LIVRE VII, N. CII, CIV
cause d'hérésie, il en avoit lui-même très-souvent donné l'exemple.
Dans le dessein de prolonger l'exécution de son jugement , il déclara « qu'il étoit prét d'aller soutenir sa doctrine devant le Pape !, » sans néanmoins le reconnoitre : du Pape, au nom duquel on le condamnoit, il appela au concile général. Comme il vit qu'il ne gagnoit rien, « il abjura les erreurs de Luther et de Zuingle ?, » et reconnut distinetement avec la présence réelle tous les autres points de la foi catholique. L'abjuration qu'il signa étoit concue dans les termes qui marquoient le plus une véritable douleur de s'étre laissé séduire. Les réformés furent consternés. Cependant leur réformateur fit une seconde abjuration ?, c'est-à-dire que lorsqu'il vit, malgré son abjuration précédente , que la reine ne lui vouloit pas pardonner, il revint à ses premières erreurs; mais il s'en dédit bientôt, « ayant » encore, dit M. Burnet, « de foibles espérances d'obtenir sa grace. » Ainsi, poursuit cet auteur, « il se laissa persuader de mettre au net son abjuration, et de la signer de nouveau. » Mais voici le secret qu'il trouva pour mettre sa conscience à couvert. M. Burnet continue : « Appréhendant d'étre brülé malgré ce qu'il avoit fait, il écrivit secrétement une confession sincére de sa créance, et la porta avec lui quand on le mena au supplice. » Cette confession ainsi « secrétement écrite, » nous fait assez voir qu'il ne voulut point paroitre protestant tant qu’il lui resta quelque espérance. Enfin comme il en fut tout à fait déchu, il se résolut à dire ce qu'il avoit dans le eceur, et à se donner la figure d'un martyr.
M. Burnet emploie toute son adresse à couvrir la honte d'une mort si misérable ; et aprés avoir allégué en faveur de son héros les fautes de saint Athanase et de saint Cyrille, dont nous ne voyons nulle mention dans l’histoire ecclésiastique , il allégue le reniement de saint Pierre trés-connu dans l'Evangile. Mais quelle comparaison de la foiblesse d'un moment de ce grand apótre avec la misère d'un homme qui a trahi sa conscience durant presque tout le cours de sa vie, et treize ans durant à commencer depuis le temps de son épiscopat ? qui jamais n'a osé se déclarer que lorsqu'il a eu un roi pour lui? et qui enfin prét à mourir con-
1 Ie part., liv. I, p. 497. — ? P. 498. — ? P. 499.