LIVRE VII, N. CIX, CX
On se doit donc bien garder de croire notre historien en ce qu'il | cix.
Illusion de
prononce touchant ce concile sur la foi de Fra-Paolo, qui n'en w. sume est pas tant l'historien que l'ennemi déclaré: M. Burnet fait sem- woo. blant de eroire que cet auteur doit étre pour les catholiques audessus de tout reproche, parce qu’il est « de leur parti *; » et c'est le commun artifice de tous les protestans. Mais ils savent bien en leur conscience que ce Fra-Paolo, qui faisoit semblant d'étre des nótres, n'étoit en effet qu'un protestant habillé en moine. Personne ne le connoit mieux que M. Burnet qui nous le vante. Lui qui le donne dans son Histoire de la Réformation pour un auteur «de notre parti, » nous le fait voir dans un autre livre qu'on vient de traduire en notre langue, comme un protestant caché, qui regardoit « la liturgie anglicane comme son modèle ?; » qui à l’occasion des troubles arrivés entre Paul V et la république de Venise, ne travailloit qu'à porter cette république à «une entière séparation, non-seulement de la Cour, mais encore de l'Eglise de Rome ; » qui se croyoit « dans une Eglise corrompue et dans une communion idolàtre, » où il ne laissoit pas de demeurer; qui écoutoit « les confessions, qui disoit la messe, et adoucissoit les reproches de sa conscience en omettant une grande partie du canon, et en gardant le silence dans les parties de l'office qui étoient contre sa conscience. » Voilà ce qu'écrit M. Burnet dans la vie de Guillaume Bedell évéque protestant de Kilmore en Irlande, qui s'étoit trouvé à Venise dans le temps du démélé, et à qui Fra-Paolo avoit ouvert son cœur. Je n'ai pas besoin de parler des lettres de cet auteur, toutes protestantes qu'on avoit dans toutes les bibliothèques, et que Genève a enfin rendues publiques. Je ne parle à M. Burnet que de ce qu'il écrivoit lui-même, pendant qu'il comptoit parmi nos auteurs Fra-Paolo, protestant sous un froc, qui disoit la messe sans y croire, et qui demeuroit dans une église dont le culte lui paroissoit une idolátrie. Mais ce que je lui pardonne le moins, c'est ces images ingé- cx
" s = .. Les plans nieuses qu'il nous trace, à l'exemple de Fra-Paolo, et avec aussi de 1a reti-
gion que
peu de vérité, des anciens dogmes de l'Eglise. Il est vrai que cette — ^i:
1 re part., Préf. — ? Vie de Guill. Bedel., év. de Kilmore, en Irlande, p. 9, 19, 20.
.Burnet,
à l'exem-
ple de Fra- Paolo.
Pitoyable , allégation de Gerson.
invention est aussi commode qu'agréable. Au milieu de son récit un adroit historien fait couler tout ce qu'il lui plait de l'antiquité, et nous en fait un plan à sa mode. Sous prétexte qu'un historien ne doit ni entrer en preuve, ni faire le docteur, on se contente d'avancer des faits qu'on croit favorables à sa religion. On veut se moquer du culte des images ou des reliques, ou de l'autorité du Pape, ou de la prière pour les morts, ou méme, pour ne rien omettre, du Pallium; on donne à ces pratiques telle forme et telle date qu'on veut. On dit par exemple que le Pallium , « honneur chimérique, est de l'invention de Paschal IT‘, » quoiqu'on le trouve cinq cents ans devant dans les lettres du pape Vigile et de saint Grégoire. Le crédule lecteur, qui trouve une histoire toute parée de ces réflexions, et qui voit partout, dans un ouvrage dont le caractére doit étre la sincérité, un abrégé des antiquités de plusieurs siécles, sans songer que l'auteur lui donne ou ses préventions ou ses conjectures pour des vérités constantes, en admire l'érudition comme les tours agréables , et croit être à l'origine des choses. Mais il n'est pas juste que M. Burnet, sous le titre insinuant d’historien, décide ainsi des antiquités; ni que Fra-Paolo qu'il a imité acquiére le droit de faire croire tout ce qu'il voudra de notre religion, à cause que sous un froc il cachoit un cœur calviniste, et qu'il travailloit sourdement à décréditer la messe qu'il disoit tous les jours.
Qu'on ne croie donc plus M. Burnet en ce qu'il dit sur les dogmes de lEglise, qu'il tourne tout à contre-sens. Soit qu'il parle par lui-méme, ou qu'il introduise dans son histoire quelqu'un qui parle contre notre doctrine, il a toujours un dessein secret de la décrier. Peut-on souffrir son Cranmer, lorsqu'abusant d'un traité que Gerson a fait de auferibilitate Papa, il en conclut que selon ce docteur « on peut fort bien se passer du Pape?? » au lieu qu'il veut dire seulement , comme la suite de cet ouvrage le montre d'une manière à ne laisser aucun doute, qu'on peut déposer le Pape en certains cas. Quand on raconte sérieusement de pareilles choses, on veut amuser le monde, et on s'óte toute croyance parmi les gens sérieux.
! P, 509, — ? [re part., liv. II, p. 251.