‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 181 sur 387 · LIVRE VIII, N. IX-XI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. IX-XI

ceux de la Confession d'Augsbourg ne voulurent jamais recevoir parmi leurs fréres ceux de Strasbourg ni leurs associés. Maintenant tout cela s'accorde, c'est-à-dire qu’il est bien permis de changer dans la nouvelle Réforme, mais il n'est pas permis d'avouer qu'on change. La Réforme paroitroit par cet aveu un ouvrage trop humain; et il vaut mieux approuver quatre ou cinq actes contradictoires , pourvu qu'on n'avoue pas qu'ils le sont, que de confesser qu'on a eu tort, surtout dans des confessions de foi,

Ce fut la dernière action que Bucer fit en Allemagne. Durant les mouvemens de l’/nferim, il trouva un asile en Angleterre parmi les nouveaux protestans qui se fortifioient sous Edouard. Il y mourut en grande considération, sans néanmoins avoir pu rien changer dans les articles que Pierre Martyr y avoit établis : de sorte qu'on y demeura dans le pur zuinglianisme. Mais les sentimens de Bucer auront leur tour, et nous verrons les articles de Pierre Martyr changés sous Elisabeth.

Les troubles de l' Interim écartèrent beaucoup de réformateurs. On fut scandalisé dans le parti méme de leur voir abandonner leurs églises. Ce n'étoit pas leur coutume de s'exposer pour elles, ni pour la Réforme; et on a remarqué il y a longtemps qu'aucun d'eux n’y a laissé la vie; si ce n’est Cranmer, qui fit encore tout ce qu'il put pour la sauver en abjurant sa religion tant qu'on voulut. Le fameux Osiandre fut un de ceux qui prit le plus tôt la fuite. Il disparut tout à coup à Nuremberg, église qu'il gouvernoit il y avoit vingt-cinq ans et dés le commencement de la Réforme, et il fut recu dans la Prusse.. C'étoit une des provinces des plus affectionnées au luthéranisme. Elle appartenoit à l'ordre Teutonique : mais le prince Albert de Brandebourg , qui en étoit le grand-maitre, concut tout ensemble le désir de se marier, de réformer, et de se faire une souveraineté héréditaire. C'est ainsi que tout le pays devint luthérien, etle docteur de Nuremberg y excita bientót de nouveaux désordres.

André Osiandre s'étoit signalé parmi lesluthériens par une opinion nouvelle qu'il y avoit introduite sur la justification. Il ne vouloit pas qu'elle se fit, comme tous les autres protestans le soutenoient, par l'imputation de la justice de Jésus-Christ, mais

Bucer passe en Angleterre où il meurt sans avoir pu rien changer dans les articles de Pierre Martyr.

Osiandre abandonne aussi son église de Nuremberg, et met touf en trouble dans la Prusse.

Quel étoit Osiandre, Sa doctrine sur la justificalion,

L'esprit profane d'Osiandre remarqué par Calvin,

par l'intime union de la justice substantielle de Dieu avec nos ames !, fondé sur cette parole souvent répétée en Isaie et en Jérémie : « Le Seigneur est notre justice *. » Car de méme que, selon lui, nous vivions par la vie substantielle de Dieu, et que nous aimions par l'amour essentiel qu'il a pour lui-méme , ainsi nous étions justes par sa justice essentielle, qui nous étoit communiquée : à quoi il falloit ajouter la substance du Verbe incarné , qui étoit en nous par la foi, par la parole et par les sacremens. Dès le temps qu'on dressa la Confession d'Augsbourg , il avoit fait les derniers efforts pour faire embrasser cette prodigieuse doctrine par tout le parti, et il la soutint avec une audace extréme à la face de Luther. Dans l'assemblée de Smalcalde on fut étonné de sa témérité : mais comme on craignoit de faire éclater de nouvelles divisions dans le parti oü il tenoit un grand rang par son savoir, on le souffrit. Il avoit un talent tout particulier pour divertir Luther ; et au retour de la conférence qu'on eut à Marpourg avec les sacramentaires, Mélanchthon écrivoit à Camérarius : « Osiandre a fort réjoui Luther et nous tous ?. »

C'est qu'il faisoit le plaisant, surtout à table, et qu'il y disoit de bons mots, mais si profanes que j'ai peine à les répéter. C'est Calvin qui nous apprend dans une lettre qu'il écrit à Mélanchthon sur le sujet de cet homme, « que toutes les fois qu'il trouvoit le vin bon dans un festin, il le louoit en lui appliquant cette parole que Dieu disoit de lui-même : Je suis celui qui suis. Et encore : Voici le Fils du Dieu vivant.» Calvin s'étoit trouvé aux banquets . oü il proféroit ces blasphémes qui lui inspiroient de l'horreur. Mais cependant cela se passoit sans qu'on en dit mot. Le méme Calvin parle d'Osiandre comme « d'un brutal et d'une béte farouche , incapable d'étre apprivoisée. Pour lui , disoit-il, dés la première fois qu'il le vit, il en détesta l'esprit profane et les mœurs infàmes, et il l'avoit toujours regardé comme la honte du parti protestant. » C'en étoit pourtant une des colonnes : l'église de Nuremberg , une des premières de la secte, l'avoit mis à la tête de ses pasteurs dés l'an 1522, et on le trouve partout dans les con-

1 Chyt., lib. XVII, Sawon., tit. Osiandrica, p. 444. — ? [sa., vitt , 145 Jer., xxi, 6. — 3 Lib. IV, ep. LxxxvIII. — * Calv., ep. ad Mel., 146.

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