‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 167 sur 387 · LIVRE VII, N. LXXXV, LXXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. LXXXV, LXXXVI

ment unanime, et par l'assistance du Saint-Esprit.» L'on fut étonné de cette expression : mais les réformateurs surent bien répondre « que cela ne s'entendoit pas d'une assistance ou d'une inspiration surnaturelle, et qu'autrement il n'eüt point été permis d'y faire des changemens ?. » Or ils y en vouloient faire ces réformateurs, et ils ne prétendoient pas former d'abord leur religion. En effet on fit bientót dans la liturgie des changemens trés-considérables, et ils alloient principalement à ôter toutes les traccs de l'antiquité que l'on avoit conservées.

On avoit retenu cette priere dans la consécration de l'Eucharistie : « Bénis, Ô Dieu, et sanctifie ces présens et ces créatures de pain et de vin, afin qu'elles soient pour nous le corps et le sang de ton très-cher Fils ?, » etc. On avoit voulu conserver dans cette prière quelque chose de la liturgie de l'Eglise romaine, que le moine saint Augustin avoit portée aux Anglois avec le christianisme, lorsqu'il leur fut envoyé par saint Grégoire. Mais bien qu'on l’eût affoiblie en y retranchant quelques termes, on trouva

Saint-Esprit dans la réfor-

mation de la liturgie.

Tous les restes

d'anliquité retenus d'abord dans la liturgie, en sont effacés.

encore « qu'elle sentoit trop la transsubstantiation, » ou même.

« la présence corporelle *; » et on l'a depuis entièrement effacée.

Elle étoit pourtant encore bien plus forte, comme la disoit l'Eglise anglicane, lorsqu'elle recut le christianisme : car au lieu qu'on avoit mis dans la liturgie réformée « que ces présens soient pour nous le corps et le sang de Jésus-Christ, » il y a dans l'original que « cette oblation nous soit faite le corps et le sang de Jésus-Christ. » Ce mot de faite signifie une action véritable du Saint-Esprit qui change ces dons, conformément à ce qui est dit dans les autres liturgies de l'antiquité : « Faites, Ó Seigneur, de ce pain le propre corps, et de ce vin le propre sang de votre Fils, les changeant par votre Esprit-Saint *. » Et ces paroles : « Nous soit fait le corps et le sang, » se disent dans le méme esprit que celles-ci d'Isaie : « Un petit enfant nous est né, un fils nous est donné 5 : » non pour dire que les dons sacrés ne sont faits le corps et le sang que lorsque nous les prenons, comme on l'a voulu entendre dans la Réforme ; mais pour dire que c'est pour

1 Burn., p. 141. — ? P. 142. — 3 Liv. I, p. 114. — * P. 235, 258. — 5 Lit. de S. Bas., édit, Bénéd., app., tom. Il, p. 679 et 693. — 6 Jsa., Ix, 6.

L'Angleterre abroge la messe qu'elle avoit ouie en se faisant chré-

lienne.

nous qu'ils sont faits tels dans l'Eucharistie, comme c'est pour

nous qu'ils ont été formés dans le sein d'une Vierge. La réforma-

lion anglicane a corrigé toutes ces choses « qui ressentoient trop

la transsubstantiation. » Le mot d'oblation « eüt aussi trop senti

le sacrifice: » on l'avoit voulu rendre en quelque facon par le

terme de présens. A la fin on l'a ôté tout à fait; et l'Eglise angli-

cane n'a plus voulu entendre la sainte prière qu'elle entendit , lorsqu'en sortant des eaux du baptême on lui donna la première

fois le pain de vie. |

ixxxvi. Que si on aime mieux que le saint prêtre Augustin lui ait porté

&dieme la liturgie ou la messe gallicane que la romaine, à cause de là te, m liberté que lui en laissa saint Grégoire !, il n'importe (a) : la

"hw messe gallicane dite par les Ililaires et par les Martins ne différoit

iromame pas au fond de la romaine, ni des autres. Le Kyrie eleison, le

Pater, la paix ou la bénédiction donnée peut-être en un endroit

de la messe (b) plutót qu'en un autre, et d'autres choses aussi peu

essentielles faisoient toute la différence; et c'est pourquoi saint

Grégoire en laissoit le choix au saint prétre qu'il envoya en An-

gleterre ?. On faisoit en France , comme à Rome et dans tout le

reste de l'E2lise, une priére pour demander la transformation et

le changement du pain et du vin au corps etau sang ; partout on

employoit auprés de Dieu le mérite et l'entremise (c) des Saints,

mais un mérite fondé sur la divine miséricorde et une entremise

appuyée sur celle de Jésus-Christ. Partout on y offroit pour les

morts; et on n'avoit sur toutes ces choses qu'un seul langage en Orient et en Occident, dans le Midi et dansle Nord. |

xxxvin La réformation anglicane avoit conservé quelque chose de la ew prière pour les morts du temps d'Edouard; car on y « recommanatem. doit encore à la bonté infinie de Dieu les ames des trépassés ?, »

mue On demandoit, comme nous faisons encore aujourd'hui dans les

Poe. obsèques, pour l'ame qui venoit de sortir du monde « la rémis-

sion de ses péchés. » Mais tous ces restes de l’ancien esprit sont abolis : cette prière ressentoit trop le purgatoire. Il est certain

1 Burn., 11e part., liv. I, p. 108. — ? Greg., lib. VII, epist. Lxiv. — ? Burn, p. 114, 116.

(a) 17e édit. : n'importe. — (5) Le Kyrie eleison , le Pater dit en un endroit plutôt qu'en un autre. — (c) Et les prières.

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