LIVRE VII, N. CVI-CVIII
de pratiquer tout ce qu'il eroyoit devoir ôter de la maison de Dieu comme une exécration et un scandale ?
Mais c'est que « les réformateurs (ce sont les paroles de M. Burnet) ne savoient pas encore que ce füt absolument un péché de retenir tous ces abus, jusqu'à ce que l'occasion se présentât de les abolir '. » Sans doute ils ne savoient pas que ce füt absolument un péché que de changer selon leur pensée la Cène de Jésus-Christ en un sacrilége , et de se souiller par l’idolâtrie! Pour s'abstenir de ces choses, le commandement de Dieu ne suffisoit pas : il falloit attendre que le roi et le Parlement le voulussent !
On nous allégue Naaman , qui obligé par sa charge de donner la main à son roi, ne vouloit pas demeurer debout pendant que son maitre fléchissoit le genou dans le temple de Remmon ?; et on compare des actes de religion avec le devoir et la bienséance d'une charge séculière. On nous allègue les apôtres, qui « après
excuse mal les réformateurs.
CVIT.
Illusion
dans les exemples de M. Burnet.
l'abolition de la loi mosaïque adoroient encore dans le temple, re-
tenoient la circoncision et offroient des sacrifices *; » et on compare des cérémonies que Dieu avoit instituées et qu'il falloit, comme disent tous les saints Péres, ensevelir avec honneur, à des actes que l'on croit étre d'une manifeste impiété. On nous allégue les mémes apótres qui se faisoient tout à tous, et les premiers chrétiens qui ont adopté des cérémonies du paganisme. Mais si les premiers chrétiens ont adopté des cérémonies indifférentes, s'ensuit-il qu'on en doive pratiquer qu'on croit pleines de sacrilége? Que la Réforme est aveugle, qui pour donner de l'horreur des pratiques de l'Eglise, les appelle des idolâtries ! qui contraire à elle-même, lorsqu'il s'agit d'excuser les mêmes pratiques dans ses auteurs, les traite d'indifférentes, et fait voir plus clair que le jour, ou qu'elle se moque de tout l'univers en appelant tdolätrie ce qui ne l'est pas, ou que ceux qu'elle regarde comme ses héros sont les plus corrompus de tous les hommes ! Mais Dieu a révélé leur hypocrisie par leur historien, et c'est M. Burnet qui met leur honte en plein jour.
Au reste si pour convaincre la réformation prétendue par elleméme, je n'ai fait pour ainsi dire qu'abréger l'histoire de M. Bur-
1 Tom. I, Préf. — ? IV Reg., v, 18, 19. — ? Tom. I, Préf.
peu sür
dans ses faits.
net, et que j'aie recu comme vrais les faits que j'ai rapportés : par là je ne prétends point accorder les autres, ni qu'il soit permis à M. Burnet de faire passer tout ce qu'il raconte à la faveur des vérités désavantageuses à sa religion qu'il n'a pu nier. Je ne lui avouerai pas, par exemple, ce qu'il dit sans témoignage et sans preuve, que c'étoit «une résolution prise » entre Francois I** et Henri VIII de se soustraire « de concert » à l'obéissance du Pape, et de changer la messe en une simple communion, c'est-à-dire d'en supprimer l'oblation et le sacrifice ‘. On n'a jamais oui parler en France de ce fait avancé par M. Burnet. On ne sait non plus ce que veut dire cet historien, lorsqu'il assure que ce qui fit changer à François [* la résolution d'abolir la puissance des Papes, c'est que Clément VII «lui accorda tant d'autorité sur tout le clergé de France, que ce prince n'en eüt pas eu davantage en créant un patriarche ?; » car ce n'est là qu'un discours en l'air, et une chose inconnue à notre histoire. M. Burnet ne sait pas mieux l'histoire de la religion protestante, lorsqu'il avance si . hardiment, comme chose avouée entre les réformateurs, que «les bonnes ceuvres étoient indispensablement nécessaires pour le salut*; » car il a vu et il verra cette proposition : « Les bonnes ceuvres sont nécessaires au salut, » expressément condamnée par les luthériens dans leurs assemblées les plus solennelles *. Je m'éloignerois trop de mon dessein, si je relevois les autres faits de cette nature : mais je ne puis m'empécher d'avertir le monde du peu de croyance que mérite cet historien sur le sujet du concile de Trente qu'il a parcouru si négligemment, qu'il n'a pas même pris garde au titre que ce concile a mis à la tête des ses décisions, puisqu'il lui reproche « d'avoir usurpé le titre glorieux de trèssaint concile cecuménique , représentant l'Eglise universelle 5, » bien que cette qualité ne se trouve en aucun de ses décrets : chose peu importante en elle-même, puisque ce n'est pas cette expression qui constitue un concile, mais enfin elle n'eüt pas échappé à un homme qui auroit seulement ouvert le livre avec quelque attention.
1 [re part., liv. Il, p. 196; Ire part., liv. IT, p. 467. — ? Ire part., lib. III, p. 196. — $ Jbid., p. 392, 393. — * Ci-dessus, liv. V, n. 12; et ci-après liv. VIII, n. 30 et suiv. — 5 Il? part., liv. I, p. 29.