‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 168 sur 387 · LIVRE VII, N. LXXXIX-XCI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. LXXXIX-XCI

qu’on l’a dite dès les premiers temps en Orient et en Occident : n'importe, c’étoit la messe du Pape et de l'Eglise romaine : il la faut bannir d'Angleterre, et en tourner toutes les paroles dans le sens le plus odieux. |

Tout ce que la Réforme anglicane tiroit de l'antiquité, le diraije? elle l'altéroit. La confirmation n'a plus été qu'un catéchisme pour faire renouveler les promesses du baptéme !. Mais, disoient les catholiques, les Péres dont nous la tenons par une tradition fondée sur les Actes des Apôtres et aussi ancienne que l'Eglise, ne disent pas seulement un mot de cette idée de catéchisme. Il est vrai, et il le faut avouer : on ne laisse pas de tourner la confirmation en cette forme, autrement elle seroit trop papistique. On en Ôte le saint Chréme, que les Pères les plus anciens avoient appelé l'instrument du Saint-Esprit ? : l'onction méme à la fin sera Ôtée de l'extréme-onction *, quoi qu'en puisse dire saint Jacques; et malgré le pape saint Innocent, qui parloit de cette onction au quatrième siècle, on décidera que l'extréme-onction ne se trouve que « dans le dixième. »

Parmi ces altérations trois choses sont demeurées, les cérémonies sacrées, les fétes des Saints, les abstinences et le caréme. On a bien voulu que dans le service les prétres eussent des habits mystérieux, symboles de la pureté et des autres dispositions que demande le culte divin. On regarda les cérémonies comme un langage mystique *, et Calvin parut trop outré en les rejetant. On retint l'usage du signe de la croix *, pour témoigner solennellement que la croix de Jésus-Christ ne nous fait point rougir. On vouloit d'abord que « le sacrement du baptème, le service de la confirmation et la consécration de l'Eucharistie fussent témoins du respect qu'on avoit pour cette sainte cérémonie. » A la fin néanmoins on l’a «supprimée dans la confirmation et dans la consécration ^, » où saint Augustin avec toute l'antiquité témoigne qu'elle a toujours été pratiquée ; et je ne sais pourquoi elle est demeurée seulement dans le baptéme.

M. Burnet nous justifie sur les fétes et les abstinences. Il veut

1 Burn., p. 107, 116, 235. — ? Ibid. — 3 P, 146, 258. — * P. 121, 508. — * P, 420. — * P. 258.

Suite des altérations

Les cérémonies et le signe de la croix retenus.

L'Angle-

terre nous justifie sur l'observance des fétes, et méme de celles des Saints.

De méme sur l'abslinence des

viandes.

XCHI.

Cranmer renverse tout l'ordre dans sa Réforme.

que les jours de fêtes « ne soient pas estimés saints d’une sainteté actuelle et naturelle ‘. » Nous y consentons; et jamais personne n'a imaginé cette sainteté actuelle et naturelle des fêtes qu'il se croit obligé à rejeter. Il dit « qu'aucun de ces jours n'est proprement dédié à un Saint, et qu'on les consacre à Dieu en la mémoire des Saints dont on leur donne le nom.» C'est notre méme doctrine. Enfin on nous justifie en tout et partout sur cette matiére, puisqu'on demeure d'accord qu'il faut observer ces jours « par un principe de conscience ?. » Ceux donc qui nous objectent ici que nous suivons « les commandemens des hommes ?, » n’ont qu'à faire cette objection aüx Anglois; ils leur répondront pour nous.

Ils ne nous justifient pas moins clairement du reproche qu'on nous fait d'enseigner une doctrine de démons , en nous abstenant de certaines viandes par pénitence. M. Burnet répond pour nous*, lorsqu'il « blàme les mondains qui ne veulent pas concevoir que l'abstinence assaisonnée de dévotion et accompagnée de la prière, est peut-étre un des moyens les plus efficaces que Dieu nous propose pour mettre nos ames dans une tranquillité nécessaire, et pour avancer notre sanctification. » Puisque c'est dans cet esprit, et non pas, comme plusieurs se l'imaginent, par une espèce de police temporelle , que l'Eglise anglicane a défendu la viande au vendredi, au samedi, aux vigiles, aux quatre-temps et dans tout le carême, nous n'avons rien sur ce sujet à nous reprocher les uns aux autres. Il y a seulement sujet de s'étonner que ce soit le: roi et le Parlement qui ordonnent ces fêtes et ces abstinences, que ce soit le roi qui déclare « les jours maigres , » et qui dispense de ces « observances 5; » et enfin, qu'en matière de religion, on ait mieux aimé avoir des commandemens du roi que des commandemens de l'Eglise.

Mais ce qu'il y a de plus surprenant dans la réformation anglicane, c'est une maxime de Cranmer. Au lieu que dans la vérité le culte dépend du dogme et doit étre réglé par là, Cranmer renversoit cet ordre; et avant que d'examiner la doctrine, il supprimoit dans le culte ce qui lui déplaisoit le plus. Selon M. Burnet,

1 Burn., p. 291. — 2 Ibid. — 8 Matth., xv, 9. — * P. 145, — 5 P. 144; 294,

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