LIVRE VIII, N. XVIII
c'est-à-dire en 1551 et 1552, pour être présentées au concile de /ession sa-
czonique
Trente, où Charles V victorieux vouloit que les protestans com- et cette de
parussent.
La Confession saxonique fut dressée par Mélanchthon, et nous apprenons de Sleidan ! que ce fut par ordre de l'électeur Maurice que l'Empereur avoit mis à la place de Jean Fridéric. Tous les docteurs et tous les pasteurs assemblés solennellement à Leipsick l'approuverent d'une commune voix; et il ne devoit rien y avoir de plus authentique qu'une confession de foi faite par un homme si célèbre, pour être proposée dans un concile général. Aussi futelle recue, non-seulement dans toutes les terres de la maison de Saxe et de plusieurs autres princes, mais encore par les églises de Poméranie et par celle de Strasbourg ?, comme il paroit par les souscriptions et les déclarations de ces églises. Brentius fut l'auteur de la Confession de Virtemberg *, et c'étoit aprés Mélanchthon l'homme le plus célèbre de tout le parti. La Confession de Mélanchthon fut appelée par lui-même la Répétition de la Confession d'Augsbourg. Christophe, duc de Virtemberg, par l'autorité duquel la Confession de Virtemberg fut publiée, déclare aussi qu'il confirme et ne fait que répéter la Confession d'Augsbourg : mais pour ne faire que la répéter, il n'étoit pas besoin d'en faire une autre; et ce terme de répétition fait voir seulement qu'on avoit honte de produire tant de nouvelles confessions de foi.
En effet pour commencer par la Saxonique, l’article de l'Eucharistie y fut expliqué en des termes bien différens de ceux dont on s'étoit servi à Augsbourg. Car pour ne rien dire du long discours de quatre ou cinq pages que Mélanchthon substitue aux deux ou trois lignes du dixième article d'Augsbourg, où cette matière est décidée, voici ce qu'il y avoit d'essentiel : « Il faut, disoit-il, apprendre aux hommes que les sacremens sont des actions instituées de Dieu, et que les choses ne sont sacremens que dans le temps de l'usage ainsi établi; mais que dans l'usage établi de cette communion, Jésus-Christ est véritablement et substantiellement présent, vraiment donné à ceux qui recoivent le corps
1 Lib. XXII. — ? Synt. Gen., Ile part., p. 94 et seq. — ? Ibid.
Virlemberg :
pourquoi faites, et par quels auteurs.
Arlicle de l'Eucharislie dans la
Confession saxonique.
Changement que fit Mélanchthon dans la Confession saxonique, aux arlicles de celles d'Augsbourg et de Smalealde
L'article del'Eucharistie dans la Confession de Virtemberg.
et lesang de Jésus-Christ ; par oà Jésus-Christ témoigne qu'il est en eux, et les fait ses membres t. »
Mélanchthon évite de mettre ce qu'il avoit mis à Augsbourg, « que le corps et le sang sont vraiment donnés avec le pain et le vin, » et encore plus ce que Luther avoit ajouté à Smalcalde, « que le pain et le vin sont le vrai corps et le vrai sang de Jésus- Christ, qui ne sont pas seulement donnés et recus par les chrétiens pieux, mais encore par les impies. » Ces importantes paroles, que Luther avoit choisies avec tant de soin pour expliquer sa doctrine, quoique signées par Mélanchthon à Smalealde, comme on a vu, furent retranchées par Mélanchthon méme de sa Confession saxonique. Il semble qu'il ne vouloit plus que le corps de Jésus-Christ füt pris par la bouche avec le pain, ni qu'il füt recu substantiellement par les impies, encore qu'il ne niát pas une présence substantielle où Jésus-Christ vint à ses fidèles, non-seulement par sa vertu et par son esprit, mais encore en sa propre chair et en sa propre substance, détaché néanmoins du pain et du vin : car il falloit que l'Eucharistie produisit encore cette nouveauté, et que, selon la prophétie du saint vieillard Siméon , Jésus-Christ y füt dans les derniers siècles « en butte aux contradictions ?, » comme sa divinité et son incarnation l'avoient été dans les premiers.
Voilà comme on répétoit la Confession d'Augsbourg et la doctrine de Luther dans la Confession saxonique. La Confession de Virtemberg ne s'éloigne pas moins de celle d'Augsbourg, ni des articles de Smalcalde. Elle dit « que le vrai corps et le vrai sang est distribué dans l'Eucharistie , » et rejette ceux qui disent « que le pain et le vin sont des signes du corps et du sang de Jésus-Christ absent ?. » Elle ajoute « qu'il est au pouvoir de Dieu d'anéantir la substance du pain, ou de la changer en son corps; mais que Dieu n'use pas de ce pouvoir dans la Cène, et que le vrai pain demeure avec la vraie présence du corps. » Elle établit manifestement la concomitance, en décidant qu'encore que Jésus- Christ soit distribué tout entier tant dans le pain que dans le vin
i! Cap. de Cená, Synt. Gen., Me part., p. 72. — ? Luc., 11, 34. — 8 Conf. Virtemb., cap. de Euch., ibid., p. 115.