‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 176 sur 387 · LIVRE VII, N. CXII, CXIII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. CXII, CXIII

Mais l'endroit où notre historien a épuisé toutes ses adresses et usé pour ainsi dire toutes ses plus belles couleurs, est celui du célibat des ecclésiastiques. Je ne prétends pas discuter ce qu'il en dit sous le nom de Cranmer ou de lui-même :. On peut juger de

Erreur grossiére sur le célibat et sur le Pontifical vo-

ses remarques sur l'antiquité par celles qu'il fait sur le Pontifical "^"

romain, dont on avouera bien que les sentimens sur le célibat ne sont pas obscurs. « On considéroit, dit-il, que l'engagement où entrent les gens d'église , suivant les cérémonies du Pontifical romain, n'emportent pas nécessairement le célibat. Celui qui confère les ordres demande à celui qui les reçoit, s'il promet de vivre dans la chasteté et dans la sobriété? ? » À quoi le sous-diacre répond : « Je le promets. » M. Burnet conclut de ces paroles qu'on n'obligeoit qu'à la chasteté qui « se trouve parmi les gens mariés, de méme que parmi ceux qui ne le sont pas. » Mais l'illusion est trop grossiére pour étre soufferte. Les paroles qu'il rapporte ne se disent pas dans l'ordination du sous-diacre, mais dans celle de l’évêque ?. Et dans celle du sous-diacre , on arrête celui qui se présente à cet ordre , pour lui déclarer que « jusqu'alors il a été libre; » mais que s'il passe plus avant, « il faudra garder la chasteté *. » M. Burnet dira-t-il encore que la chasteté dont il est ici question est celle qu'on garde dans le mariage, et qui nous apprend « à nous abstenir de tous les plaisirs illicites ? » Est-ce donc qu'il falloit attendre le sous-diaconat pour entrer dans cette obligation ? Et qui ne reconnoit ici cette profession de la continence imposée, selon les anciens canons , aux principaux clercs , dés le temps qu'on les élève au sous-diaconat ?

M. Burnet répond encore que sans s'arréter au Pontifical , les prêtres anglois qui se marièrent du temps d'Edouard avoient été ordonnés sans qu'on leur en eût fait la demande, et par conséquent sans en avoir fait le vœu *. Mais le contraire paroit par lui-méme, puisqu'il a reconnu que du temps de Henri VIII on ne retrancha rien dans les Rituels, ni dans les autres livres d'offices, si ce n'est quelques prières outrées qu'on y adressoit aux Saints, ou quelque autre chose peu importante ; et on voit bien que ce

1 Ire part. liv. III, p. 353. — ? IIe part., liv. I, p. 138. — 3 Pont. Rom. in Cons. Episc. — * Ibid., in Ordin. Subdiac. — 5 Ile part., liv. I, p. 439.

Vaine défaite,

Conclusion de ce livre.

prince n'avoit garde de retrancher dans l'ordination la profession de la continence, lui qui a défendu de la violer premièrement sous peine de mort, et lorsqu'il s’est le plus relâché, « sous peine de confiscation de tous biens !. » C'est aussi pour cette raison que Cranmer n'osa jamais déclarer son mariage durant la vie de Henri, et il lui fallut ajouter à un mariage défendu la honte de la clandestinité.

Je ne m'étonne done plus que sous un tel archevéque on ait méprisé la doctrine de ses saints prédécesseurs , d'un saint Dunstan, d'un Lanfranc, d'un saint Anselme, dont les vertus admirables, et en particulier la continence, ont été l'honneur de l'Eglise. Je ne m'étonne pas qu'on ait effacé du nombre des Saints un saint Thomas de Cantorbéry, dont la vie étoit la condamnation de Thomas Cranmer. Saint Thomas de Cantorbéry résista aux rois iniques; Thomas Cranmer leur prostitua sa conscience , et flatta leurs passions. L'un banni, privé de ses biens, persécuté dans les siens et dans sa propre personne , et affligé en toutes manières, acheta la liberté glorieuse de dire la vérité comme il la eroyoit, par un mépris courageux de la vie et de toutes ses commodités : l'autre, pour plaire à son prince, a passé sa vie dans une honteuse dissimulation, et n'a cessé d'agir en tout contre sa eroyance. L'un combattit jusqu'au sang pour les moindres droits de l'Eglise ; et en soutenant ses prérogatives, tant celles que Jésus-Christ lui avoit acquises par son sang que celles que les rois pieux lui avoient données , il défendit jusqu'au dehors de cette sainte cité.: lautre en livra aux rois de la terre le dépót le plus intime, la parole , le culte , les sacremens, les clefs , l'autorité, les censures, la foi méme : tout enfin est mis sous le joug, et toutela puissance ecclésiastique étant réunie au tróne royal, l'Eglise n'a plus de force qu'autant qu'il plait au siècle. L'un enfin toujours intrépide et toujours pieux pendant sa vie, le fut encore plus à la dernière heure : l'autre toujours foible et toujours tremblant , l'a été plus que jamais dans les approches de la mort, et à l’âge de soixante-deux ans ila sacrifié à un misérable reste de vie sa foi et sa conscience. Aussi n'a-t-il laissé qu'un nom odieux parmi

4 ]Ie part., liv. III, p. 386.

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