roi à qui on vouloit pour sacrer un nouvel évéque. Ainsi selon la nouvelle hiérarchie, comme l'évéque n'étoit sacré que par l'autorité royale, ce n'étoit que par la même autorité qu'il célébroit les ordinations. La forme méme et les prières de l'ordination, tant des évêques que des prêtres, furent réglées au Parlement *. On en fit autant de la liturgie, ou du service publie , et de toute l'administration des sacremens. En un mot, tout étoit soumis à la puissance royale; et en abolissant l’ancien droit, le Parlement devoit faire encore le nouveau corps de canons *. Tous

. 1 Burn., Ile part., liv. I, p. 8, 332; Rec. des pièces, lle part., liv. I, p. 90. — ? Ibid., et 221. — 3 Ibid., 332. — + Ibid., p. 212, 216, 217. — 5 Ibid., 213, 214.

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