LIVRE VII, N. XIII, XIV
férences avec les premiers du parti : mais Calvin s'étonne « qu'on ait pu l'y endurer si longtemps; et on ne comprend pas aprés toutes ses fureurs comment Mélanchthon a pu lui donner tant de louanges. »
On croira peut-être que Calvin le traite si mal par une haine particulière ; car Osiandre étoit le plus violent ennemi des sacramentaires ; et c'est lui qui avoit outré la matière de la présence réelle, jusqu'à soutenir qu'il falloit dire du pain de l'Eucharistie : « Ce pain est Dieu ‘. » Mais les luthériens n'en avoient pas meilleure opinion ; e& Mélanchthon qui trouvoit souvent à propos, comme Calvin le lui reproche, de lui donner des louanges excessives, ne laisse pas en écrivant à ses amis, de blamer « son extrême arrogance, ses réveries, » ses autres excès «et les prodiges de ses opinions ?. » Il ne tint pas à Osiandre qu'il n'allàt troubler l'Angleterre, où il espéroit que la considération de son beau-frére Cranmer lui donneroit du crédit : mais Mélanchthon nous apprend que des personnes de savoir et d'autorité avoient représenté le péril qu'il y avoit « d'attirer en ce pays-là un homme qui avoit répandu dans l'Eglise un si grand chaos de nouvelles opinions. » Cranmer lui-même entendit raison sur ce sujet, et il écouta Calvin , qui lui parloit « des illusions » dont Osiandre fascinoit les autres et se fascinoit lui-même ".
Il ne fut pas plutôt en Prusse, qu'il mit en feu l'université de Konisberg (a) par sa nouvelle doctrine de la justification *. Quelque ardeur qu'il eût toujours eue à la soutenir, il craignit, disent mes auteurs, «la magnanimité de Luther 5, » et durant sa vie il n'osa rien écrire sur cette matière. Le magnanime Luther ne le craignoit pas moins : en général, la Réforme sans autorité ne craignoit rien tant que de nouvelles divisions, qu'elle ne savoit comment finir ; et pour ne pas irriter un homme dont l'éloquence étoit redoutée, on lui laissa débiter de vive voix tout ce qu'il voulut. Quand il se vit dans la Prusse affranchi du joug du parti et, ce qui lui enfla le cœur, en grande faveur auprès du prince,
1 Ci-dessus, liv. Il, n. 3. — ? Lib. IT, ep. CCXL, CCLIX, CDXLVII, etc. — ? Calv., ep. ad Cranm., col. 134. — * Acad. Regiomontana. — * Chytr., ibid., p. 443.
(a) Keenigsberg.
Senliment de Mélanchthon et des auires prolestans sur Osiandre.
Osiandre, enflé de sa
faveur auprés du prince, ne garde plus de mesures
qui lui donna la première chaire dans son université, il éclata de toute sa force, et partagea bientôt toute la province. xv. D'autres disputes s'allumoient en méme temps dans le reste du
La dispute : n " E pop E de céré- Juthéranisme. Celle qui eut pour sujet les cérémonies, ou les
monies, ou
Lu. choses indifférentes, fut poussée avec beaucoup d'aigreur. Mérte. lanchthon soutenu des académies de Leipsick et de Vitenberg où il étoit tout-puissant, ne vouloit pas qu'on les rejetàt *. De tout temps c'avoit été son opinion, qu'il ne falloit changer que le moins qu'il se pourroit dans le culte extérieur ?. Ainsi durant Interim il se rendit fort facile sur ces pratiques indifférentes , et ne croyoit pas, dit-il, que « pour un surplis, pour quelques fêtes, ou pour l'ordre des leçons ?, » il fallüt attirer la persécution. On lui fit un crime de cette doctrine, et on décida dans le parti que ces choses indifférentes devoient étre absolument rejetées *, parce que l'usage qu'on en faisoit étoit contraire à la liberté des églises et enfermoit, disoit-on, une espèce de profession du xv papisme.
Jalousie
etdesseins — Mais Flaccius Illyricus, qui remuoit cette question, avoit un
cachés
mie dessein plus caché. Il vouloit perdre Mélanchthon, dont il avoit
lanchthon. été disciple, mais dont il étoit ensuite tellement devenu jaloux, qu'il ne le pouvoit souffrir. Des raisons particulières l'obligeoient à le pousser plus que jamais: car au lieu que Mélanchthon tächoit alors d'affoiblir la doctrine de Luther sur la présence réelle, Illyric et ses amis l'outroient jusqu'à établir l'ubiquité 5. En effet nous la voyons décidée par la plupart des églises luthériennes, et les actes en sont imprimés dans lelivre dela Concorde que presque toute l'Allemagne luthérienne a recu.
Nous en parlerons dans la suite; et pour suivre l'ordre des temps, il nous faut parler maintenant de la Confession de foi qu'on appela Saxonique, et de celle de Virtemberg *: ce n'est point Vitenberg en Saxe, mais la capitale du duché de Virtemberg.
Don. Elles furent faites toutes deux à peu près dans le méme temps,
1Sleid., lib. XXI, 365; XXII, 328. — ? Lib. I, ep. xvt ad PAil. Cant., ann. 1525; — ? Lib. II, ep. Lxx; lib. 1I, xxxvr. — * Concord., p. 514, 189. — 5 Sleid., ibid, — 6 Synt. Gen., 1Ie part., p. 48, 98.