‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 166 sur 387 · LIVRE VII, N. LXXX, LXXXI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. LXXX, LXXXI

on y admet par ce moyen tous les fanatiques. Un an aprés on changea encore. Il fallut ôter aux évéques le pouvoir d'autoriser les prédicateurs, et le réserver au roi et à l'archevéque t. » Par ce moyen il sera aisé de faire précher telle hérésie qu'on voudra. Mais je n'en suis pas à remarquer les effets de cette ordonnance. Ce qu'il faut considérer, c'est qu'on ait remis au prince seul toute l'autorité de la parole. On poussa la chose si loin, qu'apres avoir déclaré au peuple que le roi faisoit travailler à óter toutes les matières de controverses, « on défendoit » en attendant « généralement à tous les prédicateurs de précher dans quelque assemblée que ce füt ?. » Voilà donc la prédication suspendue par tout le royaume , la bouche fermée aux évéques par l'autorité du roi, et tout en attente de ce que le prince établiroit sur la foi. On y joignoit un avis « de recevoir avec soumission les ordres qui seroient bientót envoyés. » C'est ainsi que s'est établie la réformation anglicane, «et cet ouvrage de lumière, dont on fait, selon M. Burnet ?, l'apologie en écrivant son histoire. »

Avec ces préparatifs , la réformation anglicane fut commencée par le duc de Sommerset et par Cranmer. D’abord la puissance royale détruisit la foi que la puissance royale avoit établie. Les six articles, que Henri VIII avoit publiés avec toute son autorité spirituelle et temporelle, furent abolis*; et malgré toutes les précautions qu'il avoit prises par son testament pour conserver ces précieux restes de la religion catholique, et peut-étre pour la rétablir toute entière avec le temps, la doctrine zuinglienne tant détestée par ce prince gagna le dessus.

Pierre Martyr Florentin, et Bernardin Ochin qui depuis fut l'ennemi déclaré de la divinité de Jésus-Christ, furent appelés pour commencer cette réforme. Tous deux avoient quitté, comme les autres réformateurs, la vie monastique pour celle du mariage. Pierre Martyr étoit un pur zuinglien. La doctrine qu'il proposa sur l'Eucharistie en Angleterre en 1549 se réduisoit à ces trois thèses. «1° Qu'il n'y avoit point de transsubstantiation. 2° Que le corps et le sang de Jésus-Christ n'étoient point corporellement dans

4 Burn., lI* part., liv. I, p. 122. — ? Jbid. — 3 Préf. — * Ile part., liv. I, p. 58. j

Les six articles abolis.

Pierre Martyr appelé , et la doctrine zuinglienne établie.

Bucer n'est pas écouté,

Aveu de M. Burnet sur la croyance de l'Eglise grecque.

LXXXIY.

Les réforinateurs se repentent d'avoir dit qu'ils avoientagi par l'assislance du

l'Eucharistie ni sous les espèces. 3° Qu'ils étoient unis sacramentalement , » c'est-à-dire figurément , ou tout au plus en vertu, «au pain et au vin !.»

Bucer n'approuva point la seconde thése; car comme nous avons vu, il vouloit bien qu'on exclüt une présence locale, mais non pas une présence corporelle et substantielle. Il soutenoit que Jésus-Christ ne pouvoit pas être éloigné de la Cène, et qu'il étoit tellement au ciel, qu'il n'étoit pas substantiellement éloigné de l'Eucharistie. Pierre Martyr croyoit que c'étoit une illusion d'admettre une présence corporelle et substantielle dans la Cène, sans y admettre la réalité que les catholiques soutenoient avec les luthériens ; et quelque respect qu'il eüt pour Bucer, le seul des protestans qu'il considéroit, il ne suivit pas son avis. On dressa en Angleterre une formule selon le sentiment de Pierre Martyr : on y disoit «que le corps de Jésus-Christ n'étoit qu'au ciel, qu'il ne pouvoit pas étre réellement présent en divers lieux , qu'ainsi on ne devoit établir aucune présence réelle ou corporelle de son corps et de son sang dans l'Eucharistie ?. » Voilà ce qu'on définit. Mois la foi n'étoit pas encore en son dernier état, et nous verrons en son temps cet article bien réformé.

Nous sommes ici obligés à M. Burnet d'un aveu considérable : car il nous accorde que la présence réelle est reconnue dans l'Eglise greeque. Voici ses paroles : « Le sentiment des luthériens sembloit approcher assez de la doctrine de l'Eglise grecque, qui avoit enseigné que la substance du pain et du vin, et le corps de Jésus-Christ étoient dans le sacrement ?. » Il est en cela de meilleure foi que la plupart de ceux de sa religion : mais en méme temps il oppose une plus grande autorité aux nouveautés de Pierre Martyr.

L'esprit de changement se mit alors tout à fait en Angleterre. Dans la réforme de la liturgie et des prières publiques qui se fit par l'autorité du Parlement (car Dieu n'enécoutoit aucunes que celles-là), on avoit dit que les commissaires nommés par le roi pour les dresser, en «avoient achevé l'ouvrage d'un consente-

1 Hosp., II part., an. 1547, fol. 207, 208 et seq.; Burn., Ile part., liv. I, p. 161. — ?Burn., p. 259, 601, — 3 Burn., p. 158.

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