‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 180 sur 387 · LIVRE VIII, N. IV, V · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. IV, V

qu'is pouvoient faire de mieux en attendant le concile. Cette question n'est pas de mon sujet; et il me suffit de remarquer en passant, que l'Inferim ne peut point passer pour un acte authentique de l'Eglise, puisque ni le Pape ni les évêques ne l'ont jamais approuvé. Quelques luthériens l'acceptérent plutót par force qu'autrement : la plupart le rejetèrent, et le dessein de Charles V n'eut pas grand succès.

Pendant que nous en sommes sur ce livre, il n'est pas hors de propos de remarquer qu'il avoit déjà été proposé à la conférence de Ratisbonne en 1541. Trois théologiens catholiques , Pflugius évéque de Naümbourg, Gropper et Eccius y devoient traiter par l'ordre de l'Empereur de la réconciliation des religions avec Mélanchthon , Bucer et Pistorius , trois protestans. Eccius rejeta le livre; et les prélats avec les Etats catholiques n’approuvèrent pas qu'on proposát un corps de doctrine sans en communiquer avec le légat du Pape qui étoit alors à Ratisbonne *. C’étoit le cardinal Contarénus, trés-savant théologien, et qui est loué méme par les protestans. Ce légat ainsi consulté répondit qu'une affaire de cette nature devoit étre « renvoyée au Pape, pour étre réglée ou dans le concile général qu'on alloit ouvrir, ou par quelque autre maniére convenable. »

Il est vrai qu'on ne laissa pas de continuer les conférences ; et quand les trois protestans furent convenus avec Pflugius et Gropper de quelques articles, on les appela les articles conciliés, encore qu'Eccius s'y fût toujours opposé. Les protestans demandoient que l'Empereur autorisât ces articles, en attendant qu'on püt convenir des autres ?. Mais les catholiques s'y opposèrent, et déclarérent plusieurs fois qu'ils ne pouvoient consentir au changement d'aucun dogme ni d'aucun rit recu dans l'Eglise catholique *. De leur cóté les protestans, qui pressoient la réception des articles conciliés, y donnoient des explications à leur mode dont on n'étoit pas convenu; et ils firent un dénombrement des choses « omises dans les articles conciliés *. » Mélanchthon, qui rédigea

! Sleid., lib. XIV ; Act. coll. Ratisb., Argent., 1542, p. 199; ibid., 132; Mel., ib. l, ep. XX1V, xxv; Act. Ratisb., ibid., 136. — ? Ibid., 153; Sleid., ibid. — * Ibid., 157. — * Sleid., Resp. princ., 185 Annotata aut omissa in artic. Concil., 82.

Projet de VInterim.

La conférence de Ralisbonne de 1541.

Va

Articles conciliés et non conciliés ce que c'est dans cette conférence.

Autre conférence.

La dernière main mise À l'Interim.

Le peu de succès de ce livre.

Nouvelle Confession de foi de Bucer.

On recoit en méme temps à

Strasbonrz deux actes contraires.

ces remarques , écrivit à l'Empereur au nom de tous les protestans, qu'on recevroit les articles conciliés, « pourvu qu'ils fussent bien entendus ‘; » c'est-à-dire qu'ils les trouvoient eux-mêmes conçus en termes ambigus, et ce n'étoit qu'une illusion d'en presser la réception comme ils faisoient. Ainsi tous les projets d’accommodement demeurèrent sans effet : ce que je suis bien aise de remarquer par occasion, afin qu'on ne trouve pas étrange que je n'aie parlé qu'en passant d'une action aussi célèbre que la conférence de Ratisbonne.

Il s'en tint une autre dans la méme ville et avec aussi peu de succès en 1546. L'Empereur faisoit cependant retoucher à son livre, où Pflugius évéque de Naümbourg, Michel Helding l'évéque titulaire de Sidon, et Islebius, protestans , mirent la dernière main ?. Mais il ne fit que donner un nouvel exemple du mauvais succès que ces décisions impériales avoient accoutumé d’avoir en matière de religion.

Durant que l'Empereur s'efforcoit de faire recevoir son Interim dans la ville de Strasbourg , Bucer y publia une nouvelle Confession de foi*, oü cette église déclare qu'elle retient toujours immuablement sa premiere Confession de foi présentée à Charles V à Augsbourg en 1530, et qu'elle recoit aussi l'aecord faità Vitenberg avec Luther; c'est-à-dire cet acte où il étoit dit que ceux mêmes qui n'ont pas la foi et qui abusent du sacrement, recoivent la propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ.

Dans cette confession de foi Bucer n'exclut formellement que la transsubstantiation , et laisse en son entier tout ce qui peut établir la présence réelle et substantielle.

Ce qu'il y eut ici de plus remarquable, c’est que Bucer, qui en souscrivant les articles de Smalcalde, avoit souscrit en méme temps, comme on a vu *, la Confession d'Augsbourg, retint en méme temps la Confession de Strasbourg, c'est-à-dire qu'il autorisa deux actes qui étoient faits pour se détruire l'un l'autre : ear on se peut souvenir que la Confession de Strasbourg ne fut dressée que pour éviter de souscrire celle d'Augsbourg *, et que

1 Lib., ep. xxv, ad Carol. V. — * Sleid., lib. XX, 344. — ? Hosp., ann. 1548, 204.— ^ Ci-dessus, liv. IV, 34.— 5 Ci-dessus, liv. III, n. 41.

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