‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 170 sur 387 · LIVRE VII, N. XCVI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. XCVI

osé dire, lui qui nous découvre si bien les causes profondes de ce malheureux succès? Un prince prévenu d'un amour aveugle et condamné par le Pape, fait exagérer des faits particuliers, des exactions odieuses, des abus réprouvés par l'Eglise méme. Toutes les chaires résonnent de satires contre les prétres ignorans et scandaleux : on en fait des comédies et des farces publiques, et M. Burnet lui-méme en est indigné. Sous l'autorité d'un enfant et d'un protecteur entété de la nouvelle hérésie, on pousse encore plus loin la satire et l'invective : les peuples « déjà prévenus d'une secrète aversion pour leurs conducteurs spirituels !, » écoutent avidement la nouvelle doctrine. On ôte les difficultés du mystère de l'Eucharistie; et au lieu de retenir les sens asservis, on les flatte. Les prétres sont déchargés de la continence, les moines de tous leurs vœux, tout le monde du joug de la confession, salutaire à la vérité pour la correction des vices, mais pesant à la nature. On préchoit une doctrine plus libre, et qui, comme dit M. Burnet, « tracoit un chemin simple et aisé pour aller au ciel ?. » Des lois si commodes trouvoient une facile exécution. « De seize mille » ecclésiastiques dont le clergé d'Angleterre étoit composé, M. Burnet nous raconte que « les trois quarts » renoncèrent à leur célibat du temps d'Edouard ?, c'est-à-dire en cinq ou six ans; et on faisoit de bons réformés de ces mauvais ecclésiastiques qui renoncoient à leurs vœux. Voilà comme on gagnoit le clergé. Pour les laïques, les biens de l'Eglise étoient en proie : l'argenterie des sacristies enrichissoit le fisc du prince : la seule châsse de saint Thomas de Cantorbéry, avec les inestimables présens qu'on y avoit envoyés de tous cótés, produisit au trésor royal des sommes immenses *. C'en fut assez pour faire dégrader le saint martyr. On le condamna pour le piller, et les richesses de son tombeau firent une partie de son crime. Enfin on aimoit mieux piller les églises que de faire un bon usage de leurs revenus selon l'intention des fondateurs. Quelle merveille qu'on ait gagné si promptement et les grands, et le clergé, et les peuples! N'est-ce pas au contraire un miracle visible qu'il soit resté une

1 [re part., liv. I, p. 49, — ? /bid, — 3 Ire part., liv. II, p. 415. — * Ibid, Ire part.

Si le duc de Som-

merset avoit l'air d'un réformateur.

Vains em-

pressemens de M. Burnet à justifier Cranmer sur de petiles cho-

étincelle en Israél, et que les autres royaumes n'aient pas suivi l'exemple de l'Angleterre, du Danemark, de la Suède et de l'AIlemagne réformées par ces moyens?

Parmi toutes ces réformations, la seule qui n'avancoit pas étoit visiblement celle des mœurs. Nous avons vu sur ce point comme l'Allemagne avoit profité de la Réforme de Luther; et il n'y a qu'à lire l'histoire de M. Burnet pour voir qu'il n'en alloit pas autrement en Angleterre. On a vu Henri VIII son premier réformateur, l'ambitieux duc de Sommerset fut le second. Il s'égaloit aux souverains, lui qui n'étoit qu'un sujet, et prenoit le titre « de duc de Sommerset par la grace de Dieu . » Au milieu « des désordres de l'Angleterre , et des ravages que la peste faisoit à Londres, » il ne songeoit qu'à bâtir le plus magnifique palais qu'on eüt jamais vu ; et pour comble d'iniquité, il le bátissoit « des ruines d'églises et d'hótels d'évéques, » et des revenus que « lui cédoient les évéques et les chapitres?; » car ilfalloit bien lui céder tout ce qu'il vouloit. Il est vrai qu'il en prenoit un don du roi : mais c'étoit le crime d’abuser ainsi de l'autorité d'un roi enfant et d'aecoutumer son pupille à ces donations sacriléges?. Je passe le reste des attentats qui le firent condamner par arrét du Parlement premièrement à perdre l'autorité qu'il avoit usurpée sur le conseil ; et ensuite à perdre la vie. "Mais sans examiner les raisons qu'il eut de faire couper la tête à son frère l'amiral, quelle honte d'avoir fait subir à un homme de cette dignité et à son propre frère la loi inique d'étre condamné « sur de simples dépositions, et sans écouter ses défenses *! » En vertu de cette coutume l'amiral fuf jugé, comme tant d'autres, sans étre oui. Le Protecteur obligea le roi à ordonner aux communes de passer outre au procés, sans entendre l’accusé; et c'est ainsi qu'il instruisoit son pupille à faire justice.

M. Burnet se met fort en peine pour justifier son Cranmer de ce qu'il signa étànt évéque l'arrét de mort de ce malheureux , et se mêla contre les canons dans une cause de sang 5. Sur cela il fait à son ordinaire un de ces plans spécieux, où il tâche toujours indirectement de rendre odieuse la foi de l'Eglise, et d'en éluder

1 p, 202, — ? [bid. — 8 Ibid. — * P. 451. — 5 Ibid.

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