‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 173 sur 387 · CY · texte numérisé non relu

CY

S'ilest vrai que Cranmer ne fut

complaisantenvers Henri VIII que tant que sa conscience le lui permit.

fessa tout ce qu'on voulut, tant qu'il eut un moment d'espérance, en sorte que sa feinte abjuration n'est visiblement qu'une suite de la lâche dissimulation de toute sa vie ?

Avec cela, si Dieu le permet, on nous vantera encore la vigueur de ce perpétuel flatteur des rois 1, qui a tout sacrifié à la volonté de ses maîtres, cassant tout autant de mariages, souscrivant à tout autant de condamnations, et consentant à tout autant de lois qu’on a voulu, même à celles qui étoient ou en vérité, ou selon son sentiment, les plus iniques ; qui enfin n'a point rougi d'asservir la céleste autorité des évéques à celle des rois de la terre, et à rendre l'Eglise leur captive dans la discipline, dans la prédication dela parole, dans l'administration des sacremens et dans la foi. Cependant M. Burnet ne trouve en lui « qu'une tache remarquable ?, » qui est celle de son abjuration; et pour le reste il avoue seulement, encore en veut-il douter, « qu'il a été peut-étre un peu trop soumis aux volontés de Henri VIII. » Mais ailleurs, pour le justifier tout à fait, il assure que « s'il eut de la complaisance pour Henri, ce fut tant que sa conscience le lui permit ?. » Sa conscience lui permettoit donc de casser deux mariages sur des prétextes notoirement faux, et qui n'avoient d'autre fondement que de nouvelles amours? Sa conscience lui permettoit done, élant luthérien, de souscrire à des articles de foi où tout le luthéranisme étoit condamné et où la messe, l'injuste objet de l'horreur dela nouvelle Réforme, étoit approuvée? Sa conscierice lui permettoit donc de la célébrer sans y croire durant toute la vie de Henri; d'offrir à Dieu, même pour les morts, un sacrifice qu'il regardoit comme une abomination; de consacrer des prétres à qui il donnoit le pouvoir de l'offrir; d'exiger de ceux qu'il faisoit sous-diacres , selon la formule du Pontifical auquel on n'avoit encore osé toucher , la continence, à laquelle il ne se eroyoit pas obligé luiméme, puisqu'il étoit marié; de jurer obéissance au Pape qu'il regardoit comme l'Antechrist, d'en recevoir des bulles, et de se faire instituer archevêque par son autorité ; de prier les Saints et d'encenser les images, quoique selon les maximes des luthériens tout cela ne füt autre chose qu'une idolàtrie; enfin de professer et

1 M. Burnet, p. 502, 503. — ? P. 503. — 3 P. 523.

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