LIVRE VII, N. CXIV
les hommes ; et pour l’excuser dans son parti même, on n'a que des iours ingénieux que les faits démentent : mais la gloire de saint Thomasde Cantorbéry vivra autant que l'Eglise; et ses vertus que la France et l'Angleterre ont révérées comme à l'envi , ne seront jamais oubliées : plus la cause que ce saint martyr soutenoit a paru douteuse et équivoque aux politiques et aux mondains, plus la divine puissance s'est déclarée d'en haut en sa faveur par les chátimens terribles qu'elle exerca sur Henri II, qui avoit persécuté le saint prélat; par la pénitence exemplaire de ce prince , qui seule put apaiser l'ire de Dieu ; et par des mi- -racles d'un si grand éclat, qu'ils attirèrent , non-seulement les rois d'Angleterre, mais encore les rois de France à son tombeau : miracles d'ailleurs si continuels et si attestés par le concours unanime de tous les écrivains du temps , que pour les révoquer en doute, il faut rejeter toutes les histoires. Cependant la réformation anglicane a rayé un si grand homme du nombre des Saints. Mais elle a porté bien plus haut ses attentats : il faut qu'elle dégrade tous les Saints qu'elle a eus depuis qu'elle a été chrétienne. Bede son vénérable historien ne lui a conté que des fables, ou en tout cas des histoires peu prisées, quand il lui a raconté les merveilles de sa conversion , et la sainteté de ses pasteurs, de ses rois et de ses religieux. Le moine saint Augustin, qui lui a porté l'Evangile, et le pape saint Grégoire qui l'a envoyé , ne se sauvent pas des mains de la Réforme : elle les attaque par ses écrits. Si nous l'en croyons, la mission des Saints qui ont fondé l'Eglise anglicane est l'ouvrage de l'ambition et de la politique des Papes; et en convertissant les Anglois , saint Grégoire, un Pape si humble et si saint, a prétendu les assujettir à son Siége plutót qu'à Jésus- Christ *. Voilà ce qu'on publie en Angleterre ; et sa réformation s'établit en foulant aux pieds, jusque dans la source, tout le christianisme de la nation. Mais une nation si savante ne demeurera pas longtemps dans cet éblouissement : le respect qu'elle conserve pour les Pères, et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité la ramèneront à la doctrine des premiers siècles. Je ne puis croire qu'elle persiste dans la haine qu'elle a concue 1 Vitach., cont. Duræ.; Fulc., cont. Stapl.; Ivel., Apol. Eccl. Ang. TOM. XIV. 24
contre la Chaire de saint Pierre, d’où elle a recu le christianisme. Dieu travaille trop puissamment à son salut en lui donnant un roi incomparable en courage comme en piété. Enfin les temps de vengeance et d'illusion passeront, et Dieu écoutera les gémissemens de ses Saints.